Trêve États-Unis-Iran expirée, le taux américain à 30 ans grimpe à 5,32 %, un sommet depuis 2007, le Brent dépasse 91 dollars
Fin de la trêve entre Washington et Téhéran, taux américain à 30 ans au plus haut depuis 2007, Brent au-dessus de 91 dollars, bourses asiatiques en repli.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 3 minutes

Sommaire
- Le taux américain à 30 ans au plus haut depuis 2007
- Les bourses asiatiques effacent leurs gains
- Le pétrole et la dette mondiale sous tension
- Une offre de dette qui déborde la demande
- Le resserrement monétaire s'étend au-delà de la Fed
- Métaux précieux et débancarisation face à des obligations qui ne protègent plus
En bref
- Le rendement du bon du Trésor américain à 30 ans atteint 5,326 %, un niveau plus vu depuis mi-2007, celui à 10 ans monte à 4,74 %.
- La trêve de 60 jours entre Washington et Téhéran a expiré, l'Iran menace d'adopter une posture militaire « entièrement offensive ».
- Le Brent progresse pour la troisième séance consécutive et s'échange à 91,26 dollars le baril.
- Les bourses asiatiques reculent, le KOSPI perd 2,1 % et le Nikkei 2,2 %, le taux japonais à 10 ans culmine à 2,935 %, un record de trois décennies.
- Deux tiers des 32 marchés de swaps suivis par Bloomberg anticipent des hausses de taux directeurs, jusqu'à 400 points de base cumulés pour sept grandes économies.
La fin de la trêve entre les États-Unis et l'Iran a mis le feu aux poudres sur les marchés mondiaux ce mardi 18 août. Les rendements obligataires ont inscrit des sommets pluri-décennaux, le pétrole a enchaîné une troisième séance de hausse et les actions asiatiques ont effacé leurs gains initiaux, tandis que Téhéran menaçait d'adopter une posture militaire « entièrement offensive ».
A lire aussi : Un taux américain à 30 ans de 5,32 % et une dette proche de 40 000 milliards forment le décor du record de l'or à 4 544 dollars.
Le taux américain à 30 ans au plus haut depuis 2007
Le rendement du bon du Trésor américain à 30 ans a gagné 1,6 point de base pour toucher 5,326 % en séance, un niveau inédit depuis près de vingt ans. Son équivalent à 10 ans s'est tendu de 1,8 point de base à 4,7399 %.
« Cela aura une importance considérable si cette tendance se poursuit », prévient Charu Chanana, stratège en chef des investissements chez Saxo Bank à Singapour. Une telle dynamique relève le rendement minimal exigé sur les actions, resserre les conditions financières et met sous pression les entreprises comme les États endettés. « L'Asie commence déjà à ressentir certaines de ces répercussions », ajoute-t-elle.
Les analystes d'ING relèvent une anomalie. Habituellement, quand le 10 ans américain franchit 4,65 %, l'administration Trump multiplie les déclarations apaisantes sur une résolution proche du conflit avec l'Iran. Cette fois, rien de tel. Les derniers éléments suggèrent au contraire qu'aucune issue n'est en vue, alors que la trêve précaire de 60 jours vient de s'achever.
Les bourses asiatiques effacent leurs gains
La Bourse de Séoul, rouverte après un jour férié, a d'abord bondi de plus de 3 % avant de plonger. Le KOSPI a terminé en repli de 2,1 %, le Nikkei 225 a cédé 2,2 % et l'indice MSCI Asie-Pacifique hors Japon a reculé de 0,8 %, plombé par les valeurs sud-coréennes, taïwanaises et chinoises. Les contrats à terme sur le S&P 500 abandonnaient 0,4 %.
La veille à Wall Street, le S&P 500 avait perdu 0,5 % et le Nasdaq 0,3 %, après des ventes au détail américaines en baisse inattendue qui ont conduit les traders à réduire leurs paris sur un relèvement rapide des taux de la Fed.
