L’or chute encore : la menace de la Fed déclenche une correction qui inquiète les marchés
L'or recule de 3 % sur sept jours et poursuit sa correction lundi, pénalisé par les perspectives de nouvelle hausse des taux de la Fed.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'or cède 3 % sur la semaine et poursuit son repli lundi matin
L'once passe de 120,53 à 118,05 euros en quelques heures
La probabilité d'une hausse des taux de la Fed en octobre atteint 68 %
Plusieurs responsables de la Fed jugent les risques inflationnistes toujours élevés
Le dollar résiste mieux que l'euro, ce qui amplifie la baisse vue depuis l'Europe
Le rythme de la baisse ralentit nettement sur les trois dernières heures
Une semaine qui efface un mois de hausse
L'or a rendu une bonne partie de ses gains récents : -3,0 % sur sept jours, et -5,9 % pour l'argent sur la même période. Ce lundi 28 septembre, la correction se poursuit : l'once est passée de 120,53 à 118,05 euros en quelques heures, soit -2,1 %, signe d'une pression vendeuse continue plutôt que d'un accident de séance.
Ramené au gramme, l'or s'échange à 118,05 euros, contre une clôture de la veille supérieure de 2,4 %. Le rythme de baisse ralentit toutefois nettement sur les trois dernières heures, limité à 0,4 %, ce qu'il faudra surveiller à l'ouverture des marchés américains.
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La Fed derrière la correction
Mi-septembre 2026, la Fed a relevé son taux directeur pour la première fois en trois ans, et plusieurs responsables ont depuis laissé entendre qu'un nouveau tour de vis pourrait intervenir avant la fin de l'année. Les marchés à terme, via l'outil FedWatch du CME Group, placent désormais autour de 68 % la probabilité d'une hausse supplémentaire en octobre, ce qui pèse mécaniquement sur l'or, actif sans coupon moins attractif quand l'argent placé rapporte davantage.
Le président de la Fed de New York, John Williams, comme sa collègue de Cleveland, Beth Hammack, ont averti que les risques inflationnistes restaient orientés à la hausse, tandis que la présidente de la Fed de Philadelphie, Anna Paulson, a évoqué un resserrement supplémentaire si l'inflation ne ralentit pas. En zone euro, la BCE maintient son taux directeur à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 %, avec un OAT français à 10 ans à 4 %. Cet écart de discours explique en partie pourquoi le dollar résiste mieux que l'euro.
Dollar, pétrole et tensions au Moyen-Orient pèsent doublement
Le Dollar Index évolue à 101,15 points, en légère hausse de 0,05 % sur vingt-quatre heures, pendant que l'euro cède 0,07 % face au billet vert à 1,1381 dollar. Ces variations modestes s'additionnent à la baisse en dollars de l'or pour amplifier le repli vu depuis l'Europe.
La géopolitique ajoute une couche supplémentaire, de façon paradoxale. Le week-end a été marqué par un raidissement du dossier iranien, avec un rejet américain d'une proposition de réouverture du détroit d'Ormuz, et une allusion à de possibles nouvelles frappes militaires avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Les attaques houthies contre l'Arabie saoudite entretiennent ce climat tendu. Ce type de tension devrait soutenir l'or en tant que valeur refuge, mais elle nourrit surtout les prix du pétrole, ce qui renforce les craintes d'inflation importée, conforte la Fed dans son discours ferme, et profite au dollar. La prime de risque géopolitique se retrouve ainsi captée par le billet vert et le brut, pas par le métal.
L'argent décroche plus vite que l'or
Nos relevés situent l'argent à 1,742 euro le gramme, avec une baisse de 5,9 % sur la semaine et de 5,5 % sur un mois, contre respectivement 3,0 % et 4,5 % pour l'or. Le ratio or/argent grimpe ainsi à 67,8 contre 67,1 il y a un mois, soit +1,0 %, confirmant la sous-performance de l'argent.
Cette sensibilité accrue tient à la double nature du métal : placement monétaire sensible aux mêmes anticipations de taux que l'or, mais aussi métal industriel, photovoltaïque, électronique, véhicules électriques. Quand les perspectives de croissance se tendent sous l'effet d'un pétrole cher et d'une Fed restrictive, l'argent encaisse le double choc, monétaire et industriel.
Ce que la correction change pour un détenteur de lingots
La cotation officielle française du 25 septembre 2026 nuance le tableau pour un détenteur de métal physique. Le lingot d'or 1 kg s'établissait à 121 400 euros, en hausse de 2,6 % sur la séance mais en retrait de 3,0 % sur un mois, avec une progression de 8,6 % sur trois mois. L'once lingotin, à 3 914 euros, affichait un recul de 8,5 % sur un mois, mais conserve 5,2 % de hausse sur trois mois. Le lingot 100 grammes, quasi stable sur la séance à 12 800 euros, recule de 0,2 % sur un mois, pour un gain de 4,9 % sur trois mois.
Ce décalage entre la correction hebdomadaire et la tenue du mouvement sur trois mois montre que la volatilité de septembre ne renverse pas la tendance installée depuis l'été, ce qui distingue une correction d'un retournement.
Les risques de la semaine à venir
Le calendrier économique américain va rythmer les prochains jours. L'indice des prix PCE et la révision finale du PIB du deuxième trimestre sont attendus mercredi, avant le rapport sur l'emploi non agricole vendredi, deux publications qui pèseront directement sur les anticipations de hausse de taux de la Fed. Plusieurs membres du comité de politique monétaire doivent également s'exprimer, et chaque déclaration jugée plus ferme ou plus prudente pourrait faire bouger l'or plus nettement que la donnée elle-même.
Notre lecture reste que la pression vient d'abord des taux et du dollar, plus que d'un désamour durable pour le métal. Mais cette analyse serait mise en défaut si l'inflation américaine surprenait nettement à la baisse mercredi, ce qui retirerait une bonne part de la justification à un nouveau tour de vis en octobre. À l'inverse, une escalade réelle autour du détroit d'Ormuz, au-delà des postures verbales actuelles, pourrait finir par profiter à l'or en tant que refuge, même face à un dollar fort. C'est cette incertitude, plus que la baisse elle-même, qui définit la semaine qui s'ouvre.
Sources : BDOR
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