Ryanair quitte plusieurs aéroports français, étranglée par la fiscalité français
Hausse des taxes, isolement régional, chute du trafic : la stratégie écologique de la France inquiète le transport aérien.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 3 minutes

En bref
Ryanair ferme ses lignes à Bergerac, Brive et Strasbourg en raison de la surtaxe sur les billets d’avion.
La taxe de solidarité sur les vols atteint désormais jusqu’à 120 € en classe affaires long-courrier.
Des régions entières se retrouvent isolées, sans alternative ferroviaire crédible.
Les conséquences pourraient atteindre 11 500 emplois perdus et 500 millions d’euros de recettes fiscales en moins.
La France reste isolée dans sa stratégie climatique, sans coordination européenne.
Une décision lourde de sens pour le transport régional
Ryanair a annoncé le 30 juillet 2025 la fermeture de ses bases dans trois aéroports régionaux français. La compagnie irlandaise low-cost dénonce la flambée de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), récemment revue à la hausse par l’État. Cette décision n’est pas anodine : elle soulève une question de fond sur la compétitivité du transport aérien en France face à une fiscalité jugée punitive.
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Une fiscalité en forte hausse depuis mars 2025
Depuis le 1er mars, la TSBA impose un surcoût allant de 7,40 € pour un vol intra-européen en classe économique à 120 € pour certaines classes affaires long-courrier. L’objectif affiché par le gouvernement est de financer des projets à vocation environnementale.
Derrière cette démarche, Ryanair dénonce une stratégie de stigmatisation du transport aérien, accusé de polluer alors qu’il représente moins de 3 % des émissions françaises. La compagnie parle d’une taxation « astronomique » et pointe une politique déséquilibrée, fondée sur une logique de sanction plus que sur des résultats mesurables.
Une pression fiscale parmi les plus fortes d’Europe
En comparaison avec ses voisins européens, la France applique désormais l’un des niveaux de taxation les plus élevés dans l’aérien. À titre indicatif :
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Allemagne : environ 13 € par billet
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Pays-Bas : jusqu’à 29 €
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Royaume-Uni : 15 à 25 € selon la distance
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France : jusqu’à 120 €
L’écart n’est pas neutre, surtout pour les compagnies low-cost. Les plateformes régionales françaises reposent à près de 30 % sur ces opérateurs, selon l’Union des aéroports français (UAF). Une fermeture de base peut provoquer une chute de fréquentation de 25 à 40 % sur certaines lignes, affectant l’économie locale, l’emploi et les flux touristiques.
Des territoires abandonnés
Les grandes métropoles comme Paris ou Lyon, bien desservies par le TGV et connectées aux réseaux internationaux, résistent à ces hausses. Mais les régions périphériques n’ont pas cette chance. Sans liaison ferroviaire rapide ou alternative économique, les habitants voient leur mobilité réduite, les entreprises locales pénalisées, et les zones aéroportuaires désertées.
L’absence d’une stratégie différenciée entre territoires aggrave ce déséquilibre. Les petites villes deviennent les premières victimes d’un virage fiscal qui, sans coordination européenne, s’apparente à un acte unilatéral.
Selon notre expert : Dans un monde secoué par l’inflation et les tensions fiscales, l’or redevient l’ultime refuge.
Des ambitions climatiques aux effets contre-productifs
La France ne génère qu’environ 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pourtant, elle multiplie les mesures fiscales : sur l’automobile, l’énergie, le transport… En matière d’aérien, d'autres pays ajustent leur approche. L’Allemagne protège ses hubs. L’Irlande soutient ses compagnies. La France, elle, ajoute des couches de taxes, quitte à fragiliser ses propres infrastructures.
D’après les projections croisées de l’UAF et de la FNAM, la dernière révision fiscale pourrait provoquer :
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Une baisse de 2 % du trafic national
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11 500 emplois supprimés
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Une perte budgétaire de 500 millions d’euros
Autrement dit, une mesure censée générer des recettes pourrait coûter bien plus qu’elle ne rapporte.
Une stratégie sans pilotage européen
Le départ de Ryanair n’est pas qu’un épisode isolé. C’est l’illustration d’un problème plus profond : l’absence de coordination. En agissant seule, la France impose à ses compagnies des contraintes qui ne s’appliquent pas ailleurs. Résultat : perte d’attractivité, isolement économique, et fracture territoriale accentuée.
La volonté de réguler le transport aérien pour limiter les émissions n’est pas remise en cause. Mais sa mise en œuvre actuelle, sans vision d’ensemble, menace l’efficacité même de la politique climatique française.
Une logique de vertu qui se retourne contre elle
En voulant montrer l’exemple à tout prix, l’État français sacrifie parfois le réalisme économique. L’efficacité climatique ne se mesure pas à la quantité de taxes, mais à leur pertinence globale. Sans stratégie européenne cohérente, chaque hausse devient une pénalité pour les territoires concernés, sans effet réel sur les émissions mondiales.
Le signal envoyé par Ryanair dépasse la simple logique commerciale. Il interroge la capacité de la France à concilier ambition environnementale et compétitivité. À défaut d’un ajustement rapide, d'autres compagnies pourraient suivre… au détriment des régions et des citoyens.
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