Le cours de l'or : le rebond reste fragile face aux paris sur une hausse de taux de la Fed
L'or oscille près de 3766 € l'once, entre dollar affaibli, BCE sur le point d'agir et tensions Iran-États-Unis qui ravivent la prime de risque.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'once d'or évolue autour de 3766 euros, en repli de 0.26% sur 24 heures selon BDOR
Le dollar reste affaibli par la remontée du yen après les signaux de normalisation de la Banque du Japon
Les marchés anticipent une hausse de taux de la Fed en septembre après un rapport sur l'emploi américain solide
La BCE devrait relever ses taux de 25 points de base ce jeudi, une décision jugée quasi acquise par les opérateurs
Les tensions militaires entre les États-Unis et l'Iran ravivent la demande de valeurs refuges et poussent le pétrole vers un plus haut de trois mois
Les niveaux techniques situés entre 4340 et 4350 dollars restent déterminants pour la suite du mouvement sur l'once
Un rebond timide après une semaine de baisse
L'once d'or peine à transformer son sursaut asiatique en véritable dynamique haussière. Après avoir touché un plus bas d'une semaine mercredi, le métal semble néanmoins avoir stoppé trois séances consécutives de repli. La remontée du yen japonais, alimentée par les signaux de normalisation monétaire envoyés par la Banque du Japon, pèse sur le dollar américain, qui évolue près de son plus faible niveau en deux semaines. Mécaniquement, cette faiblesse du billet vert profite habituellement à l'or, coté en dollars sur les marchés internationaux.
Selon les données publiées par BDOR, l'once d'or s'échangeait à 3766 euros, en léger recul de 0.26% sur 24 heures, tandis que l'argent progressait de son côté à 56.96 euros l'once, en hausse de 0.28%. Cette divergence entre les deux métaux illustre une prudence généralisée des investisseurs, tiraillés entre l'attrait défensif de l'or et les anticipations de resserrement monétaire qui, elles, jouent contre les actifs non rémunérateurs. Le contexte reste donc suspendu à un équilibre délicat, où chaque statistique macroéconomique pèse lourd dans la balance.
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Les banques centrales entrent dans la danse
La semaine s'annonce chargée sur le front monétaire. Une hausse de 25 points de base par la Banque centrale européenne jeudi est désormais considérée comme acquise par la quasi-totalité des opérateurs de marché, dans un contexte où le taux directeur de l'institution s'établit à 2.4% et la facilité de dépôt à 2.25% depuis la réunion du 17 juin 2026. Du côté japonais, les traders ont intégralement anticipé un relèvement des taux de la Banque du Japon lors de sa réunion des 17 et 18 septembre, tandis que la Reserve Bank of Australia envisagerait elle aussi un geste similaire ce mois-ci, selon des sources de marché.
Aux États-Unis, un rapport sur l'emploi meilleur qu'attendu a ravivé les paris sur une hausse des taux de la Fed en septembre, dans un climat inflationniste alimenté par des prix de l'énergie durablement élevés. Les stratèges de BNY Mellon estiment que ces chiffres de l'emploi ont durablement réancré les attentes de resserrement monétaire. Ils affirment, selon leurs propos rapportés récemment, qu'« après un rapport sur l'emploi exceptionnellement solide vendredi, même les commentaires ambigus du gouverneur Christopher Waller ne suffisent pas à modifier notre scénario d'une hausse imminente ». La probabilité d'un relèvement en septembre serait ainsi repassée au-dessus de 60%, contre un niveau plus incertain quelques jours auparavant.
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La tension entre Washington et Téhéran ravive la prime de risque
Le climat géopolitique ajoute une couche de complexité supplémentaire. Selon les développements rapportés autour de la crise au Moyen-Orient, les forces américaines auraient visé des pétroliers iraniens dans le golfe d'Oman et près de l'île de Kharg. En représailles, l'Iran aurait tiré plus de trente missiles contre des positions américaines stationnées à la base d'Al Azraq, en Jordanie. Le Corps des gardiens de la révolution islamique a par ailleurs averti que les navires accostant dans les ports koweïtien et bahreïni accueillant des troupes américaines pourraient également devenir des cibles.
Cette escalade militaire maintient une prime de risque bien réelle sur les marchés, propulsant le pétrole WTI à un plus haut de trois mois, coté à 94.03 dollars le baril et en hausse de 2.99% sur 24 heures d'après les derniers relevés. Cette flambée énergétique nourrit les craintes inflationnistes et renforce les arguments en faveur d'un resserrement monétaire américain, un scénario qui soutiendrait le dollar et limiterait mécaniquement la progression de l'or. Les investisseurs surveillent désormais de près la publication des indices des prix à la production et à la consommation aux États-Unis, attendus jeudi et vendredi, pour affiner leurs anticipations sur la trajectoire de la politique de la Fed.
Ce que révèlent les graphiques techniques
Sur le plan graphique, le métal trouve un support dans la zone de confluence comprise entre 4340 et 4345 dollars, où se superposent la moyenne mobile simple à 200 périodes sur le graphique en quatre heures et le niveau de retracement de 50% du mouvement haussier de juillet-août. Ce palier constitue un point pivot déterminant pour la suite de la trajectoire. L'indice de force relative journalier évolue autour d'un niveau neutre de 42, tandis que le MACD reste en territoire négatif, ce qui suggère que le rebond récent ressemble davantage à une stabilisation au-dessus d'un support de tendance qu'à une véritable impulsion acheteuse.
La configuration technique laisse entrevoir une dynamique haussière encore fragile, susceptible de buter rapidement sur une résistance à 4427 dollars, correspondant au retracement de Fibonacci à 38.2%. Un franchissement de ce seuil ouvrirait la voie vers 4529 dollars, niveau de retracement à 23.6%. À l'inverse, un repli sous le support aligné à 4352 dollars, puis sous 4344 dollars, exposerait le cours à des zones de soutien plus profondes, situées à 4262 puis 4144 dollars. Ces repères, purement techniques, ne remplacent évidemment pas une analyse fondamentale, mais ils donnent une lecture utile des rapports de force entre acheteurs et vendeurs à court terme.
Face à l'incertitude, les valeurs refuges reprennent des couleurs
L'accumulation des risques, entre resserrement monétaire coordonné, tensions militaires au Moyen-Orient et inflation énergétique persistante, compose un cocktail dans lequel l'or conserve un rôle défensif difficile à ignorer. Personnellement, je trouve ce contexte révélateur d'une nervosité de fond qui dépasse largement les seuls chiffres macroéconomiques : les marchés semblent chercher un point d'ancrage, et l'or, malgré ses hésitations récentes, reste l'un des rares actifs capables d'offrir cette stabilité relative.
Dans cette optique, une part croissante d'épargnants se tourne vers les métaux précieux, qu'il s'agisse de lingots d'or, de lingots d'argent ou de pièces d'or, pour diversifier leur patrimoine en dehors du système bancaire traditionnel. Cette démarche de débancarisation répond à un besoin concret de sécurisation de l'épargne face à des marchés obligataires tendus, comme en témoigne un OAT à 10 ans français désormais proche de 3.85%, et une dette publique dépassant 118.5% du PIB. Sans constituer une martingale, la détention physique de métaux précieux demeure une option tangible pour qui souhaite se prémunir contre les soubresauts monétaires et géopolitiques qui rythment cette rentrée financière.
Sources : BDOR - BNY Mellon - Banque centrale européenne (BCE) - Reuters Tankan
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