Sur les autres compartiments, l'indice dollar remontait de 0,1 % à 99,65 après un creux de deux mois. L'or reculait de 0,6 % à 4 389,44 dollars l'once, mettant fin à deux jours de progression. Le bitcoin cédait 0,3 % à 64 150 dollars et l'ether 0,6 % à 1 893 dollars.
Le pétrole et la dette mondiale sous tension
Les contrats à terme sur le Brent ont avancé de 0,4 % à 91,26 dollars le baril, troisième séance de hausse consécutive sur fond d'impasse au Moyen-Orient. Cette flambée énergétique nourrit les anticipations d'un durcissement monétaire de la Réserve fédérale et de ses homologues.
La vague de ventes touche l'ensemble de la planète obligataire. Le rendement japonais à 10 ans a grimpé de 1,5 point de base à 2,935 %, un plus haut de trois décennies. En France, le 30 ans évolue à un sommet depuis 2008 et le 10 ans dépasse 4 %, du jamais vu depuis juin 2009. Les taux allemands retrouvent leurs niveaux de 2011, les rendements britanniques à longue échéance approchent 6 %.
« Cela ressemble davantage à une grève des acheteurs qu'à une panique des vendeurs », analyse Masahiko Loo, stratège senior chez State Street Investment Management à Tokyo. « Les marchés redécouvrent la prime de terme dans un contexte où les déficits budgétaires, l'offre accrue d'obligations et les dépenses d'investissement liées à l'intelligence artificielle se disputent simultanément les capitaux. »
Une offre de dette qui déborde la demande
Plusieurs forces structurelles poussent les taux longs vers le haut. Un ordre mondial fragmenté rend les économies plus exposées aux chocs d'offre et à une inflation persistante, pendant que les détenteurs d'obligations doutent de la capacité des gouvernements à maîtriser leurs dépenses. La demande recule aussi, les fonds de pension délaissant les régimes à prestations définies qui absorbaient autrefois la dette longue.
La concurrence des émetteurs privés aggrave le déséquilibre. Les géants technologiques financent leurs investissements dans l'IA sur des maturités étendues, à l'image d'Alphabet qui a lancé une première émission en dollars australiens de 5 milliards, soit environ 3,2 milliards de dollars américains.
Le resserrement monétaire s'étend au-delà de la Fed
Sur les 32 marchés de swaps de taux suivis par Bloomberg, environ deux tiers anticipent un relèvement des taux directeurs. La Corée du Sud pourrait monter les siens de plus de 100 points de base, et la hausse cumulée attendue pour les sept principales économies avoisinerait 400 points de base l'an prochain. L'inflation dans les pays de l'OCDE a atteint son plus haut niveau en deux ans.
Les obligations d'État sud-coréennes ont déjà chuté de plus de 9 % depuis janvier, la pire performance des 44 marchés recensés par Bloomberg, et les titres japonais ont perdu près de 4 %. En Europe, les rendements de référence allemands, français et italiens ont grimpé d'environ 30 points de base. Aux États-Unis, malgré des anticipations de hausse de la Fed revues en baisse pour 2026, le 10 ans s'est tendu de quelque 50 points de base depuis le début de l'année.
Selon notre expert : Entre une dette souveraine au plus haut depuis des décennies et un pétrole installé au-dessus de 90 dollars, les investisseurs cherchent des refuges capables de traverser la tempête.
Métaux précieux et débancarisation face à des obligations qui ne protègent plus
La dégradation simultanée des marchés d'actions et de dette remet en cause la construction classique des portefeuilles, où l'obligataire jouait le rôle d'amortisseur. Quand ce filet de sécurité se dérobe, les investissements alternatifs retrouvent leur légitimité patrimoniale. Les métaux précieux, détenus sous forme de lingots d'or et d'argent ou de pièces d'or, constituent une réserve de valeur tangible conservée hors du circuit bancaire. Cette logique de débancarisation permet de sécuriser une partie de son épargne face aux tensions sur les finances publiques et à une inflation qui s'installe, sans dépendre de la solvabilité d'un émetteur ni des arbitrages des banques centrales.
Sources : BDOR / Boursorama / Boursier
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