L'argent recule face au dollar fort et à une Fed qui reste ferme sur ses taux
L'argent cède du terrain face à un dollar vigoureux et une Fed intraitable sur ses taux. Nos relevés détaillent ce repli pour l'épargnant en métaux.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 5 minutes

Sommaire
- L'argent recule sous le poids d'un dollar retrouvé et d'un pétrole qui s'envole
- La Fed de Cleveland hausse le ton, pendant que la BCE regarde ailleurs
- Le ratio or/argent grimpe, la double nature du métal se paie cash
- Nos relevés : un repli court terme qui ne doit pas masquer la tendance de fond
- Risques de la semaine : inflation américaine et tensions géopolitiques
En bref
L'once d'argent cote 54,19 euros ce mardi matin, en repli de 0,19 % sur 24 heures
Le gramme oscille entre 1,721 et 1,745 euro en quelques heures, signe d'une forte nervosité
Le pétrole en hausse ravive les craintes d'inflation et pèse sur le métal
Le dollar progresse pendant que l'euro recule, amortissant partiellement la baisse pour un acheteur européen
La fermeté affichée par la Fed de Cleveland contraste avec l'attentisme de la BCE
Le marché attend les chiffres d'inflation américains de mercredi et jeudi
L'argent recule sous le poids d'un dollar retrouvé et d'un pétrole qui s'envole
L'once d'argent cote ce mardi matin 54,19 euros, en repli de 0,19 % sur 24 heures selon nos relevés en temps réel. En grammes, le cours est passé de 1,738 euro lundi matin à 1,742 euro ce mardi à 7h50, avec un plus haut de séance à 1,745 et un plus bas à 1,721, soit une amplitude de 1,4 % en quelques heures.
Deux forces expliquent ce repli. Le pétrole d'abord : le WTI gagne 1,45 % en 24 heures à 92,82 dollars le baril, ravivant les craintes d'inflation importée aux États-Unis à l'approche des chiffres de prix américains. Le dollar ensuite, dont l'indice progresse de 0,25 % à 102,4 points pendant que l'euro cède 0,21 % face au billet vert, à 1,1191 dollar. L'argent se cotant en dollars, cette fermeté pèse sur le prix affiché, mais la baisse simultanée de l'euro amortit le choc pour un acheteur en zone euro.
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La Fed de Cleveland hausse le ton, pendant que la BCE regarde ailleurs
La présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, a plaidé pour le maintien d'une politique monétaire restrictive, avertissant qu'un ancrage insuffisant des anticipations d'inflation autour de 2 % justifiait des ajustements de taux rapides et mesurés plutôt qu'une pause prolongée. Le ton tranche avec celui de la BCE, dont le taux directeur reste fixé à 2,65 % et la facilité de dépôt à 2,5 % depuis la mi-septembre, sans signal de resserrement supplémentaire. Cet écart de posture nourrit l'écart de taux réels qui, pour un métal sans rendement comme l'argent, fait tout le prix : plus les taux américains promettent de rester élevés, plus détenir du métal plutôt que du cash coûte cher en opportunité manquée.
Le marché price, selon l'outil CME FedWatch, environ 80 % de probabilité d'un statu quo de la Fed ce mois-ci, assorti d'une probabilité de 88 % d'une hausse en décembre. Les publications attendues mercredi (indice des prix à la consommation) et jeudi (prix à la production) seront scrutées de près : Société Générale estime qu'un cœur d'inflation conforme au consensus, autour de 2,5 %, ne changerait presque rien à ce scénario déjà intégré. L'OAT française à 10 ans, stable à 4 %, n'a pour l'instant guère d'écho direct avec la trajectoire américaine.
Le ratio or/argent grimpe, la double nature du métal se paie cash
Le ratio or/argent s'établit aujourd'hui à 69,2 onces d'argent pour une once d'or, contre 67,4 il y a un mois, soit une progression de 2,7 %. L'explication tient à sa double identité. Métal monétaire, il subit la même pression de taux que l'or. Métal industriel, utilisé dans le photovoltaïque et l'électronique, il reste exposé à un pétrole plus cher qui renchérit les coûts de production, et à la crainte qu'une politique américaine durablement restrictive freine l'investissement industriel mondial.
L'or cote 3 750,70 euros l'once ce mardi matin, en hausse de 0,54 % sur 24 heures, porté par une demande refuge que l'argent ne capte qu'en partie. Sur trois mois cependant, l'argent fait toujours mieux que l'or : +7,5 % contre +5,9 %. La lecture n'est donc pas celle d'un effondrement, mais d'une respiration après une phase de surperformance.
Nos relevés : un repli court terme qui ne doit pas masquer la tendance de fond
La semaine, encore incomplète à deux séances sur cinq, affiche une variation de 0,2 % depuis l'ouverture de lundi. La comparaison semaine sur semaine montre un repli de 0,3 %, après une semaine précédente déjà négative de 0,2 %. Sur un mois, le recul s'accentue à 2,6 %, pendant que l'or ne cède que 0,1 % sur la même période. Pris avec le recul de trois mois, où l'argent gagne 7,5 % contre 5,9 % pour l'or, le tableau change de nature.
Notre lecture est celle d'une correction technique liée au différentiel de taux réels et à un dollar qui retrouve de la vigueur, plus qu'un retournement structurel de la demande. Elle serait prise en défaut si les publications d'inflation de mercredi et jeudi surprenaient nettement à la hausse, confirmant un cycle de hausses de taux américain plus long qu'anticipé : le dollar continuerait alors de monter et la pression sur l'argent s'intensifierait, y compris en euros. Elle serait aussi fragilisée dans l'autre sens si la demande refuge reprenait le dessus.
Risques de la semaine : inflation américaine et tensions géopolitiques
Deux rendez-vous macroéconomiques dominent l'agenda : l'indice des prix à la consommation américain mercredi, puis celui des prix à la production jeudi. Une surprise sur l'un ou l'autre pourrait déplacer rapidement les anticipations de taux et, avec elles, le dollar et le prix de l'argent. Sur le plan géopolitique, des informations font état d'une possible implication américaine aux côtés de l'Arabie saoudite contre les milices houthistes soutenues par l'Iran au Yémen, et d'un cessez-le-feu énergétique russo-ukrainien déjà remis en cause sur le terrain. Ces deux foyers de tension alimentent la hausse du pétrole et pourraient, s'ils s'aggravaient, raviver une demande refuge susceptible de compenser, au moins en partie, la pression exercée par les taux américains sur le métal.
Pour un épargnant qui détient de l'argent physique ou qui l'envisage, l'enseignement de la semaine tient en une phrase : le repli récent se lit à l'aune des taux et du dollar, pas d'un désintérêt pour le métal lui-même, et la performance sur trois mois reste, à ce stade, le repère le plus solide pour juger la tendance plutôt que la seule variation du jour.
Sources : BDOR
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