L'argent recule de 5,9 % en une semaine, pénalisé par les taux et le dollar
L'argent chute de 5,9 % en sept jours, freiné par la remontée des taux américains et la solidité du dollar. Analyse des causes de ce repli.
Par Enzo BECHER
Temps de lecture : 5 minutes

Sommaire
- Une semaine de recul marqué, la chute atteint 5,9%
- La Fed hawkish et la remontée des taux pèsent sur un actif sans coupon
- Le dollar et le pétrole, deux forces qui jouent contre l'argent
- Le ratio or/argent trahit une sous-performance industrielle
- La semaine à venir, PCE et emploi américain en ligne de mire
En bref
L'once d'argent recule de 5,9 % sur sept jours, une baisse plus rapide que celle de l'or
La perspective d'une nouvelle hausse des taux américains pèse sur l'argent, actif qui ne verse aucun revenu
La remontée des rendements obligataires alourdit le coût de détention du métal
Le dollar reste solide, ce qui accentue la pression sur le cours de l'argent
Le ratio entre l'or et l'argent se dégrade, signe d'une faiblesse relative du métal blanc
Sur trois mois, l'argent conserve toutefois une performance supérieure à celle de l'or
Une semaine de recul marqué, la chute atteint 5,9%
L'once d'argent s'échange ce lundi 28 septembre à 54,17 euros, en repli de 4,65% sur 24 heures selon nos relevés du matin. Le gramme, mesuré à 07h51, s'établit à 1,742 euro, contre une ouverture à 1,805 euro. L'amplitude de séance ressort à 3,6%, signe de la nervosité du marché depuis l'ouverture asiatique.
Sur sept jours, la baisse atteint 5,9%, contre 3% pour l'or. Sur un mois, l'écart persiste : -5,5% pour l'argent contre -4,5% pour l'or, soit une chute quasiment deux fois plus rapide. Sur trois mois en revanche, l'argent conserve une progression de 7%, supérieure aux 4,5% de l'or : le repli récent efface une partie d'un été resté favorable au métal blanc.
A lire aussi : Pourquoi l'argent décroche plus vite que l'or cette semaine
La Fed hawkish et la remontée des taux pèsent sur un actif sans coupon
La Fed a relevé son taux directeur mi-septembre 2026, première hausse en trois ans, et plusieurs responsables évoquent un nouveau tour de vis avant fin d'année. John Williams (Fed de New York) et Beth Hammack (Fed de Cleveland) jugent les risques d'inflation toujours orientés à la hausse, tandis que la Fed de Philadelphie évoque un resserrement supplémentaire si l'inflation ne ralentit pas. Selon FedWatch (CME Group), le marché attribue 68 à 70% de probabilité à une hausse en octobre.
Les taux obligataires confirment ce climat : l'OAT 10 ans française évolue autour de 4%, la BCE maintenant son taux directeur à 2,65% et sa facilité de dépôt à 2,5%. Plus les rendements progressent, plus le coût d'opportunité de détenir un actif sans coupon s'alourdit, mécanique qui frappe davantage l'argent, plus volatil que l'or, et explique l'essentiel de l'écart de performance de la semaine.
Le dollar et le pétrole, deux forces qui jouent contre l'argent
Le Dollar Index se maintient à 101,15 points (+0,05% sur 24h), l'euro cédant 0,07% face au billet vert à 1,1381 dollar. Ce dollar résilient s'appuie sur la géopolitique : le président américain a rejeté ce week-end une proposition iranienne de réouverture du détroit d'Ormuz et évoqué de nouvelles frappes avant les élections de mi-mandat, tandis que les Houthis poursuivent leurs attaques contre l'Arabie saoudite. Le WTI bondit de 2,35% à 94,33 dollars le baril, nourrissant les craintes d'inflation importée et le scénario d'une Fed plus stricte.
Pour un épargnant en euros, la stabilité relative du dollar limite l'ampleur du repli. Mais l'engrenage reste défavorable à l'argent : hausse du pétrole, crainte inflationniste, dollar refuge, tout converge dans le même sens. C'est cette combinaison de facteurs, plutôt qu'un seul élément isolé, qui explique la violence du mouvement cette semaine.
Le ratio or/argent trahit une sous-performance industrielle
Le ratio or/argent grimpe à 67,8 onces d'argent pour une once d'or, contre 67,1 un mois plus tôt (+1%), confirmant le décrochage de l'argent face à l'or. L'explication tient à sa double nature : valeur monétaire et matière première industrielle (photovoltaïque, électronique), l'argent réagit plus fortement aux anticipations de ralentissement liées au resserrement monétaire américain.
Sur le marché physique français, la cotation officielle du 25 septembre montre un lingot d'or 1 kg à 121 400 euros (+2,6% sur la séance, -3% sur un mois), et une once lingotin à 3 914 euros (-8,5% sur un mois). Même l'or montre des signes d'essoufflement à moyen terme : le repli de l'argent s'inscrit dans un retournement plus large des métaux, amplifié par sa composante industrielle.
La semaine à venir, PCE et emploi américain en ligne de mire
Le calendrier américain place cette semaine sous surveillance : indice des prix PCE et révision finale du PIB du T2 mercredi, rapport sur l'emploi vendredi. Ces publications pèseront directement sur la probabilité de 68-70% actuellement pricée pour une hausse en octobre. Une inflation confirmée et un emploi solide renforceraient le scénario d'un resserrement supplémentaire, prolongeant la pression sur l'argent ; des chiffres plus faibles pourraient au contraire offrir un répit au métal.
Notre lecture est que ce repli s'explique par un alignement inhabituel de facteurs baissiers plutôt que par un seul choc. Elle pourrait toutefois se révéler prématurée : un apaisement des tensions autour de l'Iran ferait refluer le pétrole, désamorçant le narratif inflationniste qui soutient le dollar. Un tel scénario retirerait un appui majeur à la thèse haussière sur les taux, et l'argent, souvent le premier à corriger, pourrait aussi être le premier à rebondir. Rien n'est acquis, ce qui rend cette semaine déterminante pour la suite du mouvement.
Sources : BDOR
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