80 km/h, APL, ISF, 49.3 : le bilan d'Édouard Philippe refait surface derrière son slogan « Croire en nous »
Retour chiffré sur les réformes économiques d'Édouard Philippe à Matignon avant sa candidature à la présidentielle de 2027.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- Un slogan de campagne face à un passage à Matignon chargé
- 80 km/h et carburants, l'étincelle des Gilets jaunes
- APL amputées d'un côté, ISF transformé en IFI de l'autre
- Assurance-chômage durcie et retraites imposées par 49.3
- Une gestion de la crise sanitaire sévèrement critiquée
- Sécuriser son épargne face aux incertitudes politiques
En bref
Édouard Philippe annonce sa candidature à la présidentielle de 2027 avec le slogan Croire en nous
Son passage à Matignon entre 2017 et 2020 a été marqué par plusieurs réformes économiques contestées
La transformation de l'ISF en IFI a profité à environ 340 000 contribuables pour un gain cumulé de 3,4 milliards d'euros
La baisse des APL de 5 euros par mois a concerné plusieurs millions de bénéficiaires
La gestion de la première vague du Covid-19 a été sévèrement critiquée par une commission d'enquête sénatoriale
La hausse de la fiscalité sur les carburants et la limitation à 80 km/h ont nourri le mouvement des Gilets jaunes
Un slogan de campagne face à un passage à Matignon chargé
Édouard Philippe officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2027 avec un slogan volontariste : « Croire en nous ». Avant de se prononcer dans les urnes, un retour sur son passage à Matignon, entre mai 2017 et juillet 2020, mérite d'être posé sur la table. Ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron pendant trois ans, il a porté des réformes qui structurent encore aujourd'hui les débats sur le pouvoir d'achat et la fiscalité française.
Limitation à 80 km/h, hausse de la fiscalité des carburants, baisse des APL, transformation de l'ISF en IFI, durcissement de l'assurance-chômage, recours au 49.3 sur les retraites, gestion de la première vague du Covid-19 : la liste des décisions prises sous sa responsabilité reste longue. Chacune mérite d'être remise en perspective avec des chiffres précis avant tout jugement sur ce nouveau slogan de campagne.
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80 km/h et carburants, l'étincelle des Gilets jaunes
En 2018, le gouvernement Philippe abaisse la vitesse maximale autorisée de 90 à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central. La même année, la composante carbone de la TICPE grimpe de 30,5 à 44,6 euros la tonne de CO2. À la pompe, les prix des carburants progressent de 13,2% en moyenne sur l'année, selon les statistiques publiées par l'INSEE. La remontée du prix du pétrole brut sur les marchés internationaux explique elle aussi une partie de cette flambée, la fiscalité n'étant pas seule en cause.
Ces deux décisions cristallisent, à l'automne 2018, la colère qui donne naissance au mouvement des Gilets jaunes. La contestation, alimentée par un mécontentement plus large sur le pouvoir d'achat, dure plusieurs mois et donne lieu à des manifestations récurrentes. L'usage des lanceurs de balles de défense et de certaines grenades par les forces de l'ordre fait l'objet de controverses toujours documentées aujourd'hui.
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APL amputées d'un côté, ISF transformé en IFI de l'autre
Dès 2017, l'exécutif réduit de 5 euros par mois les aides personnalisées au logement, une mesure qui touche plusieurs millions de bénéficiaires. Au 1er janvier 2018, l'impôt de solidarité sur la fortune disparaît au profit de l'impôt sur la fortune immobilière, un dispositif nettement plus restreint puisqu'il cible quasi exclusivement le patrimoine immobilier.
Le comité d'évaluation piloté par France Stratégie a chiffré les effets de cette transformation fiscale : environ 340 000 contribuables ont bénéficié du passage de l'ISF à l'IFI, pour un gain cumulé estimé à 3,4 milliards d'euros, soit près de 10 000 euros en moyenne par foyer gagnant. Ces gains restent très concentrés parmi les ménages les plus fortunés, ce qui alimente depuis des années la critique d'une politique fiscale jugée déséquilibrée.
Assurance-chômage durcie et retraites imposées par 49.3
En 2019, les règles de l'assurance-chômage se durcissent nettement. Pour ouvrir des droits, il faut désormais avoir travaillé six mois sur les vingt-quatre derniers mois, contre quatre mois sur vingt-huit auparavant. L'Unédic estimait alors que plusieurs centaines de milliers de demandeurs d'emploi seraient concernés, avant qu'une partie de la réforme ne soit suspendue puis reportée pendant la crise sanitaire.
Le 29 février 2020, Édouard Philippe engage la responsabilité de son gouvernement avec l'article 49.3 pour faire adopter, sans vote en première lecture à l'Assemblée nationale, le projet de système universel de retraites. La réforme ne sera finalement jamais menée à son terme : la pandémie de Covid-19 provoque sa suspension, puis son abandon définitif quelques mois plus tard.
Une gestion de la crise sanitaire sévèrement critiquée
Édouard Philippe dirige également Matignon pendant la première vague du Covid-19. Pénurie de masques, préparation jugée insuffisante, communication hésitante : la commission d'enquête sénatoriale, dans son rapport rendu en décembre 2020, dresse un constat sévère sur le défaut de préparation, de constance stratégique et de communication du gouvernement. Le stock stratégique de masques chirurgicaux était tombé d'environ 754 millions d'unités fin 2017 à une centaine de millions fin 2019, d'après les chiffres cités par le Sénat.
Le contraste politique reste saisissant : cinq euros retirés chaque mois à plusieurs millions de bénéficiaires des APL d'un côté, 3,4 milliards d'euros de gains fiscaux concentrés sur 340 000 foyers de l'autre. Les deux réformes ne poursuivaient pas le même objectif et l'argent des APL n'a financé aucune baisse d'impôt sur la fortune. Mais la juxtaposition résume, à elle seule, le reproche adressé depuis des années à la politique économique du premier quinquennat Macron.
Sécuriser son épargne face aux incertitudes politiques
Les revirements de réformes, les crises sociales à répétition et les fluctuations économiques poussent un nombre croissant d'épargnants français à diversifier leurs placements en dehors du système bancaire traditionnel. L'or et l'argent physiques, sous forme de lingots d'or, de pièces d'or ou de lingots d'argent, constituent une option pour ceux qui souhaitent sécuriser une partie de leur patrimoine dans une logique de débancarisation. Cette approche permet de conserver un actif tangible, détenu directement, à l'abri des décisions politiques et des aléas bancaires, selon les analyses régulièrement publiées par BDOR.
Sources : BDOR - Sénat - Unédic - France Stratégie - INSEE
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