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L'argent décroche deux fois plus vite que l'or, le ratio entre les deux métaux monte à 68,8

L'argent métal recule de 5,3 % sur la semaine, pénalisé par la hausse des rendements obligataires américains et un dollar plus fort.

Temps de lecture : 4 minutes

L'argent décroche deux fois plus vite que l'or, le ratio entre les deux métaux monte à 68,8

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En bref

  • L'once d'argent cote 53,52 euros jeudi matin, en recul de 0,84 % sur 24 heures

  • Sur la semaine, le métal gris cède 5,3 %, un repli qui s'accélère par rapport aux semaines précédentes

  • Sur un mois, la baisse atteint 3,2 %, deux fois plus marquée que celle de l'or

  • La hausse des rendements obligataires américains à long terme pénalise l'argent, qui ne verse aucun revenu

  • Le dollar, en hausse, amortit partiellement la baisse pour les acheteurs en euros

  • Le ratio entre l'or et l'argent progresse à 68,8, signe que l'argent sous-performe nettement l'or

Une semaine qui efface le rebond de lundi

L'once d'argent cote ce jeudi matin 53,52 euros, en recul de 0,84 % sur 24 heures, et le gramme s'affiche à 1,721 euro selon nos relevés de 10h44. Ce qui compte, c'est la trajectoire de la semaine : ouverture lundi à 1,715 euro, plus haut à 1,742, plus bas à 1,715, et une clôture hebdomadaire à -5,3 %. La semaine précédente avait déjà cédé 0,6 % pour l'or et 1,9 % pour l'argent : la baisse s'accélère, elle ne s'inverse pas.

Depuis l'ouverture de lundi, le trajet affiché est de +0,3 %, un chiffre qui ne contredit pas la variation hebdomadaire de -5,3 % : la semaine de référence n'est pas close sur ces quatre séances, et le repli le plus brutal s'est produit en amont. Sur un mois, le recul atteint 3,2 % pour l'argent, contre 1,4 % pour l'or : le métal gris encaisse deux fois plus fort un mouvement de fond qui dépasse largement la séance du jour.

A lire aussi : Pourquoi le métal gris décroche plus fort que l'or face à la remontée des taux américains

Les rendements américains à vingt ans, le vrai moteur de la semaine

La cause de ce repli se trouve outre Atlantique, dans les obligations souveraines américaines. Le rendement à 10 ans y a atteint cette semaine un plus haut de deux décennies, proche de 5,3 %. Un argent qui ne verse aucun coupon se compare toujours à ce que rapporte l'argent placé : quand un emprunt d'État américain sert un rendement garanti aussi élevé, détenir du métal devient mécaniquement moins attractif. C'est la force qui explique le décrochage de la semaine.

Paradoxe : les anticipations sur la Réserve fédérale se sont pourtant assouplies, la probabilité d'un statu quo monétaire en octobre passant à 62,4 %, contre 29 % une semaine plus tôt, après des propos du président de la Fed de New York écartant toute urgence à baisser les taux. Des analystes de TD Securities estiment malgré tout qu'une hausse reste possible en octobre, la combinaison d'une croissance robuste et de risques inflationnistes continuant de dominer la lecture de la banque centrale. Le marché obligataire monte parce que l'économie américaine résiste, et c'est ce scénario qui pénalise le plus un métal sans rendement.

Le dollar amortit la chute côté euro, le ratio or/argent trahit le décrochage

Le Dollar Index gagne 0,62 % sur 24 heures et l'EUR/USD recule à 1,1306 dollar, en repli de 0,48 %. Les métaux se cotant en dollars, cette appréciation du billet vert amortit mécaniquement la baisse pour un acheteur en euros : le repli de 0,84 % observé sur l'once en euros serait plus marqué sans ce jeu de parités. C'est un amortisseur, pas une protection : sur un mois, la baisse de 3,2 % en euros reste significative.

Le ratio or/argent apporte l'éclairage le plus net. Il s'établit aujourd'hui à 68,8 onces d'argent pour une once d'or, contre 67,5 il y a un mois, soit une hausse de 1,9 %. Un ratio qui monte signifie que l'argent sous-performe l'or, ce que confirment les chiffres : -2,0 % pour l'argent sur 7 jours contre une variation bien plus modérée pour l'or. Cette sous-performance tient à la double nature du métal gris, à la fois monétaire et industriel. Quand les taux réels montent et que la croissance américaine résiste, la composante monétaire de l'argent souffre comme celle de l'or, mais sa composante industrielle, liée au photovoltaïque et à l'électronique, n'apporte aucun soutien compensatoire. L'argent amplifie donc le mouvement dans les deux sens, et cette semaine, c'est à la baisse.

Ce qui peut changer la donne la semaine prochaine

Le catalyseur annoncé est connu : les chiffres de l'emploi américain de septembre, publiés vendredi, sont présentés comme le prochain déclencheur d'un mouvement significatif sur l'argent. Un chiffre faible renforcerait les anticipations de baisse des taux et pourrait inverser la pression haussière sur les rendements obligataires, donc soulager le métal. Un chiffre robuste confirmerait au contraire la lecture d'une Fed patiente, et prolongerait la hausse des rendements qui pèse sur l'argent.

Côté européen, le taux directeur de la BCE à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 % restent nettement inférieurs aux niveaux américains, tandis que l'OAT à 10 ans évolue autour de 4 %. Cet écart de rendement explique pourquoi la pression baissière sur l'argent est d'abord un phénomène américain, que l'Europe subit par ricochet via le dollar plutôt que par ses propres taux. Notre lecture reste prudente : la baisse hebdomadaire est réelle, mais la progression de 5,7 % sur trois mois rappelle que l'argent reste, sur un horizon plus large, dans une tendance ascendante que cette semaine n'a pas effacée. Si les chiffres de l'emploi américain surprennent à la baisse vendredi, ce repli pourrait se révéler être une pause plutôt qu'un retournement durable.

Sources : BDOR

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