Livret A : pourquoi Bercy va probablement bloquer la hausse de 0,3 point attendue en août 2025
Livret A bloqué à 1,5 % en août 2025 ? Bercy peut ignorer la formule et figer les taux malgré la hausse prévue. Explications et alternatives concrètes.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 3 minutes

Sommaire
- Le calcul officiel pointe vers une revalorisation, mais l'arithmétique ne gouverne pas tout
- Le veto de Bercy, l'arme discrète qui neutralise la formule
- Coût du crédit et dynamisme de la consommation, les deux arguments du gel
- Le LEP, seule variable d'ajustement possible pour éviter une décision trop impopulaire
- Adapter sa stratégie patrimoniale sans attendre l'arbitrage officiel
- Repenser son épargne avec l’or d’investissement
En bref
La formule mathématique officielle indiquerait une hausse du Livret A de 1,5 % à 1,8 % en août 2025, et du LEP de 2,5 % à 2,8 %.
Le gouvernement n'est pas tenu de suivre ce calcul : la décision appartient au ministère de l'Économie, sur recommandation de la Banque de France.
Un gel du taux est l'hypothèse la plus probable, pour ne pas alourdir le coût du crédit immobilier et stimuler la consommation des ménages.
Une exception ciblée sur le LEP reste possible, pour protéger les foyers à revenus modestes.
Face à cette stagnation, diversifier son épargne vers d'autres enveloppes financières s'impose comme une réponse concrète.
Le calcul officiel pointe vers une revalorisation, mais l'arithmétique ne gouverne pas tout
La mécanique est connue : deux fois par an, en février et en août, le taux du Livret A fait l'objet d'une révision. La formule retenue croise la moyenne du taux d'inflation hors tabac et des taux interbancaires à court terme. Avec une inflation toujours soutenue par les tensions géopolitiques mondiales et leur effet sur les prix à la consommation, l'application stricte de cette règle débouche sur un résultat net : une hausse de 0,3 point. Le Livret A et le LDDS passeraient à 1,8 %, le LEP atteindrait 2,8 %.
Sur le papier, le raisonnement est défendable. Sur le terrain, les professionnels du secteur bancaire tempèrent depuis plusieurs semaines : « Ne comptez pas sur août. »
Le veto de Bercy, l'arme discrète qui neutralise la formule
La règle de calcul n'est pas contraignante pour le gouvernement. La Banque de France formule une recommandation, le ministère de l'Économie tranche. Cette architecture institutionnelle offre aux pouvoirs publics une marge de manœuvre totale pour figer le taux, même lorsque l'indice inflationniste justifierait techniquement une revalorisation.
Ce mécanisme n'est pas nouveau. Il a déjà été actionné lors de précédentes périodes où les arbitrages macroéconomiques primaient sur la rémunération des épargnants. L'enjeu n'est pas de pénaliser les détenteurs de livrets : il s'agit de piloter simultanément plusieurs équilibres économiques dont les intérêts divergent.
Coût du crédit et dynamisme de la consommation, les deux arguments du gel
Le financement du logement social en première ligne
L'argent collecté sur les livrets réglementés alimente directement le financement du logement social via la Caisse des Dépôts. La rémunération versée aux épargnants constitue le coût de cette ressource pour les établissements bancaires. Une hausse, même modeste, se répercute sur les conditions de crédit proposées aux emprunteurs. Dans un marché immobilier déjà fragilisé par plusieurs années de taux élevés, alourdir encore cette variable n'est pas une option que Bercy envisage sereinement.
Relancer la dépense plutôt que l'accumulation
L'autre levier est purement comportemental. Lorsque l'épargne sans risque devient trop rémunératrice, les ménages arbitrent naturellement en faveur de la précaution. L'argent stagne sur les comptes plutôt que de circuler dans l'économie réelle. Or, la stratégie gouvernementale pour le second semestre 2025 repose sur la relance de la consommation intérieure. Maintenir le taux du Livret A à 1,5 % réduit l'attractivité relative de ce placement et pousse, en théorie, à dépenser ou à investir dans des supports plus productifs.
