L'or ne recule que de 0,8 % en une semaine malgré un dollar affaibli et l'inflation
L'or est passé de 120,21 à 119,53 euros le gramme entre le 12 et le 16 octobre, un repli limité à 0,8 % selon nos relevés.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- Une semaine de dévissage pour l'argent, bien plus sévère que pour l'or
- Le ratio or/argent grimpe à 72,2, l'argent décroche nettement
- Pourquoi un dollar affaibli n'a pas suffi à soutenir l'argent
- Le coût d'opportunité pèse toujours, et les tensions géopolitiques compliquent la lecture
- Ce que nous en retenons, et ce qui pourrait nous donner tort
En bref
L'or est passé de 120,21 à 119,53 euros le gramme entre le 12 et le 16 octobre
Le repli hebdomadaire de l'or reste limité à 0,8 %, avec une amplitude contenue à 1,6 %
En once, l'or s'échange à 3717,8 euros vendredi, en hausse de 0,68 % sur 24 heures
Un dollar affaibli après les propos de Kevin Warsh n'a pas empêché un léger repli de l'or
Les prix à la production américains ont bondi de 1,3 % sur un mois, leur plus forte hausse depuis mars 2022
L'or reste soutenu par les craintes inflationnistes malgré un contexte de taux incertain
Une semaine de dévissage pour l'argent, bien plus sévère que pour l'or
Sur la semaine du 12 au 16 octobre 2026, l'argent est passé de 1,738 euro le gramme lundi à 1,655 euro vendredi matin, selon nos relevés. Son plus bas, touché mercredi, s'est établi à 1,604 euro, pour une amplitude de 8,4 %. La variation hebdomadaire ressort à -5,3 %, contre -0,2 % la semaine précédente. L'accélération est nette et tranche avec la tenue de l'or.
L'or a ouvert la semaine à 120,21 euros le gramme pour terminer à 119,53 euros, un repli de 0,8 % seulement, avec une amplitude contenue à 1,6 % (contre +1,6 % la semaine précédente). En once, l'or s'échange ce vendredi à 3717,8 euros (+0,68 % sur 24 heures) et l'argent à 51,46 euros (+3,33 %) : un sursaut du jour (+0,5 % depuis jeudi, +1,1 % sur trois heures) sans effacer les dégâts de la semaine.
A lire aussi : Pourquoi l'or résiste mieux que l'argent face aux turbulences de la semaine
Le ratio or/argent grimpe à 72,2, l'argent décroche nettement
Le ratio or/argent, qui indique combien d'onces d'argent il faut pour acheter une once d'or, s'établit à 72,2, contre 67,7 il y a un mois, soit +6,8 % en quatre semaines. Plus ce ratio monte, plus l'argent sous-performe l'or. Sur un mois, l'argent affiche -6,4 % quand l'or reste quasiment stable à -0,0 %. L'écart s'est donc creusé avant même la chute de cette semaine.
Sur trois mois, l'argent conserve +5,2 % et l'or +5,9 %, des performances quasi équivalentes. L'argent profite toujours de son rattrapage estival, mais la correction récente a rogné une bonne partie de cette avance. La tendance de fond reste positive sur le trimestre, mais la semaine confirme que ce métal encaisse des à-coups bien plus violents que l'or.
Une double nature qui explique l'écart
Cette volatilité supérieure tient à la nature hybride de l'argent, actif monétaire et matière première industrielle (photovoltaïque, électronique, automobile). Quand les craintes sur la demande industrielle reprennent le dessus sur l'attrait refuge, l'argent peut céder du terrain même quand l'or résiste, exactement le schéma observé cette semaine.
Pourquoi un dollar affaibli n'a pas suffi à soutenir l'argent
Le président de la Fed Kevin Warsh s'est exprimé lors des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale, avec la directrice générale Kristalina Georgieva. Ses propos, jugés neutres, n'ont pas modifié les anticipations de taux mais ont fait reculer le dollar vers un plus bas de près de deux semaines. Ce vendredi, le Dollar Index s'établit à 101,89 points (-0,67 %) et l'EUR/USD remonte à 1,1242 dollar (+0,15 %). En théorie, un dollar plus faible soutient les métaux pour un acheteur en euros.
Or l'argent a malgré tout chuté lourdement, preuve que d'autres forces ont dominé. Les prix à la production américains de septembre ont progressé de 1,3 % sur un mois, leur plus forte hausse depuis mars 2022, portant le rythme annuel à 6,3 %. Cette poussée relance les anticipations d'un nouveau geste de la Fed en décembre. Sur ce terrain inflationniste, l'or a mieux résisté que l'argent, plus exposé aux doutes sur le cycle industriel.
Le coût d'opportunité pèse toujours, et les tensions géopolitiques compliquent la lecture
Pour un métal sans coupon, la comparaison avec le rendement des placements reste déterminante. Le taux directeur de la BCE s'établit à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 % [16 septembre 2026], tandis que l'OAT à 10 ans rapporte 4,44 %. Ces niveaux maintiennent un coût d'opportunité réel pour qui détient des métaux sans rendement, malgré le repli du dollar.
Les tensions au Moyen-Orient ajoutent de l'incertitude plutôt qu'une direction claire : attaque de missiles attribuée aux Houthis contre le palais présidentiel à Aden, déploiement militaire français confirmé en Arabie saoudite, plans de frappe américains évoqués contre des infrastructures énergétiques iraniennes. Ce climat soutient habituellement les refuges, mais n'a pas empêché l'argent de reculer, confirmant que la composante industrielle a dominé cette semaine.
Ce que nous en retenons, et ce qui pourrait nous donner tort
Notre lecture est celle d'une correction technique plutôt que d'un retournement de tendance. Le ratio à 72,2 reste supérieur à son niveau d'il y a un mois, mais la performance à trois mois (+5,2 % pour l'argent contre +5,9 % pour l'or) montre un écart de fond modeste. La chute de cette semaine ressemble à une prise de bénéfices après un été de forte hausse plutôt qu'à un changement de régime durable.
Cette lecture serait mise en défaut si le ratio continuait de grimper au-delà de 72 dans les prochaines séances, signe d'une dégradation réelle de la demande industrielle. La réunion de décembre de la Fed, où les marchés anticipent largement un geste supplémentaire selon l'outil FedWatch du CME Group, et l'évolution des tensions au Moyen-Orient restent les points de bascule à surveiller. Rien n'indique aujourd'hui un décrochage durable, mais la volatilité observée invite à la prudence.
Sources : BDOR
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