L'euro chute sous 1,12 dollar face à une Fed restrictive et au budget français
L'euro recule sous 1,12 dollar face au dollar, pénalisé par les propos de la Fed et l'impasse budgétaire française, selon nos relevés de ce mardi.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 5 minutes

Sommaire
- L'euro cède du terrain face à un dollar remonté par la Fed
- Le mécanisme : un euro plus faible renchérit l'or sans que son prix en dollars ne bouge
- Ce que montrent nos relevés sur la semaine en cours
- La limite du raisonnement : dollar et or peuvent grimper ensemble
- Les publications américaines de la semaine, vrai test pour la parité
En bref
EUR/USD évolue à 1,1191 dollar ce mardi matin, en repli de 0,21% sur 24 heures
L'indice dollar progresse à 102,4 points après les propos de la présidente de la Fed de Cleveland
Le marché anticipe toujours un statu quo monétaire lors de la prochaine réunion de la Fed
Le projet de budget français, débattu cette semaine sans accord probable, pèse aussi sur l'euro
Les positions spéculatives et la lecture technique restent orientées à la baisse sur la paire
Un objectif de repli entre 1,1100 et 1,1120 dollar est évoqué à court terme
L'euro cède du terrain face à un dollar remonté par la Fed
La paire EUR/USD évolue à 1,1191 dollar ce mardi matin, en repli de 0,21% sur 24 heures, tandis que l'indice dollar progresse à 102,4 points, en hausse de 0,25%. Ce mouvement fait suite aux déclarations tenues lundi par la présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, qui a jugé qu'un resserrement monétaire supplémentaire pourrait rester nécessaire pour éviter qu'un état d'esprit inflationniste ne s'installe durablement. Le marché des taux continue toutefois de privilégier un statu quo lors de la prochaine réunion de la Fed, selon l'outil CME FedWatch, ce qui montre que discours et prix se tiennent parfois à distance.
La France ajoute sa propre pression sur l'euro. ING a souligné lundi que le projet de budget prévoyant 43 milliards d'euros d'économies doit être débattu cette semaine au Parlement, sans réelle perspective d'accord, ouvrant la voie à une adoption par ordonnance. Les positions spéculatives et le marché des options restent très orientées à la baisse sur EUR/USD, avec un objectif de repli situé entre 1,1100 et 1,1120. La lecture technique va dans le même sens : la paire reste sous sa moyenne mobile à 100 jours, un biais structurellement baissier pour l'euro.
A lire aussi : Comprendre pourquoi l'affaiblissement de l'euro renchérit aussi le prix de l'or
Le mécanisme : un euro plus faible renchérit l'or sans que son prix en dollars ne bouge
L'or se cote en dollars. Son prix en euros se calcule en divisant sa valeur en dollars par le taux EUR/USD du moment. Quand ce taux recule, comme ce mardi avec un repli de 0,21%, le même prix en dollars se traduit mécaniquement par un montant plus élevé en euros, sans que le métal progresse sur le marché américain. L'épargnant français paie donc davantage lorsque sa monnaie s'affaiblit face au dollar, indépendamment du cours mondial du métal.
Ce matin, nos relevés montrent l'or à 120,59 euros le gramme, soit 3 750,70 euros l'once, en progression de 0,3% depuis l'ouverture et de 0,4% sur les trois dernières heures. Cette hausse dépasse légèrement ce que la seule baisse de l'euro expliquerait, ce qui suggère que le prix du métal en dollars a lui aussi légèrement progressé, probablement sous l'effet d'une demande de protection liée au contexte politique français et au ton restrictif de la Fed. La variation de la parité n'explique donc pas tout, elle amplifie un mouvement qui existait déjà.
Ce que montrent nos relevés sur la semaine en cours
La semaine du 12 au 13 octobre, encore incomplète avec deux séances enregistrées, affiche un trajet de 0,3% depuis l'ouverture de lundi, pour une amplitude du même ordre. La variation d'une semaine sur l'autre ressort à 0,1%, contre 1,6% la semaine précédente. L'or marque un temps de pause après un mouvement plus marqué, pendant que l'euro continue de se tasser face au dollar. Ce décalage de rythme confirme que la dynamique actuelle de l'or coté en euros doit davantage au change qu'à un mouvement propre du métal.
La limite du raisonnement : dollar et or peuvent grimper ensemble
La logique voulant qu'un dollar fort pèse sur l'or n'a rien d'automatique. Elle fonctionne surtout quand la hausse du billet vert traduit un resserrement monétaire pur, sans tension géopolitique associée. Mais quand le risque devient politique, comme avec l'impasse budgétaire française, les deux actifs peuvent monter de concert : le dollar comme valeur refuge classique, l'or comme protection contre l'instabilité d'une zone monétaire spécifique. Le rendement de l'OAT à 10 ans, autour de 4%, et le taux de dépôt de la BCE, fixé à 2,5% depuis mi-septembre, dessinent un contexte de taux réels favorable à une détention d'or malgré l'absence de rendement du métal.
Notre lecture du jour, celle d'une parité en recul qui renchérit l'or en euros, resterait fausse si les tensions sur le budget français s'apaisaient brutalement, ce qui redonnerait de l'air à l'euro sans que l'or ne recule nécessairement. Elle serait aussi mise à mal par un choc de risque mondial suffisamment fort pour faire grimper dollar et or simultanément, rendant le mécanisme de change secondaire face à la demande de protection.
Les publications américaines de la semaine, vrai test pour la parité
L'indice des prix à la consommation américain, attendu mercredi, est projeté en hausse de 3,7% sur un an pour septembre, contre 3,4% le mois précédent, avec une composante sous-jacente anticipée à 2,5% contre 2,4% en août. Les prix à la production et les ventes au détail suivront jeudi. Une inflation plus forte que prévu conforterait le discours restrictif de la Fed et pourrait pousser l'euro plus bas, avec l'effet de renchérissement automatique sur l'or en euros déjà décrit. Sur le plan technique, le RSI à 25,5 traduit une paire survendue, ce qui n'exclut pas un rebond temporaire vers la résistance des 1,1243 dollars avant que le support des 1,1105 ne soit retesté si la pression se maintient.
Sources : BDOR
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