Le LEP, seule variable d'ajustement possible pour éviter une décision trop impopulaire
Un gel total comporte un risque politique. Les foyers modestes, principaux détenteurs du Livret d'épargne populaire, subissent de plein fouet la pression sur leurs dépenses contraintes : alimentation, énergie, transports. Refuser toute revalorisation sur ce produit spécifique exposerait le gouvernement à une critique sociale difficile à absorber.
Un scénario intermédiaire circule donc dans les couloirs : bloquer la hausse sur le Livret A et le LDDS, mais autoriser une revalorisation ciblée du LEP pour préserver le pouvoir d'achat des ménages les plus fragiles. Ce compromis permettrait d'afficher une forme de cohérence sociale sans desserrer les contraintes macroéconomiques globales.
La décision définitive sera rendue mi-juillet, après analyse des données d'inflation des semaines à venir et des indicateurs de consommation du premier semestre.
Adapter sa stratégie patrimoniale sans attendre l'arbitrage officiel
Miser sur une revalorisation automatique des livrets réglementés revient à s'exposer à une déception probable. La stagnation à 1,5 % représente aujourd'hui l'hypothèse de base des économistes et des professionnels de la gestion de patrimoine.
Selon notre expert : Pendant que Bercy arbitre sur les taux des livrets, le cours de l'or continue d'enregistrer la défiance des marchés envers les politiques monétaires occidentales.
Repenser son épargne avec l’or d’investissement
Miser sur une revalorisation automatique du Livret A revient désormais à s’exposer à une déception probable. Avec un rendement susceptible de rester limité autour de 1,5 %, l’épargne réglementée conserve son rôle de poche de sécurité, mais perd une partie de son pouvoir d’attraction pour les patrimoines qui cherchent à préserver leur valeur dans la durée.
Dans ce contexte, l’or d’investissement retrouve une place centrale dans les arbitrages patrimoniaux. Le métal jaune ne verse pas d’intérêt, mais il répond à une logique différente : protéger une partie du capital contre l’érosion monétaire, les tensions géopolitiques, la dette publique et la perte de confiance dans les actifs financiers traditionnels. La progression récente du cours illustre ce changement de perception.
Sur la base d’un cours de l’or autour de 4 525 dollars l’once le 22 mai 2026, l’or affiche une hausse d’environ +37 % sur un an, en prenant comme référence le niveau proche de 3 292 dollars observé fin mai 2025. Sur trois ans, la progression atteint environ +128 % par rapport au cours de 1 980,91 dollars du 22 mai 2023. Sur cinq ans, la hausse ressort autour de +141 % face aux 1 880,62 dollars du 22 mai 2021. Sur dix ans, en comparaison avec le niveau moyen proche de 1 268 dollars observé sur la semaine du 20 mai 2016, l’appréciation dépasse même +256 %.
Ces chiffres ne transforment pas l’or en produit miracle. Son cours peut corriger, parfois brutalement, et son rendement passé ne garantit rien pour l’avenir. Mais ils rappellent une réalité que beaucoup d’épargnants redécouvrent : face à un Livret A plafonné, liquide mais peu rémunérateur, l’achat d’or physique peut jouer un rôle de diversification patrimoniale, surtout lorsque l’horizon de placement se compte en années plutôt qu’en mois.
Face à un taux réglementé maintenu artificiellement bas, certains épargnants se tournent vers des actifs tangibles comme l'or physique, lingots, pièces d'or ou d'argent, pour sécuriser une partie de leur patrimoine en dehors du circuit bancaire traditionnel. Ces supports, insensibles aux décisions de Bercy, constituent une réserve de valeur historiquement résistante aux périodes d'incertitude économique et de pression inflationniste. Dans une logique de débancarisation partielle, ils complètent utilement un portefeuille d'épargne réglementée dont le rendement réel, après inflation, reste structurellement négatif.
Sources : BDOR
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