Les banques centrales se ruent encore sur l’or : 289 tonnes achetées en seulement trois mois
289 tonnes d'or achetées par les banques centrales au T2 2025 : Pologne, Chine, Kazakhstan en tête, Russie et Turquie vendeuses.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 3 minutes

Sommaire
- Un rebond spectaculaire des achats officiels d'or
- La Pologne, championne incontestée des réserves d'or
- La Chine poursuit sa collecte silencieuse
- Kazakhstan, République tchèque et les acheteurs de second rang
- Russie et Turquie, dans le camp des vendeurs
- Sécuriser son épargne face à l'incertitude monétaire
En bref
Les banques centrales ont acheté 289 tonnes d'or au deuxième trimestre 2025, un net rebond après un premier trimestre ralenti
La Pologne reste en tête des achats mondiaux avec 90 tonnes accumulées depuis janvier, portant ses réserves à 640 tonnes
La Chine enchaîne un 21e mois consécutif d'achats, avec 20 tonnes ajoutées en juillet pour un total de 2366 tonnes
L'Ouzbékistan et le Kazakhstan renforcent aussi leurs réserves, tandis que la Russie et la Turquie réduisent les leurs
L'once d'or s'échange autour de 3696,4 euros, en léger repli de 0,23% sur 24 heures selon BDOR
Un rebond spectaculaire des achats officiels d'or
Les banques centrales ont acquis 289 tonnes d'or au deuxième trimestre 2025, un chiffre qui marque un retournement franc après un premier trimestre nettement plus timide. Ce ralentissement initial s'explique en partie par une révision à la baisse des données statistiques, mais le sursaut constaté ensuite ramène les volumes vers les niveaux observés depuis quatre ans, période durant laquelle les instituts monétaires ont considérablement renforcé leurs coffres. Cette accélération traduit une stratégie assumée : diversifier les réserves de change loin du dollar, dans une conjoncture de tensions géopolitiques persistantes et de dette publique croissante dans plusieurs économies avancées.
L'once d'or évolue actuellement autour de 3696,4 euros, en repli modeste de 0,23% sur vingt-quatre heures selon les cours relevés par BDOR. Cette stabilité relative, malgré l'ampleur des achats institutionnels, montre que le marché a largement intégré cette demande structurelle depuis plusieurs trimestres déjà. Les investisseurs particuliers, eux, semblent parfois moins réactifs que les banques centrales face à ces mouvements pourtant limpides.
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La Pologne, championne incontestée des réserves d'or
La Banque nationale de Pologne poursuit sans relâche son programme d'accumulation, avec 8 tonnes supplémentaires acquises ce mois-ci. Depuis janvier, le pays caracole en tête du classement mondial avec 90 tonnes achetées, un rythme qui force le respect. Varsovie détient désormais 640 tonnes d'or, se rapprochant de son objectif affiché de 700 tonnes, pour une part représentant près de 28% de ses réserves totales de change.
Cette course à l'or n'a rien d'anodin. La Pologne, membre de l'Union européenne mais frontalière directe des zones de tension avec la Russie, construit un matelas de sécurité tangible, indépendant des circuits bancaires traditionnels. On peut y voir une forme de prudence stratégique assez logique, presque prévisible, quand on regarde la carte régionale.
Selon notre expert : Pendant que le dollar vacille et que la dette publique explose, ces pays raflent des tonnes d'or en silence
La Chine poursuit sa collecte silencieuse
La Banque populaire de Chine a enchaîné un 21e mois consécutif d'achats en juillet, ajoutant 20 tonnes à ses réserves officielles. Depuis le début de l'année, Pékin a engrangé 60 tonnes, se classant juste derrière la Pologne dans le classement mondial. Les réserves chinoises atteignent désormais environ 2366 tonnes, soit 8% du total de ses réserves de change, plaçant le pays au sixième rang mondial des détenteurs d'or.
L'Ouzbékistan, un acteur qui détonne
La Banque centrale d'Ouzbékistan a cédé 1 tonne d'or ce mois-ci, tout en conservant un solde positif de 40 tonnes achetées depuis janvier. Son gouverneur, Timur Ishmetov, a récemment échangé avec des gestionnaires de fonds américains, déclarant que l'or « s'est révélé être le meilleur investissement à ce jour », tout en évoquant de possibles ventes à des prix avantageux dans le cadre de la gestion globale des réserves. L'or représente aujourd'hui 87% des réserves ouzbèkes, soit environ 431 tonnes, un ratio parmi les plus élevés au monde.
Kazakhstan, République tchèque et les acheteurs de second rang
La Banque nationale tchèque a acheté 2 tonnes d'or ce mois-ci, portant son cycle d'achats nets à 41 mois consécutifs, une régularité remarquable. Depuis janvier, Prague a accumulé 12 tonnes, portant ses réserves aurifères à 84 tonnes, soit 6% de ses réserves totales.
La Banque nationale du Kazakhstan, la Banque centrale de Malaisie et la Banque centrale de Bolivie ont chacune ajouté une tonne à leurs coffres ce mois-ci. Le Kazakhstan cumule 29 tonnes depuis le début de l'année et figure parmi les cinq premiers détenteurs mondiaux, avec un or représentant 75% de ses réserves totales. La Malaisie et la Bolivie, arrivées plus récemment sur ce terrain, affichent des accumulations plus modestes de 6 et 2 tonnes respectivement, mais le mouvement est amorcé.
Russie et Turquie, dans le camp des vendeurs
La Banque centrale de Russie a poursuivi ses cessions en juillet, écoulant 6 tonnes supplémentaires. Depuis janvier, Moscou a vendu 50 tonnes, ramenant ses réserves totales à 2277 tonnes. Un mouvement qui contraste avec la tendance générale, mais qui s'explique probablement par des besoins de liquidités immédiats plutôt que par un désaveu de l'or comme réserve de valeur.
La Banque centrale de la République de Turquie a cédé 1 tonne ce mois-ci, portant ses ventes cumulées depuis janvier à 85 tonnes. Ankara reste ainsi l'un des rares vendeurs nets notables de la période, une position qui interroge sur ses priorités de gestion de réserves face à une inflation domestique toujours difficile à maîtriser.
Sécuriser son épargne face à l'incertitude monétaire
Cette course mondiale à l'or menée par les banques centrales n'est pas réservée aux États. Les particuliers disposent des mêmes leviers pour se prémunir contre l'érosion monétaire et la volatilité des marchés financiers. Les métaux précieux, sous forme de lingots d'or et d'argent ou de pièces d'or, permettent de constituer une épargne tangible, détenue physiquement, hors du système bancaire classique. Cette logique de débancarisation partielle séduit un nombre croissant d'épargnants soucieux de diversifier leur patrimoine loin des seuls produits financiers traditionnels, alors que la dette publique française atteint 118,5% du PIB et que le déficit se maintient à -5,1% du PIB au premier trimestre 2026, selon les données de l'Insee.
Sources : BDOR - Banque populaire de Chine - Insee
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