L'or recule sous 3590 euros l'once avant la décision attendue de la Fed mercredi
L'or cède du terrain face à un dollar fort à la veille de la décision de la Fed. Ce que ce repli change concrètement pour l'épargnant.
Par Benjamin MARCONNET
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'once d'or cote 3587,1 euros, en repli de 4,8 % sur un mois
Le métal reste toutefois positif de 1,9 % sur quatre mois
La fermeté du dollar pèse sur le cours de l'or en euros
La décision de la Fed, attendue mercredi, alimente la prudence des investisseurs
Les taux obligataires élevés en zone euro réduisent l'attrait de l'or sans rendement
Les tensions géopolitiques profitent davantage au dollar qu'à l'or
Une semaine d'or déjà entamée face au dollar
L'or a ouvert la semaine à 115,43 euros le gramme lundi 26 octobre, pour retomber à 115,16 euros ce mardi matin, un repli de 0,2 % sur ces deux premières séances. La variation hebdomadaire ressort à +0,4 %, modeste après une semaine précédente qui avait cédé 3,3 %. L'once, cotée 3587,1 euros ce matin, grappille 0,16 % sur 24 heures, un sursaut trop timide pour inverser la tendance de fond.
Sur un horizon plus large, l'image se nuance : l'or perd 4,8 % sur un mois, mais reste positif de 1,0 % sur trois mois et de 1,9 % sur quatre mois. Le repli des dernières semaines efface une partie des gains de l'été sans les annuler, ce qui invite à ne pas juger la tendance sur une seule séance.
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L'argent décroche bien plus vite, le ratio le confirme
L'argent, ouvert à 1,551 euro le gramme lundi, cote 1,523 euro ce mardi matin, en repli de 1,8 % depuis la veille. Sur sept jours, la baisse atteint 8,3 %, contre 2,4 % pour l'or. Sur un mois, l'écart devient spectaculaire : -16,2 % pour l'argent contre -4,8 % pour l'or, après une semaine précédente déjà marquée par -5,5 %.
Le ratio or/argent confirme ce décrochage : il faut 75,6 onces d'argent pour acheter une once d'or, contre 66,6 il y a un mois, soit +13,5 %. L'argent cumule en effet une double nature, métal monétaire et intrant industriel (photovoltaïque, électronique, véhicules). Quand les perspectives de taux et de croissance se durcissent, il paie cette exposition industrielle en plus de sa composante refuge, d'où l'amplitude de ses mouvements.
Le dollar et les taux expliquent le repli en euros
Le Dollar Index gagne 0,53 % sur 24 heures, à 102,15 points, pendant que l'EUR/USD recule de 0,44 % à 1,1178 dollar. L'or se cotant en dollars, un billet vert plus fort le rend plus cher pour un acheteur américain, ce qui pèse sur la demande mondiale et se répercute en euros avec un décalage. Cette fermeté intervient à la veille d'une échéance clé : la Réserve fédérale rend sa décision mercredi 28 octobre, et le marché anticipe une probabilité supérieure à 80 % d'un relèvement des taux dès décembre. Dans cette attente, les investisseurs privilégient le dollar plutôt que l'or.
Les taux réels pèsent dans le même sens côté zone euro. La BCE maintient son taux directeur à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 %, tandis que l'OAT 10 ans se tient à 4,44 %. Ce rendement garanti rend l'or, qui ne verse aucun coupon, moins attractif à court terme pour un épargnant arbitrant entre les deux classes d'actifs, surtout à l'approche d'une décision de banque centrale.
Quand la géopolitique profite au dollar plutôt qu'à l'or
Les tensions au Moyen-Orient restent vives : attaques revendiquées contre des stations de pompage pétrolier en Arabie saoudite et l'aéroport de Riyad, reprise possible des hostilités entre le Hezbollah et Israël. Classiquement, ce risque pousse les capitaux vers l'or refuge. Cette fois, c'est le dollar qui en capte l'essentiel, la décision de la Fed concentrant l'attention des marchés : une anomalie à souligner, la prime de sécurité existant bien sans profiter au métal qui en bénéficie habituellement en premier.
Ce qui peut faire basculer la semaine
La décision de la Fed mercredi 28 octobre, accompagnée des commentaires du président Kevin Warsh, concentre l'essentiel du risque à court terme. S'y ajoutent la première estimation du PIB américain du troisième trimestre et l'indice des prix PCE, susceptibles de réorienter les anticipations de taux et, par ricochet, le dollar et l'or. Si la Fed se montre plus prudente que ce que laissent supposer les 80 % de probabilité de hausse en décembre, le dollar pourrait refluer et offrir un peu d'air au métal.
Cette lecture d'un or contraint par un dollar fort et d'un argent qui paie sa composante industrielle serait mise en défaut si les tensions au Moyen-Orient menaçaient directement l'approvisionnement pétrolier mondial : la prime refuge basculerait alors plus nettement vers l'or, dollar fort ou non. Elle serait aussi à revoir si la Fed surprenait par une tonalité accommodante, desserrant la pression sur les taux réels. Une semaine qui commence dans le rouge peut encore se retourner avant vendredi.
Sources : BDOR
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