ETF, cryptos, or physique : 1,1 million de jeunes investisseurs misent désormais sur ces placements
Fonds indiciels, cryptomonnaies, or physique : les moins de 35 ans réinventent leur épargne. Chiffres de l'AMF, rôle de l'IA et limites à connaître avant d'investir.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
- L’AMF a recensé 1,1 million de Français ayant acheté ou vendu des ETF en 2025, une hausse de 83 % sur un an. L’âge moyen des intervenants sur ces produits est passé de 41 à 38 ans.
- Une étude OpinionWay pour Nalo (avril 2026) montre que 52 % des moins de 35 ans ont déjà sollicité l’IA pour comprendre une notion financière.
- Selon une enquête OpinionWay pour AuCOFFRE, 34 % des moins de 35 ans envisagent d’acheter de l’or d’ici un an. Ce sont des intentions, pas des transactions.
- L’or physique diversifie un patrimoine sans verser de revenu, et son prix reste exposé aux variations de marché.
Les fonds indiciels rajeunissent le public des marchés
Les chiffres de l’Autorité des marchés financiers tracent une évolution nette. Entre la fin 2024 et la fin 2025, l’âge moyen des personnes actives sur les ETF a reculé de 41 à 38 ans, et celui des intervenants sur les actions de 51 à 48 ans. Ces moyennes ne font pas de la Bourse un terrain réservé aux jeunes, mais elles montrent que le profil de ceux qui passent des ordres change.
Ce rajeunissement accompagne l’essor des fonds indiciels cotés. En 2025, 1,1 million de Français ont réalisé au moins une opération sur ces supports, soit 83 % de plus qu’en 2024. Le décompte porte sur les personnes ayant acheté ou vendu, pas sur celles qui conservent ces produits durablement.
Un reportage du Figaro daté du 26 août 2026 donne un visage à cette épargne des jeunes investisseurs. Un salarié de 27 ans, fraîchement titulaire d’un CDI et encore lesté d’un prêt étudiant, y raconte comment il a voulu faire travailler ses économies. Podcasts, discussions entre amis, puis ouverture de plusieurs enveloppes de placement. Ce récit décrit un parcours personnel, pas une recette valable pour tous.
La vraie question porte sur la destination de l’argent disponible. Financer un déménagement, réunir un apport immobilier, préparer une retraite lointaine ou simplement mieux rémunérer un capital appellent des horizons différents. L’AMF rappelle qu’une épargne de précaution doit rester disponible à tout moment et protégée de toute perte. Investir commence donc par séparer ce qui peut attendre vingt ans de ce qui servira dans six mois. Maîtriser les codes de la finance et disposer d’un capital à placer restent par ailleurs deux réalités distinctes.
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Podcasts, vidéos et intelligence artificielle comme premières leçons
L’apprentissage financier a changé de canaux. D’après une étude OpinionWay pour Nalo publiée en avril 2026, 52 % des moins de 35 ans ont déjà utilisé l’IA pour comprendre une notion financière, contre 27 % de l’ensemble des Français. Comprendre un concept ne revient pas à confier son portefeuille à une machine.
L’avantage tient à la possibilité d’aborder un sujet technique sans en posséder le vocabulaire. Un épargnant peut demander ce qu’est un dividende, faire vérifier un calcul ou comparer deux enveloppes. Le podcast déroule un raisonnement complet, la vidéo courte ouvre une première porte. Ces formats n’offrent pas les mêmes garanties de précision ni d’actualisation.
Le danger surgit quand la clarté d’une explication est confondue avec la fiabilité d’un conseil. Une présentation limpide peut passer sous silence les frais, les conditions de sortie ou les scénarios défavorables. L’ESMA a encadré ce terrain en janvier 2026 avec ses recommandations aux influenceurs financiers : afficher les rémunérations, signaler les intérêts personnels, présenter les risques à côté des gains espérés. Une simple formule de décharge ne dispense pas de ces obligations.
L’IA ajoute une couche de difficulté. Une réponse peut paraître professionnelle tout en s’appuyant sur des données incomplètes ou dépassées. Le régulateur européen invite à croiser les sources et à ne jamais lui déléguer seule une décision. Pour les nouveaux investisseurs, le vrai travail consiste à remonter jusqu’au document d’origine : une statistique a une période et un périmètre, un rendement précise ce qu’il mesure, un partenariat commercial doit se voir.
