L'argent chute de 8,4% en une semaine, pénalisé par l'inflation américaine et les taux
L'argent recule de 8,4% en sept jours sous l'effet de l'inflation américaine et des taux réels. Décryptage des forces en jeu pour les épargnants.
Par Benjamin MARCONNET
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L'argent recule de 8,4% sur la semaine, sa pire performance depuis des mois
Le métal est passé de 1,738 à 1,601 euro le gramme en quatre séances
L'inflation américaine plus forte que prévu relance les anticipations de hausse de taux de la Fed
Un dollar plus faible n'a pas suffi à enrayer la baisse de l'argent
La hausse des taux réels durcit l'arbitrage pour les épargnants détenant ce métal sans rendement
Les détenteurs d'argent physique subissent une perte de valeur latente sans revenu compensatoire
Une semaine à -8,4% pour l'argent, la pire depuis des mois
D'une semaine sur l'autre, l'argent recule de 8,4%, selon nos relevés, alors que la semaine du 5 au 9 octobre 2026 s'était terminée quasiment à l'équilibre, à -0,2%. Ouvert lundi 12 octobre à 1,738 euro le gramme, le métal cote ce matin 1,601 euro, son plus bas de la semaine, soit -7,9% depuis l'ouverture sur quatre séances, pour une amplitude de 8,6%.
Sur un mois, la glissade atteint -9,7%, et sur sept jours le recul ressort à -5,6%. L'or, lui, résiste : +0,2% sur sept jours, +5,2% sur trois mois quand l'argent progresse à peine de 1,9% sur la même période selon un autre jeu de nos données. Le ratio or/argent, qui mesure combien d'onces d'argent il faut pour acheter une once d'or, grimpe à 74,1 aujourd'hui contre 67,4 il y a un mois, soit +10%. L'argent décroche par rapport à l'or depuis plusieurs semaines, pas seulement depuis hier.
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L'inflation américaine rebat les cartes du marché
La cause la plus documentée vient des États-Unis. Le Bureau of Labor Statistics a publié mercredi un indice des prix à la consommation plus chaud qu'attendu pour septembre : +0,6% sur un mois, soit 3,7% sur un an, contre un consensus à 3,6%. L'inflation sous-jacente ressort à 2,6% sur un an, au dessus des 2,5% espérés. Ces chiffres ont relancé les anticipations d'un geste plus ferme de la Fed lors de sa réunion des 27 et 28 octobre, la probabilité d'une hausse de taux remontant à environ 31,6% selon l'outil FedWatch du CME Group.
Une responsable de la Fed, Mary Daly, a adopté un ton plus ferme, insistant sur la persistance de l'inflation sous-jacente tout en appelant à la prudence dans le calendrier des décisions. Ce message compte pour l'argent, métal sans coupon : plus la perspective d'un relèvement des taux américains se précise, plus détenir du cash ou des obligations devient relativement attractif. C'est ce calcul qui a tempéré, en dollars, le rebond amorcé en début de semaine vers 56 dollars l'once après trois séances de baisse.
Un dollar plus faible ne suffit pas à stopper la chute
Logiquement, un dollar en recul devrait soutenir les métaux. C'est le cas ce matin : le Dollar Index cède 0,46% et l'EUR/USD gagne 0,04%, à 1,1222 dollar. Pourtant, l'argent converti en euros continue de s'éroder, preuve que l'effet devise n'explique qu'une part marginale du mouvement. Le pétrole WTI reste proche de ses niveaux récents, à 94,3 dollars le baril (+0,60%), sans détente franche susceptible de doper la demande industrielle du métal.
Le vrai frein se trouve du côté des taux réels. L'OAT 10 ans française affiche 4,44%, la BCE maintient son taux directeur à 2,65% et sa facilité de dépôt à 2,5%, niveaux fixés le 16 septembre 2026. Pour un épargnant en zone euro, l'arbitrage entre un placement rémunéré et un métal muet se durcit dès que l'incertitude monétaire grandit des deux côtés de l'Atlantique. C'est cette double nature de l'argent, à la fois valeur refuge et matière première industrielle (photovoltaïque, électronique), qui explique pourquoi il amplifie les mouvements de l'or dans les deux sens, cette semaine, à la baisse.
Ce que ce recul change pour un détenteur d'argent physique
Pour qui détient déjà du métal, cette semaine se traduit par une perte de valeur latente, sans aucun revenu pour l'amortir. Pour qui envisage d'en acquérir, le point d'entrée est mécaniquement plus bas qu'il y a huit jours. Ni bonne ni mauvaise nouvelle en soi : tout dépend de l'horizon de détention et de la fonction patrimoniale recherchée, diversification ou protection contre l'érosion monétaire plutôt que spéculation sur l'instant. La demande industrielle, elle, reste un paramètre de fond qui continuera de peser sur les équilibres de prix à moyen terme.
Risques et scénarios pour la semaine à venir
Les indicateurs techniques restent fragiles : un RSI à 32,36, proche de la zone de survente, et des résistances situées autour de 58 puis 62 dollars avant qu'une véritable inversion de tendance puisse se confirmer. Le rendez-vous le plus structurant reste la réunion de la Fed des 27 et 28 octobre. Un ton plus accommodant que redouté, ou une révision des chiffres d'inflation, pourrait inverser rapidement la dynamique, l'argent ayant déjà montré une capacité à rebondir aussi vite qu'il a chuté. À l'inverse, une confirmation du biais restrictif prolongerait la pression. Notre lecture du jour, celle d'un décrochage dicté davantage par les anticipations de taux américaines que par un vrai choc de demande, serait prise en défaut si le ratio or/argent continuait de grimper alors même que la Fed assouplirait son discours : ce serait le signe d'un problème propre à l'argent, et non plus seulement d'un effet taux.
Sources : BDOR
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