Macron–Bayrou : ce duo jugé le pire de la Ve République par les Français
Avec 19 % et 18 % de satisfaction, Macron et Bayrou signent le plus bas niveau de popularité d’un exécutif sous la Ve République.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
Emmanuel Macron chute à 19 % de satisfaction, François Bayrou à 18 %
Rejet massif dans toutes les catégories socio-professionnelles
Perte de confiance même chez les électeurs de 2022
Accusations de favoritisme, immobilisme, absence de ligne claire
Risque d’isolement politique total avec un Parlement verrouillé
L'idée d'une dissolution de l’Assemblée fait son chemin mais divise
Des niveaux de rejet inédits sous la Ve République
La publication du dernier baromètre IFOP pour le Journal du Dimanche le 21 juillet 2025 confirme une réalité politique brutale : Emmanuel Macron et François Bayrou enregistrent les pires taux de popularité pour un exécutif depuis 1958. À eux deux, ils totalisent à peine 37 % de satisfaction cumulée. Ce chiffre reflète une défiance profonde, bien au-delà de la simple érosion liée à l’exercice du pouvoir.
Le président de la République recule de 4 points en un mois, tombant à 19 %, tandis que son Premier ministre, désigné il y a moins d’un an, cède 2 points pour atteindre 18 %. Ces chiffres confirment une rupture dans la relation de confiance entre le sommet de l’État et une large majorité des citoyens.
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Une défiance transversale et sociale
La dynamique négative s’étend à l’ensemble du corps électoral, touchant particulièrement des segments autrefois considérés comme modérés : chefs d’entreprise, professions intermédiaires, habitants des zones rurales. Même parmi les électeurs de Macron au second tour de 2022, seuls 49 % approuvent encore son action, contre 61 % un mois plus tôt.
Ce désaveu généralisé témoigne d’une perte d’autorité politique. L’incapacité à prendre des décisions claires, dans un moment où le pays attend de la fermeté, alimente le ressentiment. L’image d’un exécutif hésitant, sans cap assumé, s’impose dans l’opinion.
Un pouvoir perçu comme inerte
L’érosion ne tient pas uniquement aux chiffres. Elle incarne un diagnostic plus profond : celui d’un pouvoir qui n'agit plus, ou trop tard. Emmanuel Macron, privé de majorité à l’Assemblée nationale, s’en remet de plus en plus aux ordonnances, accentuant le sentiment de verticalité déconnectée. Ses dernières décisions sont jugées confuses, tardives ou hors-sol, selon les commentateurs politiques.
François Bayrou, quant à lui, n’échappe pas aux critiques. Accusé de temporiser au lieu de trancher, il est dépeint comme un modérateur sans ligne directrice, incapable de clarifier la stratégie gouvernementale.
Le rejet d’une gouvernance verrouillée
L’impopularité actuelle s’explique aussi par une gouvernance fondée sur la cooptation, le réseau personnel et la mise à l’écart des corps intermédiaires. Depuis deux ans, de nombreuses nominations dans l’administration ou les cabinets ministériels sont interprétées comme des actes de favoritisme. L’absence de réformes structurelles sur les dépenses publiques ou le poids de l’État alimente le malaise.
Le pouvoir semble incapable de répondre aux attentes de sobriété, d’efficacité et de transparence. Ce conservatisme administratif cristallise une colère transversale, allant des libéraux aux syndicalistes.
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Une majorité introuvable et un isolement croissant
Le centre de gravité politique d’Emmanuel Macron se déplace, mais sans point d’ancrage. L’aile gauche présidentielle s’est effondrée, Les Républicains refusent toujours tout accord structurel, et le MoDem semble cantonné à un rôle décoratif. Résultat : aucun projet d’envergure ne trouve de débouché parlementaire.
Dans ce contexte, l’isolement du duo exécutif s’intensifie. À mesure que les alliances se délitent, l’État gouverne à coups de décrets, dans un vide législatif préoccupant.
La dissolution : solution ou risque fatal ?
Face à l’impasse, certains évoquent la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale. Mais l’option reste hautement périlleuse. Selon l’IFOP, seuls 42 % des Français y seraient favorables, et les projections donnent le Rassemblement National en tête dans 72 % des circonscriptions métropolitaines.
Un tel scénario plongerait le pays dans une incertitude institutionnelle majeure. L'exécutif le sait. D’où la stratégie de recentrage d’Emmanuel Macron sur les enjeux internationaux, à défaut de trouver une issue sur le plan intérieur.
Un pouvoir sans ancrage populaire
Le rejet du duo Macron-Bayrou ne relève ni de la lassitude, ni de l’habitude démocratique. Il manifeste un désalignement systémique entre les citoyens et leur représentation. Le lien est rompu. Les chiffres ne font que confirmer un ressenti déjà installé depuis plusieurs années.
Ce divorce entre l’exécutif et le pays pose une interrogation centrale : combien de temps un gouvernement peut-il durer sans appui populaire réel ? Le calendrier électoral tiendra peut-être, mais la stabilité politique, elle, vacille.
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