Retraite par capitalisation : combien pourriez-vous réellement récupérer à la fin ?
Face au déficit des retraites, la capitalisation gagne du terrain. Dispositifs, chiffres BPCE et position des Français sur cette épargne complémentaire.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 3 minutes

En bref
Le Conseil d'orientation des retraites anticipe un déficit persistant des caisses jusqu'en 2070
53% des Français se disent favorables à l'introduction de la capitalisation selon le baromètre BPCE
Seuls 11% des sondés souhaiteraient un basculement total vers un système par capitalisation
Plusieurs dispositifs coexistent : assurance-vie, PER individuel, PER collectif, PER obligatoire
La capitalisation s'impose surtout comme un complément à la répartition, notamment pour les indépendants
Les actifs tangibles comme les métaux précieux séduisent les épargnants en quête de diversification
Un système par répartition sous pression durable
Le déficit chronique des caisses de retraite françaises n'est plus une hypothèse lointaine. Le Conseil d'orientation des retraites (COR), dans son rapport de juin 2024, anticipe un déséquilibre financier persistant jusqu'en 2070, avec des besoins de financement supplémentaires qui pourraient atteindre plusieurs dizaines de milliards d'euros selon les scénarios retenus. Cette projection, confirmée à plusieurs reprises par l'organisme public, alimente une inquiétude grandissante chez les actifs, notamment les plus jeunes, qui redoutent de ne jamais percevoir une pension à la hauteur de leurs cotisations.
Le système par répartition, hérité de l'après-guerre, repose sur une solidarité intergénérationnelle : les cotisations des actifs financent directement les pensions versées aux retraités actuels. Ce mécanisme, longtemps considéré comme un pilier social, montre ses limites face au vieillissement démographique et à l'allongement de l'espérance de vie. Le ratio entre cotisants et bénéficiaires se dégrade année après année, ce qui pousse une partie croissante de la population à chercher des solutions complémentaires plutôt qu'à attendre une réforme structurelle hypothétique.
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La capitalisation, une épargne individuelle aux outils multiples
La «retraite par capitalisation» fonctionne selon une mécanique radicalement différente. Chacun épargne pour son propre compte, les sommes versées étant investies sur des supports financiers - actions, obligations, fonds diversifiés - avant d'être restituées sous forme de capital ou de rente viagère au moment du départ. Le législateur français a construit, au fil des réformes, un arsenal de dispositifs destinés à compléter le régime obligatoire sans le remplacer. Cette approche comporte une part de risque assumée : les rendements dépendent directement des marchés financiers et de l'évolution des taux d'intérêt, contrairement à la pension par répartition, théoriquement garantie par l'État.
Plusieurs véhicules coexistent aujourd'hui sur le marché français. L'assurance-vie demeure la solution la plus répandue, grâce à sa souplesse d'arbitrage entre fonds en euros sécurisés et unités de compte plus dynamiques, sans oublier son cadre fiscal avantageux après huit ans de détention. Le Plan d'épargne retraite individuel (PERI), instauré par la loi Pacte de 2019, a progressivement remplacé les anciens PERP et contrats Madelin, en autorisant une sortie en rente, en capital, ou un mélange des deux. Le PER collectif (PERCOL), proposé par l'employeur, complète l'épargne salariale, tandis que le PER obligatoire (PERO), héritier de l'ancien article 83, s'adresse à certaines catégories de salariés avec des cotisations définies contractuellement. Les contrats PERP et Madelin souscrits avant la réforme restent valides et continuent de fonctionner selon leurs anciennes modalités.
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Les Français plutôt favorables, mais prudents
Le baromètre Assurances BPCE, publié en 2024, révèle un basculement d'opinion notable : 53 % des Français se disent favorables à l'introduction de la capitalisation pour financer une partie des retraites. Ce chiffre traduit une perte de confiance dans la capacité du système actuel à tenir ses promesses sur le long terme, une défiance qui s'installe durablement chez les actifs interrogés.
L'adhésion reste toutefois nuancée, et c'est là tout l'intérêt de cette enquête. Seuls 11 % des sondés souhaiteraient un basculement total vers un système exclusivement fondé sur la capitalisation, ce qui montre que la majorité des Français continue de considérer la répartition comme le socle légitime de la solidarité nationale. La capitalisation apparaît donc davantage comme un complément rassurant que comme une alternative de rupture, en particulier pour les indépendants et les professions libérales moins couverts par les régimes obligatoires.
Vers une diversification de l'épargne retraite
Face à ces incertitudes, de nombreux épargnants cherchent à diversifier leurs placements au-delà des seuls produits financiers traditionnels. Les actifs tangibles, comme les métaux précieux, séduisent une partie croissante des Français en quête de valeurs refuges susceptibles de préserver leur pouvoir d'achat sur le long terme, dans un contexte où l'inflation et les incertitudes économiques nourrissent la recherche de solutions de diversification patrimoniale.
Sources : BDOR - Conseil d'orientation des retraites (COR) - Baromètre Assurances BPCE
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