L'or reste bloqué sous 4 200 dollars l'once, freiné par la remontée des rendements américains
En euros, l'or perd 2,2 % sur la semaine malgré une stabilisation en dollars, la hausse du billet vert et des taux américains expliquant cet écart.
Par Cécile DOERFLINGER
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L'or recule de 2,2 % en euros sur la semaine, après -0,6 % la semaine précédente
En dollars, l'once d'or reste stable sous le seuil des 4200 dollars
Le Dollar Index progresse de 0,62 % tandis que l'euro recule face au dollar
La hausse des rendements obligataires américains renforce l'attractivité du dollar
L'écart entre politique monétaire américaine et européenne accentue la faiblesse de l'euro
Une semaine négative qui ne remet pas en cause la tendance haussière de l'or sur plusieurs mois
Une semaine qui recule malgré une or stabilisée en dollars
Entre lundi et jeudi, nos relevés situent l'or à l'ouverture à 116,36 euros le gramme, pour un dernier cours ce matin à 118,34 euros, soit 3680,8 euros l'once. Le plus haut de la semaine s'établit à 118,50 euros, le plus bas à 116,36 euros, une amplitude de 1,8 % qui traduit une semaine agitée mais sans rupture nette. Le chiffre qui compte vraiment pour un détenteur d'or physique, c'est la variation hebdomadaire : -2,2 %, après une semaine précédente déjà négative à -0,6 %. Deux semaines de suite dans le rouge, cela mérite qu'on s'y arrête.
Ce repli en euros tranche avec la situation décrite outre-Atlantique, où l'once d'or en dollars bute sous le seuil des 4200 dollars sans parvenir à le franchir durablement. L'écart entre les deux lectures n'a rien d'un mystère : il se joue sur la parité. Un épargnant français qui regarde seulement le cours en dollars croit à une stabilisation. Celui qui regarde sa cotation en euros constate un recul de plus de deux points en quatre séances. C'est la même matière, mais deux histoires différentes selon la devise de référence, et c'est précisément ce que nos relevés permettent de distinguer.
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Le dollar, moteur principal du repli, plus que l'or lui-même
Le Dollar Index s'affiche à 101,83 points ce jeudi, en progression de 0,62 % sur 24 heures, pendant que l'EUR/USD recule de 0,48 % à 1,1306 dollar. Ce mouvement n'est pas isolé : il s'inscrit dans une semaine où les rendements obligataires américains ont continué de grimper, portés par des craintes d'inflation liées au pétrole et par une révision à la hausse de la croissance américaine du deuxième trimestre. Un dollar qui se renforce rend l'or plus cher pour les détenteurs d'autres devises, et c'est mécaniquement ce qui pèse sur le cours en euros, même quand l'once en dollars tient son palier.
Le contexte américain évoqué cette semaine reste tendu : des anticipations de marché continuent de donner une probabilité élevée à un relèvement des taux américains d'ici la fin de l'année, malgré un indice des prix des dépenses de consommation personnelles ressorti sous les attentes. Le président de la Fed de New York a tenu des propos jugés conciliants, mais cela n'a pas suffi à calmer la remontée des rendements. En zone euro, le contraste est net : le taux directeur de la BCE reste à 2,65 % et la facilité de dépôt à 2,5 %, avec une OAT à 10 ans à 4 %, un écart de politique monétaire qui alimente lui aussi la faiblesse de l'euro face au dollar.
L'argent décroche deux fois plus vite, le ratio le confirme
L'argent affiche une variation hebdomadaire de -5,3 %, après -1,9 % la semaine précédente, un repli bien plus sévère que celui de l'or. Nos relevés situent l'ouverture de lundi à 1,715 euro le gramme et le dernier cours à 1,721 euro, avec un plus haut à 1,742 euro et un plus bas à 1,715 euro. Le ratio or/argent grimpe à 68,8 onces d'argent pour une once d'or ce jeudi, contre 67,5 il y a un mois, soit une progression de 1,9 %. Un ratio qui monte signale que l'argent sous-performe l'or, et c'est exactement ce que montre la semaine écoulée.
Cette double nature de l'argent, à la fois métal monétaire et matière industrielle utilisée dans le photovoltaïque et l'électronique, explique pourquoi il amplifie les mouvements de l'or dans les deux sens. Quand le dollar se renforce et que les craintes portent sur la demande industrielle mondiale plutôt que sur le seul refuge monétaire, l'argent encaisse plus durement. Sur trois mois, pourtant, l'argent reste en avance avec +5,7 % contre +4,8 % pour l'or, ce qui rappelle qu'une semaine difficile ne défait pas une tendance de fond, et qu'il faut toujours regarder plusieurs horizons avant de se prononcer.
Notre lecture, et ce qui pourrait la contredire
Notre lecture de la semaine est celle d'un or qui ne faiblit pas structurellement, mais qui subit un effet de change puissant. Le dollar s'approche de ses plus hauts de l'année, porté par des rendements américains élevés et par un climat géopolitique tendu entre Washington et Téhéran qui favorise la devise refuge plus que le métal lui-même. Cette lecture serait prise en défaut si les chiffres de l'emploi américain attendus vendredi s'avéraient nettement plus faibles qu'anticipé : un ralentissement marqué du marché du travail changerait les anticipations sur la Fed, affaiblirait le dollar et redonnerait de l'air à l'or en euros.
La semaine qui s'ouvre comportera aussi l'indice ISM manufacturier et une série d'interventions de responsables de la Fed, deux éléments capables de faire bouger le dollar et donc la cotation en euros sans qu'un seul chiffre sur l'or lui-même n'ait changé. Pour un épargnant qui détient de l'or physique, la leçon de la semaine tient en une phrase : le cours en euros ne raconte pas seulement l'offre et la demande de métal, il raconte aussi, et parfois surtout, ce que fait la monnaie dans laquelle on le mesure.
Sources : BDOR
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