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Un économiste oublié avait-il vu venir la crise américaine ? Ses travaux refont soudain surface

Un économiste suédois du XIXe siècle éclaire pourquoi les investisseurs financent toujours la dette colossale des États-Unis.

Temps de lecture : 3 minutes

Un économiste oublié avait-il vu venir la crise américaine ? Ses travaux refont soudain surface

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En bref

  • La dette publique américaine atteindrait environ 39 770 milliards de dollars selon une analyse de Deutsche Bank

  • Les paiements d'intérêts hebdomadaires sont estimés à 24 milliards de dollars

  • La théorie du taux d'intérêt naturel, développée par Knut Wicksell en 1898, refait surface pour expliquer ce paradoxe

  • Deutsche Bank estime que l'avantage historique américain s'amenuise face à la montée du secteur technologique

  • Le déficit américain serait de plus en plus financé par la performance des géants de la tech plutôt que par la stabilité institutionnelle du pays

Une dette colossale qui interroge les marchés financiers

La dette américaine atteint désormais environ 39 770 milliards de dollars, selon une analyse de Deutsche Bank relayée début 2026. Ce chiffre implique des paiements d'intérêts hebdomadaires estimés à 24 milliards de dollars, une charge qui pèse chaque semaine sur les finances fédérales. Les investisseurs continuent pourtant d'acheter des obligations américaines sans manifester de réticence particulière, un paradoxe qui intrigue économistes et banquiers centraux depuis plusieurs mois.

Cette situation a ramené sur le devant de la scène un nom que la Suède elle-même semblait avoir relégué aux livres d'histoire, celui de Knut Wicksell. Mort il y a exactement cent ans, cet économiste avait développé dès 1898 une théorie sur les taux d'intérêt qui, selon plusieurs analystes, expliquerait pourquoi Washington continue de financer un déficit abyssal sans provoquer de panique sur les marchés obligataires.

A lire aussi : L'or grimpe alors que la dette américaine franchit un seuil vertigineux de 40 000 milliards de dollars

Knut Wicksell, un économiste radical tombé dans l'oubli

Formé aux mathématiques, à l'astronomie et aux langues classiques, Knut Wicksell s'est tourné vers l'économie sur le tard. Il fréquentait August Strindberg et Hjalmar Branting, figures radicales de son époque, et remettait en cause le mariage, l'Église et la monarchie suédoise. Son influence scientifique dépassait largement les frontières nationales, nourrie par des séjours d'études en Angleterre et en Autriche.

Si son nom reste peu connu du grand public en Suède, il continue d'être cité par les banques centrales du monde entier. La journaliste Eleanor Pringle, dans un article publié par Fortune, rappelle que Wicksell n'a jamais eu la notoriété d'un Adam Smith, mais que sa théorie vieille de plus d'un siècle « est soudainement redevenue pertinente » face à la situation budgétaire américaine actuelle.

Le taux d'intérêt naturel, pierre angulaire de sa théorie

Wicksell postulait que l'inflation et l'instabilité économique naissent d'un décalage entre le taux fixé par les banques centrales et commerciales, et ce qu'il appelait le taux d'intérêt naturel. Ce dernier correspond au rendement que les investisseurs obtiennent en plaçant leur capital dans l'économie réelle, via les actions notamment, plutôt qu'en conservant des liquidités ou des obligations d'État.

Selon notre expert : Les marchés mondiaux s'agitent face à un déficit américain hors de contrôle et un dollar fragilisé

Pourquoi les investisseurs continuent de financer Washington

L'économie américaine afficherait un taux d'intérêt naturel bien supérieur aux taux officiels, ce qui expliquerait pourquoi le coût de la dette reste relativement contenu malgré son ampleur, selon la lecture relayée par Fortune. Kevin Warsh, à la tête de la Réserve fédérale, serait lui-même attentif à cet écart entre taux de marché et taux naturel dans ses décisions de politique monétaire, un raisonnement directement hérité de Wicksell.

Les gestionnaires de Deutsche Bank, Ulrich Stephan, Dirk Steffen et Elena Ahonen, confirment cette lecture dans leur analyse. Ils estiment que les déficits persistants montrent un pays qui vit au-dessus de ses actifs, tout en reconnaissant que le rôle central des États-Unis dans le système financier international leur a permis, jusqu'à présent, de bénéficier de taux sans risque inférieurs au taux naturel estimé.

Un avantage américain menacé par la mutation technologique

Cet avantage historique s'amenuiserait progressivement, selon les trois auteurs de Deutsche Bank. Le rapport entre le risque d'investir aux États-Unis et celui de laisser son argent en banque aurait évolué avec l'essor de l'intelligence artificielle et la domination des géants technologiques américains sur les marchés boursiers, modifiant en profondeur les équilibres décrits par Wicksell il y a plus d'un siècle.

Le rendement élevé des capitaux propres observé dans certains secteurs technologiques compenserait désormais, en partie, les facteurs géopolitiques et structurels qui soutenaient traditionnellement l'attractivité américaine depuis l'après-guerre. Autrement dit, le déficit des États-Unis serait de plus en plus financé par la performance de son secteur technologique plutôt que par sa stabilité institutionnelle historique, un glissement qui mérite d'être surveillé attentivement.

Face à cette incertitude, l'attrait renouvelé des valeurs refuges

Cette dépendance croissante d'une économie portant 39 770 milliards de dollars de dette envers un seul secteur, aussi puissant soit-il, interroge légitimement sur la solidité à long terme du système. Une correction technologique brutale, ou un simple ralentissement de la croissance des géants de l'IA, pourrait fragiliser l'équilibre décrit par Wicksell et raviver les craintes sur la soutenabilité de la dette américaine.

Face à ces incertitudes budgétaires et monétaires, nombreux sont les épargnants qui se tournent vers des solutions tangibles pour protéger leur capital. Les métaux précieux, à travers des lingots d'or et d'argent ou des pièces d'or, offrent une alternative concrète aux actifs financiers traditionnels, dans une logique de débancarisation et de sécurisation patrimoniale, à l'écart des soubresauts des marchés obligataires et des arbitrages des banques centrales.

Sources : BDOR - Fortune - Deutsche Bank

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