L’épargne des Français rapporte peu. Selon Rexecode, une meilleure allocation vers les actions aurait créé 340 milliards d’euros supplémentaires.
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Sommaire
En bref
Une étude de Rexecode estime qu’une meilleure exposition des ménages français aux actions aurait pu générer près de 340 milliards d’euros de patrimoine supplémentaire en vingt ans.
Les Français figurent parmi les plus gros épargnants d’Europe, mais une grande partie de leur capital reste investie sur des supports faiblement rémunérateurs.
Le rendement réel de l’épargne financière française est resté très limité sur les quinze dernières années.
Le débat relance la question de la place de l’investissement de long terme dans la préparation de la retraite.
Plusieurs économistes considèrent que le manque d’investissement productif constitue un frein à la croissance et à l’enrichissement des ménages.
La France ne manque pas d’épargne. Les ménages français détiennent près de 6 000 milliards d’euros d’actifs financiers, un niveau parmi les plus élevés d’Europe. Pourtant, cette masse considérable de capitaux ne se traduit pas par une progression spectaculaire du patrimoine financier des particuliers.
Le constat dressé par plusieurs économistes est simple : les Français épargnent beaucoup, mais investissent peu dans les actifs capables de créer de la richesse sur le long terme.
Cette situation repose en grande partie sur une préférence historique pour les placements perçus comme sûrs. Livrets réglementés, fonds en euros de l’assurance-vie ou comptes bancaires absorbent encore une part importante de l’épargne nationale. Une stratégie rassurante, mais dont les performances peinent souvent à compenser durablement l’inflation.
Selon les données citées par Rexecode, le rendement réel moyen de l’épargne financière française n’aurait atteint qu’environ 0,8 % par an après inflation sur les quinze dernières années. Une progression jugée insuffisante au regard des montants placés.
L’étude de Rexecode met en avant un chiffre qui interpelle : près de 340 milliards d’euros de patrimoine financier supplémentaire auraient pu être créés sur vingt ans avec une allocation davantage orientée vers les actions.
L’institut estime qu’une part plus importante de l’épargne des ménages investie dans des entreprises cotées aurait permis d’améliorer le rendement global du patrimoine tout en conservant un niveau de risque considéré comme maîtrisable sur le long terme.
Le sujet reste sensible en France. La Bourse souffre encore d’une réputation associée à la spéculation ou aux crises financières. Cette perception conduit de nombreux épargnants à écarter les marchés actions, même lorsqu’ils disposent d’un horizon d’investissement de plusieurs décennies.
Pourtant, les défenseurs de cette approche rappellent qu’il existe une différence fondamentale entre le trading à court terme et l’investissement progressif dans des portefeuilles diversifiés.
A lire aussi : Record après record, le cours de l’or envoie un signal que les marchés refusent encore de regarder en face.
Cette prudence contraste avec les pratiques observées dans plusieurs économies avancées.
Aux États-Unis, dans les pays nordiques ou encore au Canada, les marchés financiers occupent une place beaucoup plus importante dans la constitution du patrimoine des ménages. Les systèmes de retraite, les fonds de pension et les véhicules d’investissement collectifs jouent également un rôle majeur dans le financement de l’économie.
La France a longtemps privilégié une logique différente, fondée sur la répartition et sur une forte intervention publique dans la protection sociale.
Pour certains observateurs, cette orientation a contribué à éloigner les particuliers de l’investissement en actions. Le résultat est visible : une partie importante de l’épargne nationale reste immobilisée dans des placements peu dynamiques alors que les entreprises continuent de rechercher des financements.
Le débat sur l’investissement ne se limite plus à la seule performance de l’épargne.
Les interrogations croissantes autour du financement des retraites replacent la question au cœur des discussions économiques. Plusieurs économistes soulignent que l’accumulation d’actifs financiers sur le long terme pourrait constituer un complément utile aux mécanismes traditionnels de retraite.
Cette réflexion renvoie également à un épisode souvent oublié. Une réforme adoptée en 1997 prévoyait la création de mécanismes proches des fonds de pension. Le projet n’a finalement jamais été déployé après le changement de majorité politique intervenu cette année-là.
Depuis, la France a poursuivi une trajectoire très différente de celle empruntée par certains pays européens qui ont progressivement développé des dispositifs de capitalisation en complément de la répartition.
Selon notre expert : Banques centrales, dette mondiale et tensions géopolitiques : une combinaison explosive propulse l’or vers un scénario que peu d’investisseurs anticipent.
L’évolution des mentalités semble néanmoins amorcée.
L’éducation financière gagne progressivement du terrain et les nouvelles générations s’intéressent davantage aux marchés financiers, notamment via les ETF, les plans d’investissement programmés ou les comptes-titres.
La progression des indices mondiaux ces dernières années a également contribué à modifier le regard porté sur l’investissement de long terme. Les performances enregistrées par les marchés américains ou émergents ont rappelé qu’une diversification mondiale pouvait constituer un levier de création de patrimoine.
Le véritable enjeu dépasse finalement la seule question boursière. Il touche à la capacité des ménages à faire fructifier leur épargne dans un environnement marqué par le vieillissement démographique, les tensions budgétaires et la recherche de croissance.
Le chiffre de 340 milliards d’euros avancé par Rexecode ne représente pas seulement un manque à gagner théorique. Il illustre surtout le coût potentiel d’un réflexe profondément ancré dans la culture financière française : privilégier la sécurité immédiate au détriment du rendement de long terme.
Sources : BDOR
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