760 millions € grâce à l’or : le Mali dévoile ce qu’il compte construire avec cette manne
Le Mali capte 760 millions d'euros de recettes minières aurifères pour financer routes, trains, eau et électricité, comme le Ghana avant lui.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
En bref
Depuis 2023, le Mali a renforcé les redevances et sa participation dans les projets miniers aurifères
Un fonds spécial a récupéré 761 milliards de francs CFA d'arriérés, soit environ 760 millions d'euros
Ce fonds génère au moins 50 milliards de francs CFA par an via une taxe sur le chiffre d'affaires des sociétés minières
Les sommes doivent financer des routes, des chemins de fer, la compagnie aérienne nationale, l'eau et l'électricité
Le Ghana applique une stratégie comparable depuis 2024 avec son programme Big Push
Une réforme fiscale qui redessine les règles du secteur aurifère malien
Depuis 2023, le gouvernement malien a modifié en profondeur les termes de sa relation avec les compagnies extractives installées sur son territoire. L'État réclame désormais des redevances plus élevées et détient une participation renforcée dans les projets aurifères, selon des informations relayées par Reuters et reprises par Zonebourse. Cette bascule marque une rupture avec des décennies de contrats jugés trop favorables aux opérateurs étrangers, dans un pays où l'or représente la première ressource d'exportation, loin devant le coton ou l'élevage.
Le résultat se mesure déjà en chiffres tangibles. Un fonds spécial créé pour centraliser ces nouvelles recettes a récupéré 761 milliards de francs CFA d'arriérés auprès des sociétés minières, soit environ 760 millions d'euros au taux de change courant, d'après Reuters. Cette somme correspond à des paiements que Bamako estimait dus depuis plusieurs années, bien avant l'adoption de la réforme. Un chiffre qui parle : à titre de comparaison, le déficit public français atteignait -5,1 % du PIB au premier trimestre 2026, selon l'Insee, ce qui donne une idée de l'ampleur que représente une telle collecte pour un budget national ouest-africain.
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Un mécanisme qui transforme l'or en recettes récurrentes
Au-delà du rattrapage ponctuel, le dispositif produit désormais un flux régulier de recettes. Le fonds engrange au moins 50 milliards de francs CFA chaque année, alimenté par une taxe directe assise sur le chiffre d'affaires des compagnies aurifères, selon Zonebourse. Ce montant, modeste comparé aux tonnages extraits chaque année, représente tout de même une avancée notable pour un budget national largement dépendant des ressources naturelles.
Capter une part plus significative de cette richesse extraite du sous-sol constitue, pour les autorités de transition, un levier autant politique qu'économique. La hausse des cours mondiaux, l'once d'or s'échangeant autour de 3738 euros selon les données de marché BDOR, offre une fenêtre favorable pour négocier de nouvelles conditions avec les opérateurs étrangers. Reste à savoir si ce rythme de collecte se maintiendra sur la durée, notamment si les cours venaient à se retourner brutalement.
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Routes, eau et électricité : les priorités affichées par Bamako
Le gouvernement affiche des ambitions concrètes pour ces sommes. Les priorités annoncées couvrent la construction de lignes de chemin de fer, l'entretien et l'extension du réseau routier, le développement de la compagnie aérienne nationale ainsi que l'amélioration de l'accès à l'eau potable et à l'électricité. Ces annonces, rapportées par Reuters, restent pour l'instant des orientations budgétaires plutôt que des chantiers déjà achevés.
L'ambition dépasse la simple redistribution comptable. Il s'agit de transformer une ressource épuisable en infrastructures durables, capables de soutenir l'activité économique une fois les gisements taris. Le pari n'est pas anodin : la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité de l'État à exécuter ces projets sans détourner les fonds vers d'autres priorités budgétaires, un risque régulièrement pointé par les observateurs des finances publiques africaines. On peut légitimement s'interroger sur la mise en œuvre réelle, mais l'intention affichée mérite d'être saluée.
Le Ghana emprunte une voie comparable
Cette approche gagne du terrain sur le continent. Le Ghana a lancé, selon Reuters, un programme baptisé Big Push, financé par les revenus tirés de son secteur minier depuis 2024, avec des objectifs similaires en matière d'infrastructures publiques. Les deux pays partagent une même logique : capter davantage de valeur sur des ressources naturelles longtemps exploitées sans retombées suffisantes pour les populations locales.
D'autres producteurs aurifères ouest-africains observent ces expériences avec attention. La tentation de revoir les codes miniers hérités des années 1990 et 2000 se répand, portée par des cours historiquement élevés qui rendent ces négociations plus favorables aux États hôtes qu'auparavant. Le rapport de force change, lentement mais sûrement.
Diversifier son épargne face aux soubresauts des matières premières
Ces bouleversements dans les politiques minières rappellent la sensibilité des marchés de matières premières aux décisions politiques des États producteurs. Pour les épargnants qui souhaitent limiter leur exposition aux aléas monétaires et bancaires, les lingots d'or, les lingots d'argent ou les pièces d'or constituent une option de diversification concrète, permettant de détenir un actif tangible en dehors du système bancaire classique. Cette logique de débancarisation partielle de l'épargne séduit un nombre croissant de particuliers en France, désireux de sécuriser une partie de leur patrimoine face aux incertitudes économiques et géopolitiques.
Sources : BDOR - Reuters - Zonebourse
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