Pour la première fois en dix ans, les Français délaissent le Livret A
Le Livret A enregistre sa première décollecte nette depuis 2015. Baisse du taux à 1,7 %, puis 1,5 % en vue : les épargnants français arbitrent vers l'assurance vie.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 2 minutes

Sommaire
- Le Livret A perd sa première place dans les habitudes d'épargne des Français
- Deux baisses de taux en un an, un rendement divisé par deux
- L'assurance vie redevient le premier réceptacle de l'épargne longue
- Des ménages prudents qui diversifient sans renoncer à l'épargne
- Diversifier son épargne au-delà des produits réglementés
En bref
Le Livret A a enregistré en 2025 une décollecte nette, une première depuis dix ans, sous l'effet de deux baisses successives de son taux, ramené de 3 % à 1,7 %.
Une nouvelle réduction à 1,5 % est attendue dès février 2026, ce qui devrait prolonger ce mouvement de désaffection.
Les fonds euros de l'assurance vie ont affiché un rendement moyen autour de 2,65 %, attirant une part croissante des arbitrages des ménages.
La collecte nette sur l'assurance vie pourrait avoir atteint 50 milliards d'euros sur l'année, selon les projections du Magistère Banque-Finance de l'université Panthéon-Assas.
Malgré ce rééquilibrage, le taux d'épargne des Français reste élevé : près d'un euro sur cinq continue d'être mis de côté, selon l'Insee.
Le Livret A perd sa première place dans les habitudes d'épargne des Français
Pendant dix ans, le Livret A avait résisté à toutes les tempêtes financières. Taux bas, crises successives, montée des alternatives numériques : le petit livret réglementé, détenu par près de 57 millions de Français et gérant quelque 450 milliards d'euros, avait continué d'engranger des dépôts. L'année 2025 a mis fin à cette séquence. Pour la première fois depuis 2015, les retraits ont dépassé les dépôts sur ce support, matérialisant un retournement que beaucoup d'analystes anticipaient sans oser le dater.
Stéphane Magnan, directeur financier du fonds d'épargne à la Caisse des dépôts, ne dramatise pas le phénomène. « C'est un retour de balancier qui est tout à fait logique », a-t-il déclaré, soulignant que ce type de mouvement accompagne mécaniquement toute phase de compression du rendement servi aux épargnants.
Deux baisses de taux en un an, un rendement divisé par deux
La chronologie est limpide. Le taux du Livret A a été abaissé à 2,4 % en février 2025, puis ramené à 1,7 % en août de la même année, soit une division par presque deux en l'espace de six mois. Cette trajectoire descendante ne s'arrêtera probablement pas là : une nouvelle révision à 1,5 % est programmée pour février 2026.
À mesure que le rendement s'est érodé, l'argument principal du livret réglementé, sa sécurité assortie d'une rémunération lisible, a perdu de sa force de persuasion. Les épargnants les plus attentifs à leur patrimoine ont commencé à arbitrer, transférant une partie de leurs liquidités vers des enveloppes offrant des perspectives meilleures à court terme.
Un contexte institutionnel peu favorable au livret réglementé
Plusieurs facteurs ont amplifié cette dynamique. Le ministère de l'Économie et la Banque de France ont, au fil des mois, mis en avant des placements plus risqués pour orienter l'épargne des ménages vers le financement de l'économie productive. Les réseaux bancaires, dont une partie de la collecte du Livret A transite obligatoirement vers la Caisse des dépôts, n'ont pas déployé d'effort commercial particulier pour défendre ce produit face à leurs propres offres d'assurance vie.
L'assurance vie redevient le premier réceptacle de l'épargne longue
La montée en puissance de l'assurance vie constitue l'autre face de cette équation. Les fonds euros, garantis en capital et liquides à tout moment, ont servi en moyenne un rendement d'environ 2,65 % sur l'exercice 2025, selon plusieurs experts du secteur. Cet écart de près d'un point par rapport au Livret A a suffi à modifier les comportements d'allocation.
Les projections du Magistère Banque-Finance de l'université Panthéon-Assas sont éloquentes : la collecte nette sur le segment de l'assurance vie en fonds euros pourrait avoir atteint 50 milliards d'euros sur l'année écoulée. Un chiffre qui reflète autant l'attractivité retrouvée du produit que la disponibilité des arbitrages issus du Livret A.
Des ménages prudents qui diversifient sans renoncer à l'épargne
Ce déplacement de flux ne signifie pas que les Français ont réduit leur propension à épargner. Les données de l'Insee montrent qu'environ un euro sur cinq continue d'être mis de côté, un ratio qui traduit une prudence structurelle face aux incertitudes sur l'emploi, les retraites et le pouvoir d'achat.
Ce que ce mouvement révèle, c'est une sophistication croissante des comportements patrimoniaux. Les ménages, longtemps captifs de la simplicité du Livret A, s'approprient progressivement d'autres supports, comparent les rendements et interrogent leurs conseillers sur les arbitrages possibles. La Caisse des dépôts le confirme : beaucoup de retraits observés en 2025 n'ont pas été consommés, mais réorientés vers des placements perçus comme plus performants ou activement promus par les institutions financières.
Diversifier son épargne au-delà des produits réglementés
Cette reconfiguration de l'épargne populaire française invite à s'interroger sur la part des actifs tangibles dans une stratégie patrimoniale équilibrée. À l'heure où les rendements réels des livrets réglementés peinent à couvrir l'inflation et où les fonds euros restent exposés aux aléas obligataires, les lingots d'or, les pièces d'or et les lingots d'argent occupent une place à part. Ces supports, détenus physiquement hors du circuit bancaire, n'offrent pas de rendement périodique mais constituent une réserve de valeur historiquement reconnue, imperméable aux décisions de politique monétaire et aux crises de liquidité. Dans une logique de débancarisation partielle et de sécurisation d'une fraction de l'épargne, l'achat de métaux monétaires sous forme physique représente une option que les épargnants les plus avertis intègrent désormais à côté de leurs placements traditionnels.
Sources : BDOR
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