En bref
Jusqu’à 30 milliards d’euros à injecter pour adapter les banques à l’euro numérique
Une mobilisation massive des ressources humaines dans les établissements bancaires
Bruxelles pousse, la BCE hésite, les États européens divisés
Le retour de Trump ravive le débat sur la souveraineté monétaire face aux stablecoins
Un projet technocratique devenu fardeau politique
Lancé en octobre 2023, le chantier de l’euro numérique visait à doter l’Union européenne d’un moyen de paiement public numérique, gratuit et sécurisé. Conçu comme un complément aux moyens de paiement traditionnels, ce dispositif porté par la Banque centrale européenne (BCE) bénéficie du soutien affiché de la Commission européenne.
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Mais deux ans plus tard, l’enthousiasme initial s’est mué en une véritable crise de confiance. Les banques, principales concernées par la mise en œuvre technique et financière, haussent le ton. Dans les capitales européennes, les États membres peinent à afficher une position unifiée, tiraillés entre pression politique et réalités économiques.
Le coût démesuré d’un euro numérique imposé aux banques
C’est un chiffre qui affole les dirigeants bancaires : 30 milliards d’euros. Ce montant maximal, révélé par le cabinet PwC, découle d’une étude commandée par trois grandes fédérations bancaires européennes, dont la Fédération bancaire européenne (EBF). L’analyse porte sur un panel de 19 groupes bancaires européens et chiffre à 110 millions d’euros le coût moyen pour chaque banque.
En cas de déploiement généralisé du projet avec toutes ses fonctionnalités (paiements hors ligne, comptes multiples, interopérabilité...), la facture totale pourrait atteindre un seuil critique. À cela s’ajoute une contrainte humaine : près de la moitié des experts techniques nécessaires au bon fonctionnement des systèmes bancaires seraient monopolisés chaque année pour le projet.
Une entrave à l’innovation bancaire ?
Les établissements financiers redoutent bien plus qu’une ponction budgétaire. L’alerte de PwC souligne une paralysie du potentiel d’innovation dans le secteur bancaire. Avec 46 % des ressources clés mobilisées, les capacités de développement technologique ou de nouveaux produits financiers se retrouveraient fortement amputées.
Ce ralentissement survient dans un contexte où les établissements bancaires européens sont déjà soumis à de fortes pressions concurrentielles face aux fintechs et aux plateformes de paiements privés. Le projet d’euro numérique risque ainsi d’aggraver une fragilité structurelle de la banque traditionnelle.
La BCE sous pression, les États dans l’incertitude
La décision finale appartient à la Banque centrale européenne, attendue en octobre 2025. Malgré son statut juridique indépendant, l’institution monétaire se trouve aujourd’hui au cœur d’un véritable bras de fer politique. La Commission européenne insiste pour accélérer la numérisation de l’euro, dans un contexte international de plus en plus tendu.
Le retour de Donald Trump à la présidence américaine et son soutien déclaré aux stablecoins inquiète Bruxelles. L’euro numérique est perçu comme un rempart stratégique face à la domination croissante du dollar numérique et des cryptoactifs adossés à des devises.
Selon notre expert : À l’heure où Bruxelles mise tout sur une monnaie digitale, les investisseurs se réfugient massivement vers l’or physique…
Une fracture européenne de plus en plus visible
Derrière le débat technique, c’est l’unité de l’Union européenne qui vacille. Certains États membres appuient la transition numérique monétaire, d’autres, plus dépendants de leurs systèmes bancaires nationaux, freinent des deux pieds. La généralisation d’un euro numérique sans compromis pourrait accentuer les divergences économiques et politiques au sein de la zone euro.
À mesure que la date de décision approche, le projet d’euro numérique cristallise les tensions : entre régulateurs et régulés, entre souveraineté et dépendance technologique, entre ambitions européennes et intérêts bancaires. L’issue du vote en octobre pourrait bien rebattre les cartes de la politique monétaire continentale.