La Russie vend 6 tonnes d'or : les sanctions poussent Moscou à liquider
L'once d'or grimpe à 3738 euros ce vendredi 9 octobre pendant que la Russie poursuit ses ventes de réserves. Décryptage BDOR.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'once d'or s'établit à 3738,2 euros ce vendredi 9 octobre, en hausse de 1,5 % depuis la clôture de jeudi
La Banque centrale de Russie a vendu 6 tonnes d'or en août, portant ses cessions à 56 tonnes depuis le début de l'année
Ses réserves totales atteignent 2271 tonnes malgré ces ventes répétées
Le mouvement russe n'empêche pas le cours de progresser, signe que la demande se trouve ailleurs
Une bascule des grandes banques centrales vendeuses pourrait changer la donne, mais rien ne l'indique pour l'instant
L'once d'or franchit 3738 euros ce vendredi 9 octobre
Nos relevés de ce matin, 10h22, situent l'once d'or à 3738,23 euros, soit 120,19 euros le gramme. La séance a démarré à 118,481 euros le gramme à l'ouverture et a grimpé jusqu'à un plus haut de 120,187 euros, une amplitude de 1,4 % en quelques heures. Depuis la clôture de jeudi, le gain atteint 1,5 %, et 1,4 % depuis l'ouverture de ce matin. Sur les trois dernières heures, le rythme ralentit nettement, +0,1 % seulement, signe que le marché digère la hausse plutôt qu'il ne l'accélère.
Ce genre de mouvement, net en début de séance puis qui se stabilise, raconte souvent la même histoire : un flux d'ordres concentré sur l'ouverture, probablement lié à des positions prises en Asie ou en réaction à des données macroéconomiques publiées en fin de semaine, suivi d'une pause le temps que les acteurs européens et américains prennent le relais. L'once d'or reste proche de ses niveaux les plus élevés observés ces dernières semaines, et la question qui se pose n'est plus tant de savoir si la hausse se poursuit que de comprendre qui achète, et qui vend.
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La Banque centrale de Russie continue de vendre son or en plein rallye
C'est justement là que l'actualité du jour prend tout son sens. La Banque centrale de Russie a cédé 6 tonnes d'or supplémentaires en août, portant le total de ses ventes nettes à 56 tonnes depuis le début de l'année. Ses réserves s'établissent désormais à 2271 tonnes. Le chiffre mérite d'être posé froidement : une institution qui, depuis des années, était présentée comme l'un des moteurs de l'accumulation mondiale d'or par les banques centrales, se trouve aujourd'hui du côté des vendeuses, et de façon répétée, mois après mois.
Le contraste est frappant avec le niveau du cours. Si une banque centrale vend régulièrement depuis le début de l'année, on pourrait s'attendre à un effet baissier sur le prix. Ce n'est pas ce que l'on observe : l'once progresse malgré ces cessions. L'explication la plus probable tient à l'échelle des volumes. 56 tonnes vendues en neuf mois pèsent peu face à la demande mondiale constatée sur la même période, qu'elle vienne d'autres banques centrales acheteuses, de la demande d'investissement ou des flux institutionnels. La Russie vend, probablement pour des besoins de liquidité budgétaire liés au contexte économique qu'elle traverse, mais le marché absorbe ce volume sans broncher.
Ce que cette divergence change pour la lecture du marché de l'or
Notre lecture, chez BDOR, est que ce découplage entre vente russe et hausse du cours confirme la profondeur du marché actuel. Un acteur institutionnel qui se retire ne suffit plus à faire dévisser le prix, ce qui aurait pu être le cas il y a quelques années quand les flux des banques centrales pesaient proportionnellement plus lourd. Cela dit quelque chose d'un marché où la demande s'est diversifiée, et où une seule source de vente, même institutionnelle, ne fait plus la pluie et le beau temps.
Cette lecture mérite d'être nuancée. Si d'autres grandes banques centrales venaient à imiter la Russie et à basculer massivement du côté vendeur, dans un mouvement coordonné ou simultané, l'équation changerait. Pour l'instant, rien dans la matière disponible n'indique un tel basculement collectif : la Russie vend seule, sur un rythme mesuré, et le reste du marché continue d'acheter. La prudence impose de surveiller les prochaines publications de réserves des autres banques centrales avant de valider durablement cette lecture de marché résilient.
Pour l'épargnant détenteur d'or physique, une donnée à relativiser
Pour un épargnant qui détient des lingots ou des pièces d'or, ou qui envisage d'en acquérir, la vente russe n'a rien d'un indicateur à court terme sur lequel bâtir une décision. Elle illustre surtout que le prix de l'or physique ne dépend plus d'un seul acteur, aussi important soit-il. La cotation officielle du jour, 3738,2 euros l'once, reflète la rencontre de multiples sources de demande et d'offre, bien au delà des décisions d'une seule banque centrale. C'est précisément cette diversification des flux qui rend le marché de l'or moins vulnérable à la décision isolée d'un pays, même producteur et vendeur régulier comme la Russie l'est devenue cette année.
Sources : BDOR
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