Impôts : « Même s’il y a moins de croissance, nous ne les augmenterons pas en 2025 », déclare le ministre de l’Économie, Eric Lombard
Pas de hausse d’impôt en 2025 malgré une croissance révisée à la baisse : le pari risqué d’Éric Lombard au cœur des turbulences.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- Une croissance révisée à la baisse qui fragilise les marges de manœuvre
- Fiscalité 2025 : une stabilité affichée comme rempart contre l’incertitude
- Tensions commerciales, des douanes au numérique, l’économie sous pression
- L’équilibre budgétaire par des mécanismes indirects
- Croissance 2025
- Fiscalité sectorielle : entre maintien, ajustement et effacement
- Une stratégie gouvernementale sous haute tension
La promesse est martelée avec une rigueur politique assumée : aucune augmentation d'impôt en 2025. Le ministre de l'Économie, Éric Lombard, affiche une ligne claire, malgré un contexte où la croissance s’étiole, les marchés s’agitent, et les partenaires commerciaux se crispent.
Une croissance révisée à la baisse qui fragilise les marges de manœuvre
La révision du taux de croissance pour 2025, désormais établie à 0,7%, contre 0,9% initialement, a jeté une lumière crue sur les perspectives budgétaires françaises. Ce chiffre, validé lors du Conseil des ministres de juillet, prend acte des tensions commerciales grandissantes entre les blocs économiques.
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Si la baisse paraît modeste, ses implications budgétaires sont loin d’être anodines. À titre de comparaison, la croissance à 2,5% enregistrée en 2023 avait permis de générer 15 milliards d’euros d’économies budgétaires. À l’inverse, chaque dixième de point en moins restreint la capacité du gouvernement à rééquilibrer ses comptes sans ajustement fiscal ou réduction de dépenses.
Fiscalité 2025 : une stabilité affichée comme rempart contre l’incertitude
L’annonce est sans ambiguïté : pas de hausse, pas de baisse, simplement une stabilité assumée. Les prélèvements obligatoires resteront rigoureusement figés. Le gouvernement s’aligne sur les dépenses votées par le Parlement, sans déviation, qu’il s’agisse d’augmenter ou de réduire les enveloppes.
Cette posture s’inscrit dans une logique de neutralité budgétaire, évitant à la fois les programmes d’austérité radicaux et les relâchements budgétaires perçus comme insoutenables. L’équilibre est délicat. En 2008, face à une crise d’ampleur systémique, des mesures exceptionnelles avaient été rendues nécessaires. Une éventuelle récidive ne peut être écartée.
Tensions commerciales, des douanes au numérique, l’économie sous pression
États-Unis, le spectre tarifaire resurgit
La suspension temporaire des droits de douane américains sur les importations non chinoises a offert une accalmie technique aux marchés. Mais cette trêve de 90 jours ne fait que masquer une inquiétude durable. Les précédents de 2018 sont encore frais : les exportations françaises vers les États-Unis avaient alors chuté de 1,8%.
Les discussions actuelles visent plusieurs secteurs stratégiques :
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Produits agricoles, notamment vins et fromages
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Composants électroniques
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Pièces automobiles
L’enjeu est considérable : près de 200 000 emplois industriels dépendent d’un accord avant septembre.
Marchés financiers
L’indice parisien a brièvement rebondi de +1,2%, mais les opérateurs restent en alerte. La volatilité inédite de la dette américaine, oscillant de 0,5% en une journée, a réveillé les vieux démons de 2019. Les gestionnaires d’actifs adaptent leurs stratégies : réajustement prudent des portefeuilles et scénarios de crise activés en arrière-plan.
L’équilibre budgétaire par des mécanismes indirects
Inflation et démographie : deux leviers silencieux
Plutôt que de toucher aux taux, l’exécutif s’appuie sur l’inflation, qui érode mécaniquement certaines lignes budgétaires, générant près de 3,2 milliards d’euros d’économies. À cela s’ajoute la croissance démographique, qui lisse la charge fiscale sans intervention directe.
Selon notre expert : Chaos tarifaire, marchés nerveux, promesse fiscale : l’analyse complète est ici sans filtre.
Mais ces choix techniques ne sont pas sans conséquences : plusieurs établissements hospitaliers et collectivités rurales alertent sur un "rationnement masqué". L’impression de revivre les mécanismes de 2015 à 2020 se fait jour, avec une reprise des recettes de gestion sans adaptation aux risques contemporains.
Croissance 2025
Le chiffre officiel de 0,7% masque en réalité quatre trajectoires distinctes, toutes envisagées par Bercy :
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En cas d’accord commercial solide : +1,1%
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Maintien du statu quo : +0,7%
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Guerre tarifaire restreinte : +0,4%
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Crise commerciale ouverte : -0,2%
Le dernier scénario, peu probable mais redouté, évoque un spectre connu : les prévisions de 2008, divisées par cinq en quelques mois. Les entreprises se préparent en conséquence : les stocks stratégiques ont augmenté de 12% dans plusieurs secteurs industriels sensibles.
Fiscalité sectorielle : entre maintien, ajustement et effacement
La stabilité globale n’exclut pas des déplacements ciblés de la charge fiscale. Trois domaines illustrent cette redistribution silencieuse :
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Immobilier : la taxation des plus-values reste fixée à 19%
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Énergie : les incitations fiscales pour le solaire sont renforcées
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Numérique : la taxe GAFA demeure à 3%
À l’inverse, l’agriculture et le bâtiment verront certains crédits d’impôt réduits progressivement. Une série d’arbitrages sectoriels qui redessinent lentement les lignes de force budgétaires.
Une stratégie gouvernementale sous haute tension
En 2021, une simple rumeur d’augmentation fiscale avait suffi à faire chuter la consommation de 0,3%. Cette fois, le gouvernement mise sur la stabilité comme levier de confiance. Objectif : protéger les dépenses des ménages et éviter une réaction en chaîne sur l’investissement.
Reste une interrogation de fond : peut-on promettre l’immobilisme dans un environnement économique instable ? Les réponses viendront trimestre après trimestre, portées par les indicateurs, les arbitrages, et l’imprévisible.
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