La Banque d’Angleterre face au tournant monétaire alors que l’économie britannique ralentit
La Banque d’Angleterre pourrait abaisser son taux à 3,75 % face au ralentissement économique, à la hausse du chômage et au reflux de l’inflation.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 2 minutes

En bref
– La Banque d’Angleterre doit annoncer sa dernière décision de politique monétaire de 2025.
– Les marchés anticipent une baisse du taux directeur de 25 points de base, vers 3,75 %.
– L’inflation britannique recule plus vite que prévu, tandis que le chômage progresse.
– La croissance économique reste fragile, malgré une amélioration récente de l’activité selon les PMI.
– La réaction de la livre sterling dépendra surtout de l’équilibre des votes au sein du comité monétaire.
Une décision monétaire scrutée de près à Londres
La Banque d’Angleterre s’apprête à rendre publique sa dernière décision de politique monétaire de l’année, jeudi à 12h00 GMT. Le consensus de marché table sur une baisse de 25 points de base du taux directeur, actuellement fixé à 4 %, ce qui ramènerait le taux directeur de la Banque d’Angleterre à 3,75 %.
Le gouverneur Andrew Bailey ne s’exprimera pas devant la presse à l’issue de la réunion. Les investisseurs devront donc s’appuyer sur le compte rendu détaillé des débats pour décrypter les équilibres internes du comité de politique monétaire, régulièrement marqué par des divergences nettes.
Les précédentes réunions ont montré un organe profondément partagé. Cette fois, le reflux de l’inflation et la dégradation progressive des indicateurs économiques pourraient peser davantage dans la balance en faveur d’un assouplissement.
Inflation en repli et marché du travail sous tension
Lors de la réunion du 6 novembre, la Banque d’Angleterre avait maintenu son taux inchangé à 4 %, à l’issue d’un vote parfaitement partagé. Quatre membres s’étaient prononcés pour une baisse immédiate, laissant au gouverneur le soin de trancher.
À cette occasion, Andrew Bailey avait mis en avant le risque d’une inflation durablement supérieure à la cible, tout en reconnaissant qu’un resserrement excessif pouvait freiner la consommation et fragiliser l’activité.
Les données récentes modifient sensiblement l’équation. L’indice des prix à la consommation publié mercredi montre un net ralentissement des tensions inflationnistes, porté par une forte décélération des prix alimentaires. L’inflation annuelle est ressortie à 3,2 % en novembre, après 3,6 % en octobre et 3,8 % en septembre.
Le chômage progresse pendant que les salaires ralentissent
Le marché du travail britannique confirme une dynamique moins favorable. Les chiffres publiés mardi indiquent une hausse continue du chômage, désormais établi à 5,1 %, un sommet inédit depuis près de cinq ans. La progression des salaires marque aussi le pas : la rémunération moyenne incluant les primes a augmenté de 4,7 % sur les trois mois à octobre, un rythme inférieur aux périodes précédentes malgré un chiffre légèrement supérieur aux attentes.
Ces éléments renforcent l’argument d’un relâchement monétaire destiné à soutenir la demande intérieure et limiter le risque d’un affaiblissement prolongé de l’économie.
Une croissance fragile malgré des signaux ponctuels
L’activité économique britannique reste sous pression. Le produit intérieur brut s’est contracté pour le deuxième mois consécutif en novembre, pénalisé par la faiblesse des services et de la construction. Sur l’ensemble du troisième trimestre, la croissance n’a atteint que 0,2 %, contre 0,3 % au trimestre précédent.
Les enquêtes PMI préliminaires de décembre apportent un léger contrepoids. Elles signalent une amélioration de l’activité tant dans l’industrie que dans les services, au-delà des anticipations. Ces données atténuent les craintes d’un ralentissement brutal, sans suffire à modifier en profondeur les anticipations de politique monétaire.
Selon notre expert : Dans un système financier sous tension, l’évolution des taux et des devises remet l’or au centre des arbitrages patrimoniaux.
Livre sterling : le verdict viendra du détail des votes
Dans ce contexte, les opérateurs estiment que la Banque d’Angleterre pourrait dépasser ses divisions internes et réduire son taux directeur à 3,75 % afin de soutenir une économie en perte de vitesse.
L’attention se portera sur la répartition des votes. Un nombre réduit de membres favorables au statu quo serait interprété comme un signal accommodant, susceptible d’alimenter les anticipations de nouvelles baisses de taux à court terme et de peser sur la livre sterling.
Un scénario de partage égal des voix, avec une nouvelle décision arbitrée par le gouverneur, limiterait au contraire la probabilité d’un cycle rapide d’assouplissement. Cette configuration offrirait un soutien relatif à la devise britannique.
Sur le plan technique, la paire GBP/USD abordait la réunion dans une configuration encore constructive, portée par l’affaiblissement généralisé du dollar américain. Les investisseurs anticipent un assouplissement plus marqué de la Réserve fédérale américaine que de la Banque d’Angleterre en 2026.
À court terme, la pression vendeuse s’intensifie. Les zones situées autour de 1,3280 puis 1,3180 constituent des objectifs surveillés. À l’inverse, la zone de 1,3400 fait figure de première résistance, avant un seuil plus élevé proche de 1,3455. Un franchissement durable serait nécessaire pour réorienter la dynamique.
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