L'argent zigzague cette semaine avant de se stabiliser près de 53,6 euros l'once
L'argent a oscillé de 3,3 % en cinq séances avant de revenir à l'équilibre. Taux élevés et pétrole cher pèsent sur le métal gris.
Par Maxime TEUTSCH
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L'once d'argent cote 53,59 euros vendredi matin, en hausse de 0,28 % sur 24 heures
Sur la semaine, le métal a oscillé entre 1,697 et 1,752 euro le gramme avant de revenir à 1,723 euro
La variation hebdomadaire officielle ressort quasi nulle, à -0,1 %, après +0,5 % la semaine précédente
Les taux réels américains élevés et le dollar soutenu pèsent sur l'attrait de l'argent
La hausse du pétrole WTI, à 90,36 dollars le baril, renchérit les coûts industriels liés au métal gris
L'euro gagne du terrain face au dollar sans parvenir à compenser ces pressions
Une semaine en deux temps pour l'argent
L'once d'argent affiche 53,59 euros ce vendredi matin, en progression de 0,28 % sur les dernières 24 heures selon nos relevés. Mais ce chiffre instantané cache une semaine beaucoup plus agitée que ce que la variation du jour laisse supposer. Le métal avait ouvert lundi à 1,750 euro le gramme, grimpé jusqu'à 1,752 en cours de semaine, puis plongé vers 1,697, un plus bas, avant de remonter à 1,723 euro ce matin. Une amplitude de 3,3 % sur cinq séances, ce qui reste conséquent pour un actif que beaucoup associent à tort à la stabilité de l'or.
Ramenée à la variation hebdomadaire officielle, celle qui compare une semaine à l'autre et non une séance à la précédente, l'argent termine quasiment à l'équilibre avec -0,1 %. C'est un net ralentissement par rapport à la semaine antérieure, qui avait progressé de 0,5 %. L'argent n'a donc pas chuté sur sept jours, il a surtout zigzagué, pris entre des creux marqués en milieu de semaine et un sursaut vendredi matin qui ramène la cotation proche de son niveau d'ouverture.
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Le ratio or/argent file à 69,4, l'argent décroche sur un mois
C'est la donnée qui mérite l'attention d'un épargnant qui détient les deux métaux. Le ratio or/argent, qui indique combien d'onces d'argent sont nécessaires pour acheter une once d'or, atteint 69,4 ce vendredi, contre 65,4 il y a un mois, soit une progression de 6,1 %. Un ratio qui grimpe signifie que l'argent perd du terrain face à l'or, et les chiffres sur un mois confirment ce décrochage : l'argent recule de 7,3 % quand l'or ne cède que 1,6 % sur la même période.
Sur un horizon plus large, trois mois, l'écart se referme presque entièrement, l'or progressant de 5,9 % et l'argent de 5,8 %. Cela montre que la correction du mois écoulé n'a pas effacé la performance de fond du métal gris, elle l'a simplement rendue plus volatile. L'argent reste structurellement lié à l'or sur le temps long, mais il amplifie les mouvements à court terme, dans les deux sens. C'est précisément sa double nature, à la fois métal monétaire et matière première industrielle utilisée dans le photovoltaïque et l'électronique, qui explique cette nervosité supérieure.
Pourquoi le métal gris bouge plus que l'or cette semaine
Deux forces se combinent pour expliquer ce décrochage relatif. D'abord, le ton tenu par plusieurs responsables de la Réserve fédérale américaine cette semaine, décrit comme nettement restrictif selon les indicateurs de discours suivis par les marchés, a soutenu le dollar et les taux réels américains. Or un métal qui ne verse aucun coupon se compare toujours à ce que rapporte l'argent placé sans risque : quand les taux restent élevés plus longtemps que prévu, le coût d'opportunité de détenir de l'argent physique augmente, et ce coût pèse davantage sur un actif à forte composante industrielle que sur l'or, valeur refuge pure.
Ensuite, le pétrole WTI s'échange ce vendredi à 90,36 dollars le baril, en hausse de 1,04 % sur 24 heures selon nos repères. Une énergie plus chère renchérit les coûts de production industrielle et nourrit les craintes sur la demande manufacturière, un canal de transmission qui touche l'argent bien plus directement que l'or. Le Dollar Index recule pourtant légèrement, de 0,14 %, et l'euro gagne 0,23 % face au billet vert à 1,1236 dollar, ce qui aurait dû soutenir les métaux cotés en dollars pour un acheteur européen. Mais cet effet de change favorable n'a pas suffi à compenser la pression des taux et de l'énergie sur la composante industrielle de l'argent.
Ce que les taux réels disent à l'épargnant européen
Le taux directeur de la BCE reste fixé à 2,65 % et la facilité de dépôt à 2,5 % depuis la mi-septembre, tandis que l'OAT à 10 ans évolue autour de 4 %. détenir de l'argent physique signifie accepter de renoncer à un rendement obligataire confortable, en pariant sur une valorisation future du métal plutôt que sur un revenu garanti. C'est un arbitrage patrimonial, pas une évidence. Notre lecture, c'est que la correction mensuelle de l'argent reflète davantage un ajustement aux anticipations de taux américains qu'un changement de fond sur la demande physique, mais cette lecture serait prise en défaut si le ratio continuait de grimper au delà de 70 dans les prochaines semaines, ce qui signalerait un vrai désintérêt pour le métal industriel plutôt qu'une simple respiration technique.
Les points de vigilance pour la semaine à venir
La prochaine réunion de la Fed concentre l'attention des marchés, les probabilités de relève des taux ayant nettement chuté cette semaine selon l'outil CME FedWatch, tombées à moins de 18 % pour l'échéance de ce mois contre environ 38 % une semaine plus tôt, tout en restant élevées pour décembre. Un assouplissement du ton pourrait redonner de l'air à l'argent et faire refluer le ratio or/argent. À l'inverse, une poursuite du resserrement, couplée à un pétrole qui continuerait de grimper, prolongerait la pression actuelle sur le métal industriel, sans certitude sur l'ampleur ni la durée du mouvement.
Sources : BDOR
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