Le pétrole grimpe de 2% lundi, tensions au détroit d'Ormuz en cause
Le WTI progresse autour de 97 dollars le baril, porté par les tensions au détroit d'Ormuz malgré la levée des sanctions russes qui pourrait peser à terme.
Par Benjamin MARCONNET
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
Le WTI s'échange autour de 96,99 dollars, en hausse de 2% sur 24 heures
Le détroit d'Ormuz reste sous tension, plusieurs pétroliers endommagés durant le week-end
Un responsable iranien évoque des représailles en cas de nouvelle frappe américaine ou israélienne
Des attaques visent aussi des infrastructures pétrolières russes et les combats se poursuivent au Yémen
La levée des sanctions américaines sur la Russie pourrait ramener du brut russe sur le marché et freiner la hausse
Le baril reprend de la vigueur malgré la levée des sanctions russes
Le WTI s'échange ce lundi 19 octobre autour de 96,99 dollars le baril, en progression de 2% sur les dernières 24 heures, après un pic d'un mois atteint vendredi près de 99,25 dollars et un repli technique en fin de week-end. Le brut reste orienté à la hausse.
Ce qui alimente la tension, c'est la géopolitique, pas la demande. Le détroit d'Ormuz reste décrit comme fermé par la marine iranienne sauf autorisation expresse, et plusieurs pétroliers y ont été endommagés durant le week-end. Un responsable du conseil de sécurité iranien a évoqué des représailles en cas de nouvelle frappe américaine ou israélienne. Des drones ukrainiens ont visé un terminal d'exportation et un dépôt de stockage à Saint-Pétersbourg, et les affrontements entre l'Arabie saoudite et les rebelles houthis au Yémen se poursuivent. Autant de foyers qui nourrissent une prime de risque sur le baril, indépendamment des fondamentaux de l'offre et de la demande.
Un facteur joue en sens inverse. Donald Trump a signé un ordre levant l'essentiel des sanctions et tarifs douaniers visant la Russie, ouvrant la voie à un retour de brut russe sur le marché mondial. Si cette offre se matérialise, elle pourrait peser sur les prix dans les semaines qui viennent, à contre-courant de la tension actuelle au Moyen-Orient.
A lire aussi : Comment la flambée du baril se répercute sur l'inflation et les taux réels
La chaîne complète, du baril au cours de l'or
Premier maillon : le baril, en hausse de 2% sur 24 heures, renchérit immédiatement les coûts de production et de transport. Deuxième maillon : cette hausse se transmet, avec un décalage de plusieurs semaines à quelques mois, aux prix à la consommation via les carburants, le fret et l'électricité, sous forme d'inflation importée.
Troisième maillon : si la tension au détroit d'Ormuz persiste, les anticipations d'inflation remontent avant même les chiffres officiels. Quatrième maillon : des banques centrales confrontées à cette inflation importée ont deux options. Soit elles retardent leurs baisses de taux, ce qui fait grimper les taux réels et pèse sur l'or. Soit elles restent accommodantes malgré le risque inflationniste, et les taux réels reculent, ce qui soutient l'or. Cinquième maillon : un or sans coupon devient d'autant plus attractif que les taux réels s'affaissent, le coût d'opportunité de le détenir diminuant.
Ce lundi, le canal qui domine n'est pas celui de l'inflation importée, trop lent pour se lire sur une séance, mais le canal monétaire immédiat : le dollar recule à 101,88 points, en repli de 0,66% sur 24 heures, pendant que l'euro grimpe légèrement face au billet vert. Un dollar plus faible renchérit mécaniquement l'or pour les détenteurs d'autres devises, avant même que l'effet inflationniste du baril ne se diffuse dans l'économie réelle.
Ce que nos relevés de ce lundi matin montrent
Nos cours relevés ce matin situent l'or à 119,94 euros le gramme, soit 3730,55 euros l'once. Sur la séance en cours, dix-neuf relevés entre 0h04 et 9h04 montrent une ouverture à 119,340 euros, un plus haut à 119,940 et un plus bas à 119,323, pour une amplitude limitée à 0,5%. Le gain s'établit à 0,2% depuis la clôture de la veille et 0,5% depuis l'ouverture, avec une accélération de 0,3% sur les trois dernières heures.
Cette progression reste mesurée au regard d'un baril qui gagne 2% et d'un dollar qui perd 0,66% sur la même fenêtre. L'or suit, sans emballement : le canal monétaire via le dollar agit déjà, alors que le canal inflationniste via le baril n'a pas encore eu le temps de se transmettre aux anticipations de marché.
L'argent, un métal plus sensible au cycle qu'à la peur
L'argent réagit rarement comme l'or face à une poussée du baril. Sa demande industrielle le rattache davantage à la santé de l'activité économique mondiale qu'à la recherche de protection. Nos relevés situent son cours à 1,651 euro le gramme ce matin. Si la tension géopolitique venait à freiner la croissance mondiale via un baril durablement cher, l'argent pourrait pâtir d'un ralentissement de la demande manufacturière, pendant que l'or continuerait d'être recherché comme valeur refuge.
Les limites de cette lecture
Cette chaîne causale n'a rien d'automatique. Si la levée des sanctions américaines sur la Russie se traduit rapidement par un afflux de brut sur le marché, le baril pourrait reculer brutalement, et l'argument de l'inflation importée perdrait sa pertinence. À l'inverse, un choc d'offre purement géopolitique, un incident majeur dans le détroit d'Ormuz par exemple, pourrait faire grimper le baril sans traduire une accélération réelle de la demande mondiale.
Le dollar, de son côté, peut se raffermir très vite si les investisseurs s'y réfugient en cas d'aggravation du conflit, inversant alors le canal monétaire qui soutient l'or aujourd'hui. Enfin, une banque centrale qui jugerait une poussée d'inflation importée temporaire retirerait l'un des maillons essentiels de la chaîne reliant le baril aux taux réels. Le mouvement du jour mérite d'être suivi, pas pris pour une tendance acquise.
Sources : BDOR
Prenez en main votre patrimoine : que faire maintenant ?
Partager l'article :