Des performances affichées qui masquent le risque accepté
Le jeune actif du Figaro évoque des gains de 12 à 50 % sur certaines positions. Sans durée, sans détail des versements, sans frais ni pertes sur d’autres lignes, ces chiffres ne décrivent pas une stratégie. Une réussite individuelle renseigne sur un parcours, pas sur ce qu’obtiendra le prochain acheteur.
Les ETF suivent un indice, à la hausse comme à la baisse. Mais la famille est vaste : un fonds mondial largement réparti n’a rien à voir avec un produit sectoriel ou à effet de levier. Le ministère de l’Économie rappelle que le capital n’est pas garanti et que la diversification dépend de l’indice répliqué. Le PEA, de son côté, est une enveloppe fiscale, pas un placement. Le risque dépend de ce qu’on y loge, et tous les ETF n’y sont pas éligibles.
Les cryptomonnaies posent d’autres questions. Dans une publication mise à jour le 27 juillet 2026, l’AMF insiste sur la volatilité, la fraude et la conservation des actifs. Garder soi-même ses clés impose de les sécuriser ; les confier à un intermédiaire impose de l’examiner.
Une perte se traduit en euros. Un capital de 1 000 euros amputé de 30 % tombe à 700 euros, et doit ensuite regagner près de 43 % pour revenir à son niveau initial. Cette asymétrie explique pourquoi un placement ne se juge pas sur ses meilleurs épisodes. Pour un jeune salarié, la question est concrète : pourra-t-il conserver ses positions si une dépense imprévue survient en pleine baisse ?
L’or entre dans les projets des moins de 35 ans
Le goût des outils numériques n’exclut pas l’attrait d’un actif tangible. Une enquête OpinionWay pour AuCOFFRE, menée en ligne du 10 au 12 juin 2026 auprès de 1 752 adultes, indique que 68 % des moins de 35 ans jugent l’or pertinent pour leur patrimoine et que 34 % envisagent un achat sous douze mois, contre 9 % des 50 ans et plus.
Plusieurs réserves s’imposent. L’étude émane d’un vendeur d’or. Les intentions ne sont pas des transactions et ne disent rien des montants. Sans série historique, impossible de chiffrer une progression réelle des achats. BullionVault ajoute une observation sur sa propre clientèle : le nombre de nouveaux utilisateurs de 16 à 27 ans accueillis au premier semestre 2026 égalait déjà celui de toute l’année 2025. Ce constat vaut pour cet opérateur, réparti sur plusieurs pays, pas pour la population française.
Le rapprochement avec les ETF et les cryptos suggère une hypothèse : un même épargnant peut vouloir participer à la croissance des entreprises avec une part de son argent et diversifier autrement le reste. Reste que le caractère physique du métal ne distingue pas à lui seul une démarche patrimoniale d’un pari sur le prix. Le cours de l’or ne suffit pas non plus à connaître le coût d’une acquisition : prime, commission, frais de livraison et prix de rachat pèsent d’autant plus que le budget est modeste.
Selon notre expert : Entre taux incertains et marchés nerveux, le métal jaune redevient une valeur de repli pour des épargnants de tous âges.
Métaux précieux et sécurisation de l’épargne
Pour cette génération qui apprend à répartir ses économies entre plusieurs supports, les métaux précieux occupent une place à part. Une pièce d’or de 20 francs Coq Marianne, un lingotin d’or de 10 grammes ou un lingot d’argent ne sont la dette de personne : aucun émetteur, aucune contrepartie bancaire. Cette propriété directe répond à une logique de débancarisation partielle, où une fraction du patrimoine échappe aux aléas d’un établissement ou d’une plateforme. Le métal ne verse ni intérêt ni dividende, son prix peut reculer, et sa détention suppose de régler la question du stockage, de l’authenticité et de la fiscalité à la revente. À ces conditions, l’or physique et l’argent peuvent compléter les fonds indiciels et les cryptoactifs dans une diversification où chaque actif a une fonction précise. Savoir ce que l’on possède, pourquoi, et dans quelles circonstances on pourrait en avoir besoin : c’est là que l’autonomie financière prend tout son sens.
Sources : BDOR, Autorité des marchés financiers, Le Figaro, OpinionWay pour Nalo, Autorité européenne des marchés financiers, ministère de l’Économie, OpinionWay pour AuCOFFRE via Zonebourse, BullionVault, World Gold Council.
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