Ouzbékistan : 50 tonnes d'or en 8 mois, la stratégie anti-dollar s'accélère
L'Ouzbékistan porte ses réserves d'or à 90 % après 8 tonnes achetées en un mois. Ce que ce mouvement dit du cours de l'or ce vendredi.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 3 minutes

Sommaire
- L'Ouzbékistan porte ses réserves en or à 90 %, un geste qui pèse sur le marché mondial
- L'or à 3738 euros l'once ce vendredi, une séance qui confirme l'appétit institutionnel
- Ce que la dédollarisation des banques centrales change pour l'épargnant français
- La limite du raisonnement : un mouvement qui peut se retourner
En bref
La Banque centrale d'Ouzbékistan a acheté 8 tonnes d'or sur le seul mois en cours
Ses achats depuis le début de l'année atteignent près de 50 tonnes
L'or représente désormais 90 % des réserves totales du pays, soit environ 439 tonnes
L'once d'or cote 3738,2 euros ce vendredi 9 octobre 2026, en hausse de 1,38 % sur 24 heures
Nos relevés du matin montrent une progression de 1,5 % depuis la clôture de jeudi
L'Ouzbékistan porte ses réserves en or à 90 %, un geste qui pèse sur le marché mondial
Huit tonnes d'or. C'est le volume acquis par la Banque centrale d'Ouzbékistan sur le seul mois en cours, un rythme d'achat qui porte le total accumulé depuis le début de l'année à près de 50 tonnes. Le chiffre, en soi, resterait anecdotique s'il ne s'inscrivait pas dans une trajectoire bien plus ancienne : l'or compose désormais 90 % des réserves totales du pays, soit environ 439 tonnes logées dans les coffres de Tachkent.
Un pays qui choisit de concentrer neuf dixièmes de ses réserves de change dans un métal sans contrepartie, sans rendement, sans risque de contrepartie bancaire, envoie un message qui dépasse ses frontières. Ce n'est pas une anomalie isolée. C'est la poursuite d'un mouvement que les banques centrales de plusieurs économies émergentes entretiennent depuis des mois, et qui structure, achat après achat, la demande mondiale de métal physique. Un épargnant qui observe ce genre de décision depuis la France n'a pas besoin de la comprendre dans ses moindres détails géopolitiques pour en saisir la portée : quand les institutions les plus prudentes du monde préfèrent l'or aux devises, elles disent quelque chose sur la confiance qu'elles accordent, ou pas, aux monnaies de réserve traditionnelles.
L'or à 3738 euros l'once ce vendredi, une séance qui confirme l'appétit institutionnel
Nos cours relevés ce matin situent l'once d'or à 3738,2 euros, en progression de 1,38 % sur les dernières 24 heures. La séance du jour, suivie par nos soins entre 00h20 et 10h22, montre une ouverture à 118,481 euros le gramme suivie d'une montée jusqu'à 120,187 euros, soit une amplitude de 1,4 % en quelques heures. Depuis la clôture de jeudi, la hausse atteint 1,5 %, avec un palier observé sur les trois dernières heures autour de 0,1 % seulement, signe que le marché digère l'information plutôt qu'il ne s'emballe sans retenue.
Ce décrochage matinal ne naît pas de nulle part. Les achats de banques centrales agissent comme un plancher structurel sur le marché de l'or : ils retirent du métal disponible sans logique de court terme, à la différence des flux spéculatifs qui entrent et sortent au gré des anticipations de taux. Quand une institution comme celle de l'Ouzbékistan annonce un tel niveau de concentration, elle confirme aux autres opérateurs que la demande officielle reste robuste, et cela suffit parfois à soutenir un cours déjà bien orienté depuis plusieurs semaines.
Ce que la dédollarisation des banques centrales change pour l'épargnant français
Un épargnant détenant de l'or physique en France ne vit pas la décision ouzbèke comme un événement lointain. Elle fait partie d'un ensemble de signaux qui, additionnés, expliquent pourquoi la demande pour l'or reste tendue depuis le début de l'année. Les banques centrales n'achètent pas pour spéculer sur quelques semaines. Elles accumulent sur des années, avec une logique de diversification des réserves qui rend leurs achats peu sensibles aux variations de taux d'intérêt ou aux annonces monétaires occidentales.
Pour un détenteur d'or sous forme de lingots ou de pièces, ce mouvement renforce une tendance de fond plutôt qu'il ne crée un choc immédiat. L'intérêt n'est pas dans la réaction d'un jour, mais dans la constance d'une demande institutionnelle qui s'ajoute à la demande privée. Cela ne garantit aucune trajectoire future du cours, et ce serait une erreur de le présenter ainsi. Mais cela confirme que le métal conserve un rôle de réserve stratégique pour des acteurs qui n'ont aucun intérêt commercial à le vanter.
La limite du raisonnement : un mouvement qui peut se retourner
Toute lecture mérite sa contradiction. Un pays comme l'Ouzbékistan, dont l'économie reste de taille modeste à l'échelle mondiale, ne pèse pas assez seul pour expliquer durablement un mouvement de prix sur un marché aussi large que celui de l'or. Si d'autres grandes banques centrales ralentissaient leurs achats, ou si elles décidaient de vendre une partie de leurs réserves pour financer des besoins budgétaires, le soutien structurel observé ces derniers mois pourrait s'éroder rapidement. La hausse de 1,5 % constatée ce vendredi depuis la clôture de jeudi tient aussi à des facteurs de marché plus immédiats, taux réels, dollar, anticipations monétaires, qui n'ont rien à voir avec l'Ouzbékistan.
La prudence recommande donc de ne pas transformer un achat régional en certitude universelle. Ce que l'on peut affirmer, en revanche, c'est que la concentration de 90 % des réserves ouzbèkes en or illustre un choix institutionnel assumé, documenté, et qu'il s'ajoute à une série d'autres décisions similaires observées chez plusieurs banques centrales ces dernières années. L'accumulation de ces signaux, plus que chacun pris isolément, constitue la donnée la plus solide pour comprendre pourquoi l'or garde, aujourd'hui, une place singulière dans les réserves mondiales.
Sources : BDOR
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