L'euro passe sous 1,1235 dollar, la crise politique française pèse sur la devise
L'euro recule face au dollar sous 1,1235 ce mercredi, pénalisé par les tensions politiques en France, alors que le dollar reste globalement stable.
Par Benjamin MARCONNET
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- L'euro recule sous 1,1235 dollar, la France dans la ligne de mire des marchés
- Le mécanisme de transmission : l'or coté en dollars, ce que change un euro plus faible
- Pourquoi la corrélation ne tient pas ce mercredi
- Fed en pause, BCE sous surveillance : ce qui orientera la parité dans les prochains jours
En bref
L'euro s'échange à 1,1235 dollar, en repli de 0,06 % sur vingt quatre heures
Le Dollar Index reste quasi stable à 101,8 points, signe d'un problème propre à la zone euro
Les marchés redoutent de nouvelles manifestations en France ce week end
L'écart de taux entre la France et l'Allemagne reste élevé, autour de 150 points de base
Plusieurs responsables de la Banque centrale européenne doivent s'exprimer dans la journée
L'euro recule sous 1,1235 dollar, la France dans la ligne de mire des marchés
La paire EUR/USD s'échange ce mercredi matin à 1,1235 dollar, en repli de 0,06 % sur vingt quatre heures, après avoir brièvement touché 1,1225 dollar durant la session asiatique. Le Dollar Index recule légèrement à 101,8 points (-0,04 %), signe que l'euro perd davantage de terrain contre le billet vert que contre les autres devises de l'indice. L'affaiblissement ne vient donc pas d'une force générale du dollar, mais d'un problème propre à la zone euro, et plus précisément à la France.
Les marchés restent nerveux face à une nouvelle vague de manifestations attendue ce week-end, au point qu'un déploiement de forces militaires serait envisagé selon des informations relayées outre Atlantique. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a évoqué de nouveaux couvre-feux « là où la situation l'exige ». L'écart entre l'OAT dix ans française et le Bund allemand reste proche de 150 points de base, l'OAT se traitant à 4,44 %, une prime de risque exigée sur la dette française. Plusieurs responsables de la BCE, dont Christine Lagarde, Philip Lane, Joachim Nagel et Piero Cipollone, doivent s'exprimer dans la journée, et leurs propos seront scrutés pour toute allusion à la situation française.
A lire aussi : Comprendre pourquoi la chute de l'euro ne profite pas mécaniquement au prix de l'or
Le mécanisme de transmission : l'or coté en dollars, ce que change un euro plus faible
L'or se cote internationalement en dollars. Quand l'euro s'affaiblit face au dollar, comme ce mercredi, il faut mécaniquement davantage d'euros pour acheter la même quantité d'or, toutes choses égales par ailleurs. Un repli de l'EUR/USD devrait donc pousser le prix de l'or en euros vers le haut, même si son prix en dollars ne bouge pas. L'inverse est vrai quand l'euro se redresse.
Mais la théorie s'arrête là où commence l'arithmétique réelle : le cours de l'or en dollars bouge lui-même en permanence, sous l'effet des taux réels américains, des flux d'achat et des anticipations de politique monétaire. Nos relevés du jour l'illustrent sans ambiguïté : l'or s'échange à 117,92 euros le gramme, en repli de 0,1 % depuis la clôture de mardi et de 0,3 % depuis l'ouverture à 118,226 euros, alors même que l'euro perd du terrain contre le dollar. Si la seule mécanique de change jouait, le prix en euros aurait dû progresser, pas reculer. C'est donc que le prix de l'or en dollars a baissé suffisamment pour effacer, et même inverser, l'effet de change.
Pourquoi la corrélation ne tient pas ce mercredi
La lecture simple, euro faible donc or en euros cher, se trouve prise en défaut aujourd'hui. Le Fed Sentiment Index, construit à partir des discours de la Réserve fédérale, reste à 127,51 points, un niveau nettement restrictif, confirmé par la dernière intervention du président de la Fed Kevin Warsh, qui a refusé de préjuger des décisions d'octobre et de décembre tout en insistant sur la vigueur structurelle de l'économie américaine et le rôle de l'intelligence artificielle dans la confiance des données. Les contrats CME FedWatch donnent environ 16,1 % de probabilité d'une nouvelle hausse de taux lors de la réunion des 27 et 28 octobre, mais plus de 90 % pour décembre. Ce maintien de taux réels élevés aux États-Unis pèse sur l'or libellé en dollars, indépendamment de ce que fait l'euro.
Sur les trois séances disponibles, du lundi 19 au mercredi 21 octobre, l'or recule déjà de 0,6 % depuis l'ouverture de lundi à 118,69 euros. Mais c'est la variation d'une semaine sur l'autre qui donne le vrai signal : elle ressort à 1,5 % de baisse, contre 0,4 % la semaine précédente, un glissement qui s'accélère et dépasse largement ce que la seule parité pourrait expliquer. Cette lecture serait toutefois invalidée si la crise politique française s'aggravait au point de déclencher une fuite vers la qualité classique : dollar et or progresseraient alors simultanément, l'euro s'effondrant davantage, et la hausse du métal en euros deviendrait bien plus brutale.
Fed en pause, BCE sous surveillance : ce qui orientera la parité dans les prochains jours
Le taux directeur de la BCE est fixé à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 % depuis la réunion du 16 septembre 2026, un niveau jugé stable à court terme, le vrai risque venant désormais du front budgétaire français plutôt que de la politique monétaire elle-même. Côté américain, le score du discours de Kevin Warsh, établi à 5,6 sur 10 contre une moyenne historique de 6,1, traduit un ton légèrement moins offensif que d'habitude, mais sans rupture avec la ligne restrictive affichée depuis la première hausse de taux de septembre depuis 2023.
Sur le plan technique, l'EUR/USD évolue sous sa moyenne mobile à cent jours et sous la bande médiane de Bollinger à vingt jours, avec une résistance repérée vers 1,1250 dollar puis 1,1460 dollar, et un support autour de 1,1115 dollar. Un franchissement net de ce plancher ouvrirait la voie à une glissade plus marquée de la monnaie unique, ce qui renchérirait d'autant la facture en euros pour qui détient de l'or physique, à condition que le cours en dollars ne compense pas de nouveau le mouvement, comme c'est précisément le cas ce mercredi.
Sources : BDOR
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