L'argent recule de 3 % en une journée, pénalisé par un dollar renforcé par la Fed
L'argent perd plus de 3 % ce jeudi, pénalisé par un dollar renforcé par la Fed. Décryptage des raisons de ce repli et de ses limites.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'once d'argent cote 56,24 euros, en repli de 3,10 % sur 24 heures
Le dollar se renforce de 0,66 % après un ton plus offensif de la Fed
L'argent, sans rendement, perd de l'attrait face aux obligations mieux rémunérées
Le repli du jour est trois fois plus marqué que celui observé sur le métal comparable
Le pétrole WTI recule aussi, signe de craintes sur la demande industrielle
Sur deux mois, l'argent conserve une progression de 11 %
Un repli de 3 % qui efface la stabilité relative des derniers jours
Ce jeudi 24 septembre 2026, l'once d'argent cote 56,24 euros, en repli de 3,10 % sur les dernières 24 heures, selon nos relevés du matin. Le gramme, repère utile pour un détenteur de pièces ou de petits lingots, s'affiche à 1,808 euro contre une ouverture de séance à 1,820 euro. L'amplitude de la matinée reste contenue, 0,8 % entre le plus haut à 1,821 euro et le plus bas à 1,808 euro, mais la tendance est nette : -0,6 % depuis la clôture de mercredi, -0,6 % depuis l'ouverture, et un mouvement qui s'est stabilisé sur les trois dernières heures (-0,2 %).
Ce repli du jour prolonge une semaine déjà négative. Sur 7 jours, notre relevé affiche -1,0 % pour l'argent, et sur 1 mois la baisse atteint -4,3 %. L'or, lui, recule moins vite sur ce même mois (-5,8 % comparé à -0,96 % pour la séance du jour), preuve que le mouvement de ce matin frappe l'argent avec une intensité plus forte. Sur 2 mois pourtant, l'argent conserve une avance nette avec +11,0 % contre +6,9 % pour l'or, un rappel utile pour ne pas juger tout un actif sur une seule matinée.
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Le dollar, renforcé par une Fed plus offensive, pèse sur le cours en euros
La cause immédiate se lit du côté du Dollar Index, qui gagne 0,66 % en 24 heures à 101,09 points, pendant que l'euro cède 0,33 % face au billet vert à 1,1389 dollar. L'argent se cote en dollars sur les marchés internationaux avant d'être converti en euros : un dollar plus cher alourdit mécaniquement la baisse ressentie par un acheteur européen, même quand le repli en dollars est déjà marqué de son côté.
Ce raffermissement du dollar trouve son origine dans le durcissement du ton de la Réserve fédérale américaine. Les indicateurs manufacturiers publiés cette semaine ont dépassé les attentes, et plusieurs responsables de la banque centrale américaine ont défendu la nécessité de poursuivre la hausse des taux pour contenir l'inflation, ce qui a fait grimper la probabilité anticipée d'un relèvement en octobre. Face à ce contexte, l'once d'argent, qui ne verse aucun coupon, perd en attractivité relative par rapport à des placements obligataires mieux rémunérés. L'OAT française à 10 ans, à 4 % ce jeudi, illustre ce coût d'opportunité pour un épargnant qui compare un métal sans rendement à une dette souveraine qui, elle, en verse un.
Le ratio or/argent trahit la nature industrielle du métal
Le ratio or/argent, qui mesure combien d'onces d'argent équivalent à une once d'or, s'établit à 66,8 aujourd'hui contre 67,9 il y a un mois, soit une baisse de 1,6 %. Sur un mois, ce recul du ratio dit que l'argent a globalement mieux résisté que l'or. Mais la séance du jour raconte l'inverse : l'argent chute trois fois plus vite que l'or, -3,10 % contre -0,96 %. Cette divergence ponctuelle est la signature de la double nature de l'argent, à la fois métal monétaire et matière première industrielle utilisée dans le photovoltaïque et l'électronique.
Quand le dollar se renforce et que les taux montent, l'argent encaisse le choc monétaire comme l'or, mais il subit en plus les craintes sur la demande industrielle. Le repli du pétrole WTI, à 92,39 dollars le baril (-3,54 % en 24 heures), va dans le même sens : un baril moins cher traduit souvent une anticipation de ralentissement de l'activité, un climat qui n'aide pas la composante industrielle de l'argent, même s'il allège en théorie les coûts de production des mines et des raffineries.
Notre lecture du repli de l'argent et ce qui pourrait la contredire
Notre lecture pour ce jeudi est que le repli de l'argent tient d'abord à un mouvement de dollar, amplifié par la composante industrielle du métal dans un climat de doutes sur la croissance. Rien dans nos relevés ne signale une rupture de tendance sur le fond : l'avance de 11,0 % sur 2 mois reste intacte, largement supérieure à celle de l'or sur la même période. Un épargnant qui suit l'argent pour sa diversification patrimoniale regarde un mois, pas une matinée.
Cette lecture serait prise en défaut si le ralentissement industriel se confirmait au-delà d'un simple ajustement de marché, ou si la Fed allait plus loin que prévu dans son resserrement lors des prochaines semaines. Les prochaines statistiques américaines sur l'emploi, attendues dans les prochains jours, et les prises de parole des responsables de la banque centrale américaine seront à surveiller de près : une confirmation du scénario de hausse de taux en octobre entretiendrait la pression sur un dollar déjà robuste, et donc sur le cours de l'argent une fois converti en euros.
Sources : BDOR
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