Le cours de l'argent recule ce vendredi, freiné par le dollar, mais la hausse récente persiste
L'once d'argent cède 0,31 % ce vendredi face à un dollar plus fort, mais le métal conserve sa nette progression des deux derniers mois.
Par Maxime TEUTSCH
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'once d'argent recule de 0,31 % ce vendredi matin, à 55,84 euros
Le repli s'explique surtout par le raffermissement du dollar face à l'euro
Le gramme d'argent passe de 1,803 à 1,795 euro en cours de séance
Le métal garde une progression de 10,2 % sur deux mois
Les taux réels élevés continuent de peser sur l'ensemble des métaux précieux
La demande industrielle reste un soutien structurel pour le prix de l'argent
L'argent recule ce matin, entraîné par un dollar retrouvé
L'once d'argent s'affiche à 55,84 euros ce vendredi matin, en repli de 0,31 % sur les dernières 24 heures. Nos relevés confirment le mouvement à l'échelle du gramme : 1,795 euro, contre une ouverture de séance à 1,803 euro. Le métal a touché son plus bas du jour à 07h02, exactement à ce niveau de 1,795 euro, après un pic matinal à 1,807 euro. L'amplitude de la séance reste contenue à 0,7 %, mais la tendance est nette : moins 0,5 % depuis la clôture de jeudi, moins 0,4 % depuis l'ouverture, et un repli qui s'est accéléré sur les trois dernières heures avec 0,6 % perdu.
Ce repli du gramme d'argent s'explique d'abord par le dollar. Le Dollar Index gagne 0,84 % en 24 heures, à 101,27 points, pendant que l'euro cède du terrain face au billet vert (EUR/USD à 1,1373 dollar, -0,10 %). L'argent se cote en dollars sur les marchés mondiaux : quand la devise américaine se raffermit, il faut mécaniquement moins de dollars pour acheter la même once, et l'ajustement se répercute sur la contrevaleur en euros. Une part de la baisse du jour tient donc à la devise, pas au métal lui-même.
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Le repli du pétrole retire un soutien habituel à l'argent
Le baril de WTI décroche de 2,74 % ce vendredi, à 93,16 dollars. Cette chute intervient dans un climat de tensions géopolitiques autour du détroit d'Ormuz, où des discussions sont évoquées entre grandes puissances pour désamorcer un blocage portuaire. Un pétrole moins cher réduit à court terme la crainte d'une inflation importée, or c'est précisément cette crainte qui pousse habituellement les épargnants vers les métaux sans rendement. Moins de pression sur les prix de l'énergie, c'est mécaniquement moins d'argument refuge immédiat pour l'argent.
Mais l'argent n'est pas qu'un métal refuge. Sa demande industrielle, photovoltaïque, électronique, reste un pilier structurel du prix, largement indépendant des soubresauts pétroliers du jour. Un baril moins cher allège même les coûts de production dans certaines filières industrielles consommatrices d'argent, ce qui nuance la lecture purement négative du repli énergétique. C'est cette double nature, monétaire et industrielle, qui explique pourquoi l'argent réagit rarement dans un seul sens face à un même événement.
Les taux réels pèsent, mais moins que sur l'or
La Banque centrale européenne maintient son taux directeur à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 % depuis sa décision du 16 septembre 2026. L'OAT à 10 ans, elle, se traite à 4 % en direct. Cet écart entre le rendement obligataire français et les taux de dépôt de la BCE illustre une prime de risque qui s'est élargie, et qui rend l'argent placé plus attractif face à un métal qui ne verse aucun coupon. C'est un facteur structurel de fond, présent depuis plusieurs semaines, et il continue de peser sur l'ensemble des métaux précieux.
Le point notable, c'est que l'argent résiste mieux que l'or à cette pression. Sur un mois, l'or cède 4,9 % quand l'argent limite la casse à 4,5 %. Le ratio or/argent, qui mesure combien d'onces d'argent équivalent à une once d'or, s'établit à 67,1 aujourd'hui contre 67,4 il y a un mois, une quasi stabilité qui traduit une légère surperformance relative de l'argent. Sur deux mois, l'écart devient net : l'argent gagne 10,2 % quand l'or progresse de 6,7 %. Le métal industriel amplifie les mouvements, à la hausse comme à la baisse, et le bilan de ces deux derniers mois penche clairement en sa faveur.
Notre lecture et ses limites
Le repli de ce vendredi nous paraît davantage technique que structurel. Il tient à un dollar qui reprend de la vigueur et à un baril qui se dégonfle, deux mouvements de marché qui peuvent s'inverser sur quelques séances. Le socle de fond, taux réels élevés, demande industrielle soutenue, performance sur deux mois supérieure à celle de l'or, ne nous semble pas remis en cause par une variation quotidienne de quelques dixièmes de pourcent.
Cette lecture serait fausse si le dollar poursuivait sa hausse au delà de quelques séances, ou si l'OAT à 10 ans franchissait un nouveau palier au dessus de 4 %, deux scénarios qui accentueraient la pression sur un métal sans rendement. Elle serait également fragilisée si les tensions autour du détroit d'Ormuz se résolvaient durablement, retirant une partie de la prime géopolitique qui a soutenu les métaux ces dernières semaines. À l'inverse, tout regain de tension énergétique ou toute inflexion plus accommodante de la BCE redonnerait de l'air à l'argent, avec un effet de levier probablement plus marqué que sur l'or, comme l'a montré le bilan des deux derniers mois.
Les prochains jours diront si ce recul du vendredi n'est qu'une pause dans une tendance de fond, ou le début d'une correction plus large. La séance de lundi, avec la publication d'indicateurs américains susceptibles de redessiner les anticipations de taux, devrait donner un premier élément de réponse.
Sources : BDOR
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