Alsace : le gisement de lithium à 295 millions € tourne court, la start-up derrière le projet liquidée
La start-up Viridian Lithium, qui préparait une raffinerie de lithium à 295 millions d’euros en Alsace, est placée en liquidation judiciaire.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 2 minutes

Sommaire
- Une start-up alsacienne rattrapée par la réalité industrielle
- Un investissement industriel de près de 300 millions d’euros
- Le marché européen du véhicule électrique ralentit
- La ruée vers le lithium continue pourtant en Alsace
- Entre promesses économiques et inquiétudes locales
- Une ambition industrielle française encore fragile
En bref
La start-up strasbourgeoise Viridian Lithium, fondée en 2021, a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de Strasbourg.
Son projet visait la construction d’une raffinerie de lithium à Lauterbourg pour un investissement estimé à 295 millions d’euros.
L’usine devait produire du lithium destiné aux batteries de véhicules électriques, avec une capacité équivalente à 500 000 à 1 million de voitures par an.
Le ralentissement du marché du véhicule électrique et la concurrence industrielle chinoise ont fragilisé la viabilité du projet.
Le site, qui devait créer environ 250 emplois, avait déjà fait l’objet de travaux préparatoires sur un terrain de 14 hectares.
Une start-up alsacienne rattrapée par la réalité industrielle
Le projet avait été présenté comme l’un des symboles de la relocalisation industrielle européenne dans la filière des batteries. La société strasbourgeoise Viridian Lithium n’ira finalement pas au bout de son ambition.
La chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg a prononcé la liquidation judiciaire de la start-up, décision adoptée lundi et dont la publication officielle doit intervenir prochainement. Créée en 2021, l’entreprise portait un projet de raffinerie de lithium à Lauterbourg, dans le nord du Bas-Rhin.
L’initiative devait constituer l’un des maillons européens de la chaîne de valeur des batteries électriques. Elle s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance industrielle du continent face à l’Asie.
Un investissement industriel de près de 300 millions d’euros
Le programme prévoyait la construction d’une usine de raffinage capable de transformer du lithium brut en matériaux destinés à l’industrie des batteries. Le montant total de l’investissement atteignait 295 millions d’euros.
La capacité industrielle annoncée devait permettre, à terme, de produire suffisamment de lithium pour alimenter entre 500 000 et un million de véhicules électriques chaque année.
Le projet comportait également une dimension territoriale importante. Le site industriel devait s’étendre sur 14 hectares, terrain réservé depuis 2024. Des travaux de terrassement avaient déjà été réalisés durant l’été précédent.
L’ouverture de l’usine était envisagée à l’horizon 2028, avec environ 250 emplois directs annoncés dans la région.
Le marché européen du véhicule électrique ralentit
La structure financière du projet n’a jamais atteint le niveau nécessaire pour enclencher la construction de l’usine. Les responsables de la société évoquent un environnement économique devenu beaucoup plus difficile.
Depuis 2021, la dynamique du marché du véhicule électrique en Europe a nettement ralenti. Les coûts de financement, la volatilité des prix des batteries et les incertitudes industrielles ont pesé sur les levées de capitaux.
Loïc Branchereau, délégué du personnel au sein de l’entreprise, a expliqué que les investisseurs n’avaient pas été réunis pour soutenir l’initiative. Le projet devait également composer avec un désavantage structurel face aux industriels asiatiques.
La production européenne reste moins compétitive face aux raffineries de lithium chinoises, dont l’échelle industrielle et les coûts de production sont largement inférieurs.
La ruée vers le lithium continue pourtant en Alsace
L’échec de Viridian Lithium ne signifie pas l’abandon de la filière dans la région. L’Alsace demeure l’un des territoires européens où la présence de lithium dans les sous-sols attire l’attention des industriels.
Dans la commune de Schwabwiller, dans le Bas-Rhin, des projets d’extraction géothermique poursuivent leurs travaux. L’objectif consiste à récupérer du lithium dissous dans l’eau chaude présente à environ 2 400 mètres de profondeur.
Chaque mètre cube d’eau pompé contiendrait entre 100 et 150 grammes de sel de lithium, ressource stratégique pour l’électronique et les batteries modernes.
Un site d’exploitation pourrait produire 1 500 tonnes d’équivalent carbonate de lithium par an, volume représentant une part notable de la consommation française.
Les ambitions sont encore plus vastes. À terme, le Bas-Rhin pourrait couvrir près d’un tiers des besoins nationaux.
Entre promesses économiques et inquiétudes locales
L’exploitation géothermique du lithium s’accompagne d’une dimension énergétique. L’eau remontée du sous-sol atteint environ 150 °C, température permettant d’alimenter des réseaux de chauffage urbain.
Certains projets évoquent la possibilité de chauffer près de 20 000 logements grâce à cette ressource thermique.
La perspective d’une nouvelle filière industrielle suscite des attentes économiques. Restaurants, commerces et prestataires locaux observent déjà les retombées liées aux chantiers.
La situation reste néanmoins sensible auprès des habitants. Dans la région, certaines centrales géothermiques ont été associées à des microséismes, événements qui ont conduit à l’arrêt de plusieurs installations ces dernières années.
Des riverains ont signalé des fissures sur leurs habitations après des secousses de faible magnitude. Ces incidents alimentent un débat local sur les risques liés aux forages profonds.
Selon notre expert : Une accumulation silencieuse d’or par plusieurs acteurs majeurs pourrait annoncer un basculement financier que la plupart des investisseurs n’ont pas encore anticipé.
Une ambition industrielle française encore fragile
La stratégie française vise à bâtir une filière complète du lithium, depuis l’extraction jusqu’au raffinage. Les projections évoquent une production nationale pouvant atteindre 40 000 tonnes par an à l’horizon 2030.
Une telle capacité placerait la France parmi les producteurs significatifs au niveau mondial.
La disparition de Viridian Lithium illustre toutefois la difficulté à faire émerger des projets industriels dans une chaîne d’approvisionnement dominée par l’Asie.
La transition énergétique repose sur des ressources stratégiques, mais leur exploitation exige des financements massifs, une stabilité réglementaire et une compétitivité industrielle encore difficile à atteindre en Europe.
Sources : Boursorama - DNA
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