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21/05 La Fed subit 300 milliards de pertes et le Japon s’enfonce dans un gouffre obligataire

La Fed enregistre des pertes historiques, le Japon chancelle… mais les marchés s’envolent. Jusqu'où tiendra le mirage ?

Temps de lecture : 4 minutes

21/05 La Fed subit 300 milliards de pertes et le Japon s’enfonce dans un gouffre obligataire

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En bref

  • La Réserve fédérale américaine affiche les pires pertes de son histoire sur ses portefeuilles obligataires.

  • Le système du carry trade nippon s’effondre, menaçant la stabilité financière mondiale.

  • Le Japon pourrait être contraint de vendre massivement ses bons du Trésor américain.

  • Malgré ces signaux d’alerte, les marchés boursiers occidentaux explosent tous les records.

  • Un écart grandissant entre les fondamentaux économiques et l’euphorie des indices soulève de sérieuses questions.

Des pertes historiques pour la Réserve fédérale

La dernière publication comptable de la Fed ne laisse guère de place au doute : avec environ 300 milliards de dollars de pertes, la banque centrale américaine traverse une séquence inédite. Ces pertes proviennent de son portefeuille d’obligations, constitué en majorité de Treasuries à long terme, de MBS (titres adossés à des créances hypothécaires) et d’obligations municipales.

A lire aussi : L’or grimpe en silence… pendant que les banques centrales accumulent les pertes comme jamais. Le système vacille, mais tout le monde regarde ailleurs.

Le mécanisme est connu : lorsque les taux d’intérêt montent, la valeur des obligations baisse. Et avec un rendement du 30 ans américain culminant à 5 %, au plus haut depuis deux décennies, c’est précisément ce que subit l’institution. Plus la durée est longue, plus l’impact est brutal. La Fed concentre donc ses pertes sur la partie longue de la courbe, là où l’écart entre les taux d’émission passés et les taux actuels est le plus flagrant.

Le Japon dans la tourmente obligataire

Du côté japonais, la situation n’est guère plus reluisante. Les banques, assureurs et fonds de pension nippons, fortement exposés aux titres américains via le système du carry trade, voient leur stratégie se déliter.

Jusqu’à récemment, ce système permettait d’emprunter à des taux quasi nuls au Japon (0,10 % à 0,25 %) pour se placer sur des titres américains rapportant 3,5 % à 5 %, voire sur des obligations françaises à 3,40 %. Une mécanique réputée sans effort, générant des marges confortables.

Mais le retournement brutal des taux japonais, avec un 10 ans qui vient de franchir les 1,50 % et un 30 ans dépassant 3 %, fait tout voler en éclats. L’écart de rendement s’est effondré, annihilant le modèle du carry trade. Pire encore : les portefeuilles constitués à des rendements historiquement bas encaissent aujourd’hui des pertes colossales.

Vers un effet domino sur les marchés obligataires

Face à l'urgence, les gestionnaires d’actifs japonais doivent liquider leurs portefeuilles, et pas uniquement leurs obligations nationales. Les Treasuries américains détenus en réserve pourraient également être mis en vente, faute de choix. Ce scénario alimenterait une hausse mécanique des taux longs aux États-Unis, dans un contexte déjà tendu.

Le phénomène touche désormais toutes les maturités : même les titres à 10 ans, autrefois considérés comme refuge, se retrouvent dans la zone rouge. La pression sur les bilans devient trop forte. Et lorsque le besoin de liquidités pour honorer les retraites se fait pressant, les arbitrages ne laissent plus de place à l’attentisme.

L’euphorie boursière en totale dissonance

Pendant ce temps, les marchés actions enchaînent les records avec une régularité stupéfiante. Le DAX dépasse les 24 000 points, affichant une envolée de 20 % depuis janvier, tandis que le Nasdaq et le S&P 500 s’approchent de leurs plus hauts historiques.

Sur cinq semaines, l’ascension est spectaculaire, avec des gains dépassant les 30 %. Wall Street enregistre une série de dix séances haussières consécutives, une première dans les annales. Le réflexe du "buy the dip" est devenu si automatique qu’il n’y a tout simplement plus de "dip".

Un phénomène que le patron de JP Morgan, Jamie Dimon, qualifie d’aveuglement collectif. Tout en saluant la performance des indices, il alerte sur la montée des défauts de paiement dans le secteur automobile, les tensions sur le marché hypothécaire et la révision à la baisse des bénéfices attendus en 2025. En clair, les fondamentaux se dégradent tandis que les investisseurs se livrent à une fuite en avant irrationnelle.

Vers un choc systémique global ?

L’inversion du carry trade, la liquidation des portefeuilles obligataires japonais, les pertes abyssales de la Fed et la déconnexion des marchés actions tissent ensemble le décor d’un scénario à haute tension. Le ministre des Finances japonais ne s’y trompe pas, évoquant un parallèle inquiétant avec la situation de la Grèce en 2010, malgré le fait que 90 % de la dette japonaise soit domestique.

En toile de fond, c’est une fragilité globale du système qui transparaît : des déséquilibres de plus en plus visibles, des excès de valorisation sur les marchés, et une confiance collective qui semble ignorer les lignes de faille. Jusqu’à quand  ?

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Sources : BDOR

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