L'or se maintient près de 3750 euros l'once malgré la fermeté affichée par la Fed sur les taux
L'or stagne autour de 3750 euros l'once, tiraillé entre un dollar hésitant, une Fed qui ferme la porte à une pause des taux et des tensions au Moyen Orient persistantes.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'once d'or s'échange à 3750,70 euros mardi matin, en hausse de 0,54 % sur vingt quatre heures
Sur sept jours, le métal gagne 1,4 %, et sur trois mois il affiche encore 5,9 %
Le Dollar Index recule à 102,4 points, ce qui allège la pression sur l'or coté en dollars
La présidente de la Fed de Cleveland Beth Hammack écarte toute pause des taux, ce qui pèse sur le métal
Les tensions entre les Houthis et l'Arabie Saoudite entretiennent une demande refuge qui soutient l'or
La BCE maintient ses taux inchangés depuis la mi-septembre, contrastant avec la fermeté américaine
Un palier proche de 3750 euros, tenu malgré un dollar hésitant
L'once d'or s'échange ce mardi matin à 3750,70 euros, en progression de 0,54 % sur vingt quatre heures selon nos relevés de 7h50. En gramme, le métal affiche 120,588 euros, contre une ouverture de séance à 120,268 euros, un plus haut à 120,749 et un plus bas à 119,672, soit une amplitude de 0,9 % sur la nuit. Sur sept jours, l'or gagne 1,4 %, et sur trois mois il affiche encore 5,9 %. La semaine en cours progresse de 0,3 % depuis l'ouverture de lundi, après une semaine précédente à +1,6 %.
Ce regain tient au repli du Dollar Index, revenu à 102,4 points (+0,25 % sur 24 heures) après avoir flirté avec ses plus hauts niveaux depuis près d'un an et demi. Un billet vert qui redescend desserre la contrainte sur un métal coté en dollars. Côté parité, l'EUR/USD recule pourtant à 1,1191 dollar (-0,21 %), ce qui amortit une partie de la baisse du dollar et explique pourquoi l'or en euros progresse presque autant que l'or en dollars.
A lire aussi : Pourquoi la fermeté de la Fed ne suffit pas à faire plier l'or
La Fed Hammack referme la porte à une pause des taux
Les minutes du comité de politique monétaire des 15 et 16 septembre, publiées la semaine dernière, montraient que plusieurs participants jugeaient appropriée une nouvelle hausse d'un quart de point avant fin 2026, l'inflation restant jugée trop élevée. Lundi, la présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, a enfoncé le clou, évoquant le risque qu'un état d'esprit inflationniste s'installe durablement et pointant des entreprises prêtes à répercuter des hausses de prix au delà de leurs coûts.
Plus la Fed laisse entendre que les taux vont encore monter, plus l'or doit composer avec un vent contraire sur son rendement d'opportunité. En zone euro, le taux directeur de la BCE reste à 2,65 % et la facilité de dépôt à 2,5 % depuis la mi-septembre, un niveau sans changement qui laisse l'OAT à 10 ans autour de 4 %. Cet écart entre Fed qui durcit et BCE qui stabilise joue en faveur du dollar sur le papier, ce qui rend d'autant plus notable que l'or parvienne à tenir ses niveaux cette semaine.
Les Houthis et l'Arabie Saoudite entretiennent la prime de risque
Le groupe Houthi, soutenu par l'Iran, a intensifié lundi sa campagne de tirs de missiles contre l'Arabie Saoudite, après des frappes meurtrières visant l'aéroport international King Khalid de Riyad ce week-end. Le gouvernement saoudien a promis des représailles, et Donald Trump a évoqué la possibilité de frappes conjointes contre les Houthis, voire une reprise des opérations contre l'Iran. Cette escalade entretient une demande refuge qui contrebalance la pression des taux américains sur le métal.
Le dollar, malgré son repli du jour, ne s'effondre pas : il continue de jouer son rôle de valeur refuge concurrente de l'or. Les deux actifs se tirent la couverture, ce qui tasse l'amplitude des mouvements sans empêcher l'or de rester proche de ses plus hauts récents. Configuration à double tranchant : une désescalade retirerait une partie du soutien actuel, tandis qu'une aggravation du conflit pourrait accélérer la hausse, quelle que soit la trajectoire de la Fed.
L'argent décroche face à l'or, le ratio grimpe à 69,2
L'argent cote actuellement 54,19 euros l'once, en léger repli de 0,19 % sur 24 heures, soit 1,742 euro le gramme. Sur sept jours, le métal gris recule de 0,6 % quand l'or progresse de 1,4 %, et sur un mois l'écart se creuse encore : -2,6 % pour l'argent contre +0,1 % pour l'or. Mécaniquement, le ratio or argent est passé de 67,4 il y a un mois à 69,2 aujourd'hui, soit +2,7 %.
Cette contre-performance tient à la double nature de l'argent, métal monétaire et matière première industrielle utilisée dans le photovoltaïque et l'électronique. Des taux américains durablement élevés pèsent doublement sur lui : via le coût d'opportunité, et sur sa composante industrielle si les anticipations de croissance se refroidissent. Sur trois mois, l'argent conserve pourtant une avance nette avec +7,5 % contre +5,9 % pour l'or, preuve que ce recul reste un ajustement de court terme plutôt qu'un retournement de tendance.
Ce que la semaine à venir peut changer
Trois rendez-vous vont dicter la direction des prochains jours. L'indice des prix à la consommation américain sera publié mercredi, suivi de l'indice des prix à la production jeudi : un chiffre proche du consensus ne bouleverserait pas les anticipations, mais une surprise à la hausse renforcerait le scénario d'une Fed toujours active en fin d'année, ce qui pèserait sur l'or. Vendredi, le président de la Fed interviendra lors des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, une prise de parole scrutée pour toute inflexion de ton.
Notre lecture est que l'or tient grâce à la combinaison d'un dollar fatigué et d'une tension géopolitique persistante, davantage qu'à un environnement de taux favorable. Position fragile : si l'inflation américaine surprend à la hausse cette semaine, ou si une désescalade intervenait entre l'Arabie Saoudite et les Houthis, les deux soutiens actuels pourraient s'effacer en même temps. À l'inverse, un ralentissement confirmé de l'économie américaine redonnerait de la marge à l'or, avec l'argent comme baromètre plus volatil de ce scénario.
Sources : BDOR
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