L'eau des océans de la Terre contient de l'or qui est souvent visible à l'œil nu
Les océans contiennent de l’or, mais en quantités infimes. Voici pourquoi son extraction reste un rêve impossible.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 2 minutes

En bref
Des traces d’or existent bien dans l’eau de mer, sous forme dissoute ou liée à des particules.
Leur concentration est estimée à 1 gramme pour 100 millions de tonnes d’eau.
L'extraction directe depuis les océans est techniquement et économiquement irréalisable.
L’essentiel de l’or sous-marin est lié à des minéraux soufrés présents à plusieurs kilomètres de profondeur.
Les projets industriels associant désalinisation et récolte d’or n’ont pas dépassé le stade de l’expérimentation.
Des concentrations infimes dans les océans
L’idée d’un trésor caché dans les océans fait rêver depuis plus d’un siècle. Pourtant, la réalité chimique est bien plus modeste : l’or dissous dans l’eau de mer est présent à des niveaux extraordinairement faibles, souvent inférieurs à 150 femtomoles par litre selon les relevés dans l’Atlantique et le Pacifique nord-est. En d’autres termes, un litre d’eau de mer contient en moyenne quelques trillionièmes de gramme d’or.
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Des origines multiples mais dispersées
L’or marin provient principalement des rivières, des poussières atmosphériques (aérosols) et des sources hydrothermales actives au fond des océans. Une partie se fixe à des particules en suspension, tandis qu’une autre forme des complexes dissous avec des chlorures, ce qui contribue à sa dispersion.
Le résultat ? Une concentration moyenne estimée à 1 gramme d’or pour 100 millions de tonnes d’eau, soit un volume astronomique pour une quantité infime.
Un défi analytique pour les scientifiques
Avant même d’envisager une quelconque récupération, il a fallu apprendre à mesurer ces concentrations. Des protocoles très stricts sont nécessaires : prélèvements avec des bouteilles propres à trace métallique, traitement en salle filtrée, flacons conditionnés à l’avance pour éviter toute contamination. Même les instruments de mesure doivent être calibrés avec soin, car l’or adhère facilement aux parois, rendant l’analyse délicate.
Des gisements profonds et difficiles d’accès
Si une infime partie de l’or océanique reste dissoute, l’essentiel se retrouve piégé dans des dépôts sulfureux ou des croûtes minérales du plancher océanique. Ces gisements, localisés parfois à plusieurs kilomètres de profondeur, sont difficilement exploitables. Leur extraction nécessiterait forages, découpe de roche et remontée mécanique, le tout dans des zones fragiles sur le plan écologique.
Des projets d’extraction qui ne dépassent pas le laboratoire
L’idée de coupler des usines de dessalement à des dispositifs de collecte d’or a déjà été évoquée. Mais sur le plan industriel, aucun prototype n’a démontré sa rentabilité. Les coûts énergétiques, les volumes à traiter et la sélectivité des matériaux absorbants limitent fortement la viabilité d’un tel procédé.
Les approches actuelles de récupération minérale à partir de l’eau de mer fonctionnent pour certains éléments en concentration significative, mais restent inadaptées à des éléments traces comme l’or.
L’or des sources hydrothermales : une illusion persistante
Même dans les zones proches des fumeurs noirs ces sources chaudes des grands fonds, les concentrations en or sont plus élevées localement, mais restent insuffisantes pour une exploitation rentable. Les robots d’exploration sous-marine (ROV) envoyés sur site n’observent pas de pépites brillantes sous la boue, mais plutôt des composés métalliques complexes, difficilement exploitables sans altérer des écosystèmes extrêmes.
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Une dynamique de cycle lent et dispersé
Une étude récente estime le stock mondial d’or dissous dans les océans à environ 14 millions de kilos, avec une durée moyenne de résidence de l’ordre de 220 ans avant sédimentation. Ce chiffre peut sembler conséquent, mais l’immensité de l’océan dilue cette ressource à un niveau rendant toute récupération inviable.
Le peu d’or libéré par les sources hydrothermales se retrouve rapidement dispersé dans la colonne d’eau, puis adsorbé sur des particules fines avant de se déposer lentement sur le fond marin.
L’or marin, un mythe qui résiste à la réalité
La science océanographique a montré avec rigueur que l’or des océans est une richesse inaccessible. Aucun projet sérieux n’a pu dépasser le stade théorique ou pilote. La faisabilité industrielle se heurte à des limites techniques, économiques et écologiques bien identifiées.
L’or est bien là, dans chaque goutte d’eau de mer. Mais il restera hors de portée tant que les lois de la chimie, de la géologie et de la logistique ne changent pas. Pour les chercheurs, cette quête n’a rien d’un échec. Elle témoigne au contraire d’une rigueur scientifique exemplaire et d’une capacité à distinguer le fantasme de la faisabilité.
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