Jusqu’à 15 centimes de plus par litre : le gouvernement repousse cette taxe redoutée à 2028
La taxe carbone ETS2 sur les carburants, prévue en 2027, est reportée à 2028. Paris redoute un nouvel embrasement social avant la présidentielle.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
La taxe carbone européenne ETS2, censée s’appliquer aux carburants dès janvier 2027, est reportée à 2028
Paris a négocié ce report dès 2025 auprès de la Commission européenne, à la tête d’une coalition d’États membres
La hausse attendue était de 10 à 15 centimes par litre, pour sept milliards d’euros de recettes fiscales espérées
L’exécutif redoute un nouvel embrasement social proche de celui des Gilets jaunes, à quelques mois de la présidentielle de 2027
Le premier semestre 2026 a déjà montré qu’une hausse des prix des carburants peut faire chuter les recettes fiscales de l’État
La consommation de carburants a reculé de 14 % entre le 1er et le 20 mai 2026 selon le ministère de l’Économie
Un report calculé à l’approche de la présidentielle
Le 1er janvier 2027 devait marquer un tournant fiscal pour les automobilistes français. L’entrée en vigueur de l’ETS2, extension du marché carbone européen ciblant le transport routier, aurait mécaniquement alourdi la facture à la pompe de 10 à 15 centimes par litre, selon les estimations relayées par Sud-Ouest le 10 août 2026. Paris a finalement obtenu son report à 2028 auprès de la Commission européenne, après avoir mené dès 2025 une coalition d’États membres favorable à ce délai.
Le calendrier n’a rien d’un hasard. L’exécutif redoute, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, de raviver une contestation aussi vive qu’ancienne. Une enquête de Politico, parue en juillet et citée par Sud-Ouest, évoque un choix assumé pour éviter un nouvel embrasement social avant le scrutin. Certains ministres auraient pourtant plaidé pour une application immédiate de la mesure, espérant sept milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires selon les projections de l’État. Le calcul politique paraît limpide, presque trop.
L’ETS2, un dispositif européen aux répercussions concrètes
Ce mécanisme, souvent réduit à son acronyme technique, étend le marché carbone européen aux fournisseurs de combustibles fossiles, essence et diesel compris. Concrètement, les entreprises assujetties devront acheter des quotas d’émission, un coût qu’elles répercuteront presque mécaniquement sur les prix de vente. L’addition, pour l’automobiliste, se traduirait par une hausse directe à la pompe, dans une fourchette de 10 à 15 centimes par litre d’après les chiffres relayés par Sud-Ouest.
Le gain budgétaire espéré paraissait considérable sur le papier : sept milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires, une somme qui aurait pu soulager des finances publiques déjà fragiles. Mais entre la promesse budgétaire et la réalité du terrain, l’écart s’avère souvent bien plus large que prévu, comme l’a démontré l’expérience du premier semestre 2026.
Selon notre expert : Entre inflation persistante et tensions géopolitiques majeures, les épargnants se ruent vers les valeurs refuges comme jamais depuis des décennies
Le spectre des Gilets jaunes n’a pas disparu
Emmanuel Macron garde en mémoire l’automne 2018. La révolte des Gilets jaunes avait démarré sur une hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, avant de se transformer en mouvement social majeur, mêlant colère sur le pouvoir d’achat et défiance envers les institutions. À l’époque, la contestation s’était embrasée alors que le litre de carburant venait de franchir 1,50 euro.
Le contexte a changé, mais l’inquiétude demeure. Le litre dépasse aujourd’hui largement les 2 euros, atteignant parfois 2,25 euros pour le diesel. Ajouter une taxe supplémentaire dans ce climat, à quelques mois d’un rendez-vous électoral majeur, représentait un risque politique que l’exécutif a préféré éviter, quitte à décaler l’agenda européen d’un an.
Hausse des prix ne rime pas toujours avec hausse des recettes
L’équation budgétaire s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. Le budget des ménages automobilistes reste contraint, et lorsque les prix grimpent trop vite, la consommation chute mécaniquement, entraînant avec elle les recettes fiscales censées financer l’État. David Amiel, ministre des Comptes publics, a ainsi reconnu sur RTL début juillet une perte de plus de 80 millions d’euros sur les recettes fiscales liées aux carburants, en comparant le premier semestre 2026 à celui de 2025.
Le ministre de l’Économie Roland Lescure a confirmé cette tendance, évoquant une chute de 14 % de la consommation de carburants entre le 1er et le 20 mai 2026. Un phénomène proche de ce que les économistes nomment l’effet Laffer, où l’excès de taxation finit par éroder l’assiette fiscale plutôt que de la renforcer. Reporter l’ETS2 à 2028 n’efface donc pas le problème : il le déplace, sans garantie qu’il soit résolu d’ici là.
Face à cette incertitude fiscale, l’épargne cherche des refuges
Entre reports de taxes, incertitudes budgétaires et pression persistante sur le pouvoir d’achat, nombreux sont les épargnants qui se tournent vers des solutions moins dépendantes des décisions politiques. Les métaux précieux, à travers les lingots d’or et d’argent ou les pièces d’or, séduisent celles et ceux qui souhaitent diversifier leur patrimoine hors du système bancaire classique. Cette logique de débancarisation partielle permet de sécuriser une partie de son épargne face aux aléas fiscaux et aux annonces gouvernementales successives, sans dépendre uniquement des marchés financiers traditionnels.
Sources : BDOR - Sud-Ouest - Politico - RTL
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