L'or limite son repli à 0,3% sur la semaine malgré une Fed plus stricte sur les taux
L'or ne recule que de 0,3% en une semaine, soutenu par les taux et les tensions au Moyen-Orient, malgré une Fed qui durcit le ton et un euro en hausse.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- L'argent perd 4,3% en une semaine, l'or limite la casse à 0,3%
- Le ratio or/argent grimpe à 77,7, l'argent perd son avance
- La Fed hawkish et l'euro qui monte, les vrais moteurs de la semaine
- Taux réels et Moyen-Orient, les deux forces qui ont freiné la chute
- Ce que la semaine change pour un épargnant en métaux physiques
- Les risques à surveiller la semaine prochaine
En bref
L'or clôture la semaine en quasi stabilité, avec un repli limité à 0,3%
Sur trois et quatre mois, l'or affiche encore des hausses de 2,1% et 1,8%
La croissance américaine plus forte que prévu renforce les attentes de hausse des taux de la Fed
L'appréciation de l'euro face au dollar amplifie le recul des cours convertis en euros
Les tensions au Moyen-Orient et le niveau des taux réels continuent de soutenir l'or
L'argent perd 4,3% en une semaine, l'or limite la casse à 0,3%
Du 26 au 30 octobre 2026, l'argent a ouvert lundi à 1,551 euro le gramme pour terminer vendredi matin à 1,480 euro, soit -4,3%, après un plus haut à 1,575 euro. L'amplitude atteint 6,4%. Ce repli s'ajoute à celui de la semaine précédente, déjà de 5,5%, portant le cumul sur deux semaines proche de 10%. Sur un mois, la baisse grimpe à 13,7%.
L'or s'en sort nettement mieux. Parti de 115,43 euros le gramme lundi, il clôture à 115,03 euros, soit +0,3%, après un plus haut à 117,32 euros. La semaine précédente avait été plus dure, avec -3,3%. Ce vendredi matin, l'once se situe à 3 577,98 euros. Sur un mois, le métal recule encore de 2,4%, mais sur trois et quatre mois il affiche respectivement +2,1% et +1,8%, signe d'une tendance de fond plus résistante que la seule semaine écoulée.
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Le ratio or/argent grimpe à 77,7, l'argent perd son avance
Le ratio or/argent s'établit ce vendredi à 77,7 onces d'argent pour une once d'or, contre 68,8 il y a un mois, soit +13%. Un ratio qui monte signifie que l'argent décroche par rapport à l'or, et la vitesse de ce mouvement sur quatre semaines est inhabituelle.
Cette mécanique s'explique par la double nature de l'argent, à la fois métal monétaire et matière industrielle utilisée dans le photovoltaïque, l'électronique et les véhicules électriques. Quand les marchés doutent de la demande industrielle future, la composante monétaire ne suffit plus à soutenir le cours, et l'argent encaisse des mouvements amplifiés dans les deux sens par rapport à l'or. C'est exactement ce qui s'est produit : la même actualité, une Fed qui durcit le ton, a pesé sur l'or de façon mesurée et sur l'argent de façon brutale.
La Fed hawkish et l'euro qui monte, les vrais moteurs de la semaine
La cause principale se trouve du côté des statistiques américaines publiées jeudi 29 octobre. La première estimation du PIB du troisième trimestre a montré une croissance annualisée de 3,4%, contre 2,2% au trimestre précédent et au-dessus du consensus de 3,2%. Le même jour, l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle a progressé de 0,5% sur le mois et de 3,6% sur un an, avec une composante sous-jacente à +3,1% annuel. Cette combinaison de croissance forte et d'inflation persistante a renforcé les anticipations d'une hausse des taux de la Fed dès décembre, ce qui pèse mécaniquement sur un actif sans coupon.
Le dollar lui-même n'a presque pas bougé, le Dollar Index reculant de seulement 0,12% sur 24 heures. Le vrai mouvement s'est joué sur la paire euro dollar, en hausse de 1,58% ce vendredi. Pour un épargnant qui raisonne en euros, c'est cette appréciation de l'euro qui amplifie le recul des cours convertis, indépendamment de ce que fait le dollar face à l'or. Ce décalage explique qu'un marché mondial plutôt stable se traduise, côté français, par une semaine négative sur l'argent.
Taux réels et Moyen-Orient, les deux forces qui ont freiné la chute
L'OAT à 10 ans évolue à 4,44%, pendant que la BCE maintient son taux directeur à 2,65% et sa facilité de dépôt à 2,5%, des niveaux fixés le 16 septembre. Tant que l'argent placé sans risque rapporte davantage que par le passé, l'or doit justifier sa place dans un portefeuille par autre chose que le rendement, ce qui limite mécaniquement les velléités de hausse rapide.
Côté géopolitique, la semaine a été double face. D'un côté, des gestes diplomatiques ont été rapportés autour de l'Iran, avec une lettre adressée par le vice-président américain au secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien et un projet d'accord présenté par le Qatar, ce qui réduit la prime de risque sur l'or. De l'autre, les tensions entre les rebelles houthis au Yémen et l'Arabie saoudite restent vives, et la marine iranienne a affirmé jeudi que quatre pétroliers avaient heurté des mines dans le détroit d'Ormuz. Ces deux forces contraires se neutralisent largement et expliquent pourquoi l'or n'a pas suivi l'argent dans sa chute.
Ce que la semaine change pour un épargnant en métaux physiques
Pour qui détient de l'or physique, la cotation officielle française du 29 octobre confirme la résistance observée sur nos relevés. Le lingot d'or 1 kg s'établissait à 114 700 euros, en repli de 2,0% sur la séance mais toujours en hausse de 2,6% sur quatre mois. L'once lingotin cotait 3 849 euros, avec le même profil : -2,1% sur la séance mais +3,5% sur quatre mois. Le lingot 100 grammes est resté stable sur la journée, à 12 510 euros, avec un gain de 2,5% sur quatre mois. Cette tenue sur la durée, pendant que l'argent perd près de 14% en un mois, illustre pourquoi les deux métaux ne jouent pas le même rôle dans un patrimoine : l'un amortit, l'autre amplifie.
Les risques à surveiller la semaine prochaine
Notre lecture de la semaine est celle d'une divergence entretenue par des anticipations de taux américains plus que par un mouvement de fond sur l'or lui-même. Cette lecture serait prise en défaut si la Fed, lors de sa prochaine réunion, ne confirmait pas la trajectoire attendue par les marchés, ou si le dossier iranien basculait brutalement d'un côté ou de l'autre. Un ratio or/argent aussi tendu que 77,7 a aussi pour habitude de se corriger par un rebond rapide de l'argent plutôt que par une poursuite indéfinie du même mouvement, ce qui invite à la prudence sur toute extrapolation linéaire. Les prochains chiffres d'inflation américains et l'évolution de la parité euro dollar resteront les deux points à surveiller en priorité.
Sources : BDOR
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