Le dollar recule malgré une inflation américaine plus forte que prévu
L'euro gagne légèrement face au dollar jeudi, malgré une inflation US supérieure aux attentes. La Fed temporise, la dette française pèse sur l'euro.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- Le dollar recule malgré une inflation américaine plus robuste que prévu
- Le mécanisme de transmission : du dollar à l'once, de l'once au gramme en euros
- Ce que cela change concrètement pour un épargnant qui achète en euros
- Une corrélation qui n'a rien d'automatique
- Ce qu'il faut surveiller dans les prochains jours
En bref
L'EUR/USD évolue autour de 1,1222 dollar jeudi matin, en légère hausse de 0,04 % sur 24 heures
Le Dollar Index cède 0,46 % malgré une inflation américaine de septembre ressortie à 3,7 % sur un an, au-dessus des attentes
La Fed de San Francisco évoque une possible hausse des taux, sans urgence pour la réunion d'octobre
L'euro reste bridé par les inquiétudes sur la dette française, l'OAT à 10 ans se négociant à 4,44 %
La BCE écarte tout achat ciblé de dette française, renvoyant Paris à ses efforts budgétaires
Le dollar recule malgré une inflation américaine plus robuste que prévu
L'EUR/USD évolue ce jeudi matin autour de 1,1222 dollar, en hausse de 0,04 % sur 24 heures, pendant que le Dollar Index cède 0,46 % à 102,11 points. L'indice des prix à la consommation américain de septembre, publié mercredi, a grimpé de 3,7 % sur un an, au-dessus des attentes (3,6 %). L'inflation sous-jacente ressort à 2,6 % sur un an, des chiffres qui auraient dû soutenir le billet vert en ravivant les anticipations de resserrement monétaire.
La présidente de la Fed de San Francisco, Mary Daly, a jugé mercredi que la banque centrale devra probablement relever ses taux pour contenir une inflation jugée trop élevée, tout en écartant l'urgence d'agir dès la réunion des 27 et 28 octobre. Côté européen, la monnaie unique reste bridée par les inquiétudes sur la dette française : les obligations hexagonales ont été parmi les plus touchées par la récente vague de ventes, et Christine Lagarde a renvoyé Paris à ses propres efforts de consolidation budgétaire, écartant tout achat ciblé de dette française par la BCE. L'OAT à 10 ans se négocie à 4,44 %, un niveau qui pèse sur la capacité de l'euro à profiter du repli du dollar.
A lire aussi : Comprendre pourquoi le dollar recule malgré une inflation plus forte que prévu aux États-Unis
Le mécanisme de transmission : du dollar à l'once, de l'once au gramme en euros
L'or se cote mondialement en dollars. Quand le Dollar Index recule, comme aujourd'hui avec ses 0,46 % de repli, l'once devient mécaniquement moins chère pour un acheteur hors zone dollar, ce qui soutient la demande et le cours. L'effet joue ce jeudi dans le sens haussier.
Pour un épargnant qui règle en euros, c'est la paire EUR/USD qui compte directement. Nos cours relevés ce matin situent l'or à 118,72 euros le gramme, soit 3692,76 euros l'once. En multipliant ce niveau par le taux de change de 1,1222, on obtient une contrevaleur proche de 4143 dollars l'once, chiffre qui bouge en premier sur les marchés internationaux. La parité EUR/USD, elle, n'a progressé que de 0,04 % aujourd'hui, un mouvement presque nul. La hausse de 0,3 % observée sur notre cours depuis la veille vient donc surtout du cours en dollars lui-même, porté par le repli plus large du billet vert.
Ce que cela change concrètement pour un épargnant qui achète en euros
Une variation de l'EUR/USD ne se répercute jamais à l'identique sur le prix en euros, car le cours en dollars de l'or bouge lui aussi, souvent dans un sens qui amplifie ou annule l'effet de change. Ce matin, les deux forces vont dans le même sens, dollar faible et or en dollars qui monte, ce qui explique une séance plutôt ferme : notre cours est passé de 118,307 euros à l'ouverture à 118,952 euros au plus haut, avant de revenir à 118,725 euros.
L'horizon plus large tempère l'enthousiasme. Sur la semaine du 12 au 15 octobre, incomplète à ce stade, l'or en euros affiche un repli de 1,2 % depuis l'ouverture de lundi et une variation de 1,4 % en moins par rapport à la semaine précédente, qui avait pourtant progressé de 1,6 %. Le dollar n'a donc pas empêché l'or de reculer en euros sur la semaine, preuve que d'autres forces, notamment les anticipations autour de la Fed, ont pesé davantage que la seule parité.
Une corrélation qui n'a rien d'automatique
Associer mécaniquement dollar faible et or en hausse serait une erreur d'analyse. La relation se brise régulièrement, et plusieurs ingrédients réunis aujourd'hui pourraient la fausser. Une aggravation des tensions sur la dette française, avec une OAT à 10 ans déjà à 4,44 % face à un taux directeur de la BCE à 2,65 % et une facilité de dépôt à 2,5 %, pourrait peser sur l'euro sans que le dollar ne se renforce face aux autres devises. L'or en euros grimperait alors même si le Dollar Index reste stable.
L'inverse est tout aussi possible. Si la Fed opte finalement pour une hausse de taux lors de sa réunion des 27 et 28 octobre, probabilité estimée à 31,6 % par l'outil FedWatch du CME Group, le dollar pourrait regagner du terrain et l'or en dollars reculer malgré une parité EUR/USD stable. Un choc géopolitique produirait un effet encore plus brouillé : dollar et or montant simultanément, invalidant toute lecture binaire fondée sur la seule parité.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains jours
Deux publications américaines attendues ce jeudi, l'indice des prix à la production et les ventes au détail de septembre, vont affiner la trajectoire du dollar avant la réunion de la Fed. Sur le plan technique, l'EUR/USD évolue sous sa moyenne mobile à 100 jours, avec une première résistance autour de 1,1295 puis une zone plus dense vers 1,1475, et un support identifié près de 1,1090. Un franchissement de la résistance allégerait mécaniquement le prix de l'or en euros, tandis qu'une cassure du support produirait l'effet inverse.
La réunion de la Fed des 27 et 28 octobre reste l'échéance qui tranchera la plupart de ces hypothèses. D'ici là, la prudence consiste à lire chaque mouvement de l'or en euros en distinguant ce qui relève du dollar, de la parité proprement dite, et des tensions propres à la dette française.
Sources : BDOR
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