Hausse des taux en septembre, la Fed de San Francisco juge la politique monétaire accommodante
Une étude de la Fed de San Francisco estime la politique monétaire accommodante. Le débat sur une hausse des taux en septembre s'intensifie au sein du FOMC.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
- La prochaine réunion du FOMC se tient dans un mois et les investisseurs anticipent un statu quo sur les taux directeurs.
- Une étude de la Fed de San Francisco estime le taux neutre réel à 1,5 %, ce qui placerait la politique actuelle en territoire accommodant.
- Les taux longs américains, européens et japonais évoluent à des sommets de plusieurs décennies, sur fond de déficits publics et d'émissions massives de dette par les géants de la tech.
- Le core PCE dépasse 3 % sur les quatre derniers mois, loin de l'objectif de 2 % fixé par l'institution.
- Alberto Musalem, président de la Fed de Saint-Louis, garde ses options ouvertes et estime qu'une hausse immédiate éviterait des mesures plus brutales plus tard.
La Réserve fédérale américaine se réunit dans un mois et le consensus de marché penche vers une pause. Les dernières statistiques publiées depuis début août, entre une inflation jugée rassurante et des ventes au détail décevantes, confortent les investisseurs dans ce scénario. Plusieurs éléments plaident pourtant en faveur d'une hausse des taux de la Fed dès septembre, tant pour calmer un marché obligataire fébrile que pour corriger une orientation monétaire peut-être trop souple.
Des taux longs à des sommets de plusieurs décennies
L'été s'annonce éprouvant pour les marchés de dette. Aux États-Unis, en Europe comme au Japon, les rendements à long terme atteignent des niveaux inédits depuis plusieurs décennies. Le conflit en Iran alimente les craintes inflationnistes, mais l'explication ne s'arrête pas là.
Les volumes d'émissions à absorber inquiètent tout autant les opérateurs. Les gouvernements doivent financer des déficits toujours abyssaux, pendant que les entreprises technologiques lèvent massivement de la dette pour soutenir leurs investissements colossaux dans l'intelligence artificielle. Cette double pression sur l'offre de papier pousse mécaniquement les rendements vers le haut.
Le taux américain à 30 ans a ainsi gagné 20 points de base en trois semaines, depuis la dernière réunion du comité de politique monétaire. Cette dérive traduit aussi un problème de confiance. La dernière prestation de Kevin Warsh a laissé les investisseurs sceptiques quant à la volonté réelle de l'institution de combattre l'inflation. Un relèvement des taux directeurs lèverait ce doute et permettrait sans doute d'ancrer la partie longue de la courbe.
Une étude interne contredit le discours officiel
Au-delà de la question de crédibilité, le positionnement même de la politique monétaire interroge. La Fed situe son taux neutre à 3,1 % et maintient depuis décembre dernier son taux directeur entre 3,5 % et 3,75 %. Sur le papier, l'orientation serait donc restrictive.
Jerome Powell défendait encore cette lecture en avril, lors de sa dernière conférence de presse, en affirmant que l'institution se situait dans la fourchette haute du taux neutre, voire en territoire légèrement restrictif.
Une nouvelle publication de la Fed de San Francisco vient bousculer cette analyse. L'étude évalue le taux neutre réel à moyen terme à 1,5 %. Avec des taux directeurs à 3,5 % et une inflation à 2,5 %, le taux réel ressort à 1 %, soit nettement en dessous de ce seuil. L'auteur en conclut qu'en date d'août 2026, la politique monétaire américaine apparaît accommodante, tout en reconnaissant une forte incertitude autour de cette estimation.
L'état de l'économie américaine accrédite cette thèse. La croissance du PIB devrait encore dépasser son potentiel de 2 % cette année, le chômage reste historiquement bas et les géants de la tech déploient des centaines de milliards de dollars dans l'IA. Surtout, le core PCE dépasse 3 % sur les quatre derniers mois, un écart substantiel avec l'objectif de 2 %. Le conflit iranien explique une partie de ce rebond, mais la vigueur de la demande intérieure y contribue tout autant.
Musalem garde toutes les options sur la table
Alberto Musalem, président de la Fed de Saint-Louis, a confié jeudi à CNBC que sa recommandation pour septembre dépendrait des données à venir. Partisan d'une hausse lors de la réunion de juillet, il dit vouloir aborder chaque rendez-vous du FOMC l'esprit ouvert, tout en jugeant élevée la probabilité que l'inflation reste au-dessus de la cible.
Le banquier central situe l'inflation sous-jacente entre 2,5 % et 3 %, un niveau qu'il considère excessif. Aux taux actuels, il estime faible la probabilité de ramener la hausse des prix à 2 %. Selon lui, agir maintenant éviterait des mesures plus agressives par la suite, alors que l'inflation constitue la première préoccupation des ménages américains et que les entreprises subissent des coûts d'intrants élevés.
Musalem qualifie lui aussi la politique actuelle de neutre, voire accommodante, et juge les conditions financières très souples. Il écarte toute crise de crédibilité de l'institution, insiste sur l'indépendance de la politique monétaire vis-à-vis du budget fédéral et identifie même un possible super El Niño comme prochain choc d'offre à surveiller.
Selon notre expert : Entre taux longs au plus haut depuis des décennies et déficits publics hors de contrôle, le métal jaune s'impose comme le refuge privilégié des épargnants avertis.
Protéger son épargne face à l'incertitude monétaire
Cette période de doute sur la trajectoire des taux et sur la capacité des banques centrales à juguler l'inflation rappelle l'intérêt des placements tangibles. Les investissements alternatifs comme les métaux physiques, qu'il s'agisse de lingots d'or, de lingots d'argent ou de pièces d'or, offrent une protection éprouvée contre l'érosion monétaire et les tensions obligataires. Dans une logique de débancarisation et de sécurisation de son épargne, détenir une part de son patrimoine hors du système financier traditionnel permet de traverser plus sereinement les cycles de politique monétaire, surtout quand l'inflation s'installe durablement au-dessus des objectifs officiels.
Sources : BDOR
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