Qu’est-ce que le « nouvel euro numérique », cette monnaie qui pourrait mettre fin au cash ?
Euro numérique, paiements instantanés, rôle des banques et avenir du cash ce projet de la BCE divise l’Europe financière
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 2 minutes

Sommaire
- Une monnaie digitale au cœur de la stratégie européenne
- Une réponse directe à la domination du dollar numérique
- Comment fonctionnerait le portefeuille numérique européen
- Confidentialité et limites de l’anonymat
- Un coût contesté et une fracture avec les banques
- Une remise en cause du rôle bancaire traditionnel
En bref
La Banque centrale européenne prépare une version digitale de la monnaie officielle accessible à tous
L’objectif vise à réduire la dépendance aux systèmes de paiement dominés par des acteurs américains
Le projet promet des paiements instantanés sans intermédiaire bancaire direct
Les banques alertent sur un coût élevé et un risque de marginalisation
Les espèces resteraient en circulation aux côtés de cette nouvelle forme de monnaie publique
Une monnaie digitale au cœur de la stratégie européenne
L’hypothèse d’une disparition progressive des billets revient régulièrement dans le débat public. À Bruxelles, le chantier engagé par la Banque centrale européenne dépasse la simple modernisation des paiements. Le euro numérique représenterait une version digitale de la monnaie officielle, émise directement par l’institution monétaire, avec l’ambition de renforcer la souveraineté financière européenne.
Les travaux ont débuté dès 2018-2019, dans un environnement marqué par la montée en puissance des paiements dématérialisés. Aujourd’hui, une grande partie des transactions transitent par des réseaux dominés par des groupes américains, ce qui alimente les inquiétudes stratégiques au sein de l’Union.
Une réponse directe à la domination du dollar numérique
La pression extérieure s’intensifie. Aux États-Unis, le cadre législatif évolue en faveur de monnaies numériques privées adossées au dollar, renforçant l’influence internationale de la devise américaine. Face à cette dynamique, la BCE entend proposer une alternative publique.
Dans le fonctionnement actuel, un paiement par carte correspond à une créance sur la banque du client. Avec le euro numérique, la logique changerait radicalement : la somme utilisée serait émise par la banque centrale elle-même, à l’image d’un billet conservé dans un portefeuille physique.
Comment fonctionnerait le portefeuille numérique européen
Le dispositif reposerait sur un portefeuille numérique installé sur smartphone, aux côtés des cartes bancaires. En magasin, le paiement s’effectuerait par simple rapprochement du téléphone avec le terminal. La différence majeure réside dans le règlement instantané au commerçant, sans passage par une chaîne bancaire intermédiaire.
Les banques conserveraient une fonction opérationnelle essentielle. Elles assureraient l’alimentation du portefeuille via des virements depuis les comptes courants ou par des dispositifs physiques. Aucun intérêt ne serait versé sur les montants détenus, afin d’éviter un transfert massif de l’épargne hors du système bancaire classique.
L’euro numérique serait utilisable avec ou sans connexion Internet, renforçant sa résilience en cas de panne de réseau.
Confidentialité et limites de l’anonymat
La question de la vie privée occupe une place centrale dans les débats. Contrairement aux espèces, cette monnaie digitale ne serait pas totalement anonyme. La BCE affirme toutefois qu’aucune donnée sur les achats ou les soldes ne serait collectée par l’institution. Le dispositif serait conçu pour respecter des standards élevés de confidentialité, selon les engagements répétés de ses dirigeants.
Les billets et pièces continueraient de circuler. Pourboires et paiements en liquide resteraient possibles, le euro numérique venant compléter l’écosystème existant.
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Un coût contesté et une fracture avec les banques
Le financement du projet cristallise les tensions. La BCE évalue le développement à 1,3 milliard d’euros, avec des frais annuels proches de 320 millions. Les coûts supportés par les banques seraient compris entre 4 et 5,8 milliards d’euros selon ses estimations.
Les établissements financiers avancent des montants bien supérieurs. Une étude commandée par les associations bancaires européennes chiffre la facture globale autour de 30 milliards d’euros. Pour plusieurs dirigeants du secteur, assumer une telle charge sans bénéfice commercial direct pose un problème majeur, dans une période déjà marquée par de fortes contraintes réglementaires.
Une remise en cause du rôle bancaire traditionnel
Au-delà de l’aspect budgétaire, la crainte porte sur l’évolution du rôle des banques dans les paiements quotidiens. Si l’émission et la circulation de la monnaie digitale venaient à s’affranchir progressivement des réseaux bancaires commerciaux, leur position stratégique pourrait s’affaiblir.
Au Parlement européen, certaines voix appellent à encadrer strictement l’usage du euro numérique pour éviter une concurrence frontale avec les solutions de paiement existantes. Le débat s’annonce d’autant plus vif que le secteur bancaire européen affiche des bénéfices annuels proches de 200 milliards d’euros ces dernières années.
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