L'once d'argent repasse sous 53 euros, repli hebdomadaire de 2,8 % malgré un mois positif
L'once d'argent recule à 52,81 euros cette semaine, un décrochage de 2,8 % qui interroge sur la suite pour les épargnants détenteurs du métal.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L'once d'argent s'établit à 52,81 euros ce mercredi matin, en repli de 2,56 % en 24 heures
La variation hebdomadaire atteint -2,8 %, après une semaine précédente quasiment stable
Sur un mois, l'argent perd 3,5 %, mais il reste en hausse de 8,8 % sur trois mois
La composante industrielle du métal, photovoltaïque, électronique, automobile, le rend sensible aux anticipations de croissance
Les déclarations accommodantes de la Fed n'ont pas suffi à soutenir le cours cette semaine
L'attente du chiffre d'inflation américain pèse sur un métal qui ne verse aucun coupon
Une semaine qui referme la porte sous 53 euros l'once
L'once d'argent affiche 52,81 euros ce mercredi matin, un repli de 2,56 % en 24 heures. Le gramme s'établit à 1,698 euro ce 14 octobre à 7h45, contre 1,738 euro à l'ouverture de lundi, soit -2,3 % sur trois séances. Mais c'est la variation hebdomadaire complète qui compte : -2,8 % d'une semaine sur l'autre, après une semaine précédente quasiment stable à -0,2 %. L'accélération est nette, et tranche avec la tenue relative de l'or sur la même période.
Sur un mois, l'écart se creuse : l'argent perd 3,5 % quand l'or ne cède que 0,3 %. Mais à trois mois, l'argent gagne 8,8 % contre 6,8 % pour l'or. Ce double visage, repli marqué à court terme, avance conservée à plus long terme, dit la nature du métal : il surréagit, dans un sens comme dans l'autre, et c'est précisément ce qui s'est produit cette semaine.
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Le ratio or/argent grimpe à 70, l'argent perd du terrain
Le ratio or/argent, qui mesure combien d'onces d'argent il faut pour acheter une once d'or, s'établit ce mercredi à 70,2, contre 68,0 il y a un mois (+3,4 %). Un ratio qui monte signale que l'argent décroche par rapport à l'or : pendant que le métal gris recule de 2,8 % sur la semaine, l'or affiche une variation positive de 1,0 % selon nos relevés.
Cette divergence rappelle que l'argent se comporte rarement comme un simple sous-produit de l'or : sa composante industrielle, photovoltaïque, électronique, automobile, le rend plus sensible aux anticipations de croissance et de taux que l'or, valeur refuge plus pure. Quand les perspectives s'assombrissent, comme cette semaine avec les avertissements du FMI sur un ralentissement possible de l'investissement lié à l'intelligence artificielle et la montée de l'endettement, l'argent encaisse le double choc : celui du marché monétaire et celui de la demande industrielle anticipée.
La Fed se fait colombe, le dollar ne suit pas vraiment
Le président de la Fed de New York, John Williams, a indiqué mardi qu'une ultime hausse de taux restait envisageable d'ici la fin de l'année, sans prolongement attendu en 2027. Les contrats à terme suivis par CME FedWatch donnent 77 % de probabilité d'un statu quo ce mois-ci, et 88 % de chances d'une hausse en décembre. Un ton accommodant profite en théorie aux métaux sans rendement, en réduisant le coût d'opportunité de les détenir face aux obligations.
Pourtant le Dollar Index recule à peine, à 102,12 points (-0,09 % sur 24 heures), et l'euro ne progresse que de 0,26 % face au billet vert, à 1,1218 dollar. Ce quasi-statu quo monétaire explique pourquoi la baisse de l'argent ne vient pas d'un dollar fort : la pression est venue de l'attente autour de l'inflation américaine, attendue dans la journée. Un chiffre plus élevé que prévu referait monter les taux réels anticipés, ce qui pèserait de nouveau sur un métal sans coupon. Côté zone euro, le taux directeur de la BCE reste à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 % depuis mi-septembre, tandis que l'OAT à 10 ans évolue autour de 4,44 %, deux références qui fixent le coût d'opportunité pour un épargnant en euros.
Le pétrole grimpe, un paradoxe pour l'argent industriel
Le baril de WTI s'envole à 94,59 dollars (+2,98 % sur 24 heures), porté par l'escalade entre l'Arabie saoudite et les rebelles houthis soutenus par l'Iran. Les attaques contre des pétroliers dans la région alimentent les craintes de perturbation des approvisionnements, et cette tension énergétique renchérit les coûts de production industrielle, dont une partie consomme de l'argent (panneaux photovoltaïques, composants électroniques). À moyen terme, un pétrole durablement cher pourrait soutenir la demande industrielle de métal gris plutôt que la freiner, un paradoxe qui contredit en partie le repli constaté cette semaine.
Notre lecture, assumée : le décrochage de l'argent face à l'or tient davantage à un ajustement technique après la semaine précédente, presque plate à -0,2 %, qu'à un changement de fond dans la demande industrielle. Le ratio proche de 70 reste dans sa fourchette récente et ne traduit rien qui annoncerait une rupture durable. Cette lecture serait fausse si l'inflation américaine publiée ce mercredi surprenait nettement à la hausse : un relèvement marqué des anticipations de taux pourrait enclencher une correction plus large sur l'ensemble des métaux, l'argent en tête compte tenu de sa volatilité propre.
Les risques à surveiller d'ici la fin de semaine
Le marché attend l'indice des prix à la consommation américain de septembre, avec un consensus à 3,6 % sur un an pour l'indice global et 2,5 % pour le sous-jacent. Un dépassement referait grimper les taux réels anticipés et pèserait sur l'argent. À l'inverse, un chiffre conforme ou inférieur conforterait le scénario d'une pause prolongée de la Fed après une éventuelle dernière hausse, contexte porteur pour les métaux sans rendement. La réunion de décembre de la Fed reste l'échéance à surveiller, de même que l'évolution des tensions au large de la péninsule arabique, qui continue de soutenir les prix de l'énergie et, indirectement, les coûts industriels liés à l'argent.
Sources : BDOR
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