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Pourquoi les banques centrales déplacent-elles leurs réserves d'or ?

L'or dépasse 3738 € l'once ce vendredi pendant que les banques centrales réorganisent leurs réserves vers plus de liquidité, loin d'une vente.

Temps de lecture : 3 minutes

Pourquoi les banques centrales déplacent-elles leurs réserves d'or ?

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En bref

  • L'once d'or s'échange ce vendredi 9 octobre 2026 autour de 3738 euros, en hausse d'environ 1,4% sur 24 heures selon nos relevés du matin, après une séance qui a démarré en nette accélération dès l'ouverture.

  • La banque centrale néerlandaise a transféré près de 86 tonnes d'or de New York et Ottawa vers Londres entre mars et août 2026, portant la part londonienne de ses réserves à 32,1% contre 18,1% auparavant.

  • La France a cédé 129 tonnes d'or détenues à New York en 2025 et 2026 pour acquérir un volume équivalent en Europe, sans qualifier l'opération de rapatriement physique.

  • L'enquête 2026 du World Gold Council montre que 45% des banques centrales interrogées prévoient d'augmenter leurs réserves d'or dans les douze prochains mois, un niveau record, contre seulement 1% anticipant une baisse.

  • Ces déplacements traduisent une recherche d'accessibilité et de liquidité en cas de crise, pas une intention de vendre.

L'or franchit un nouveau palier ce vendredi 9 octobre

Nos relevés de ce vendredi 9 octobre 2026 à 10h22 situent l'once d'or à 3738,2 euros, soit 120,19 euros le gramme, soit +1,38% sur 24 heures et +1,5% depuis la clôture de jeudi. Entre 00h20 et 10h22, le plus bas de la nuit (118,481 euros le gramme) a rapidement cédé la place à un plus haut de séance de 120,187 euros.

Cette accélération survient alors qu'une analyse du World Gold Council documente un mouvement de fond chez les banques centrales : elles réorganisent la localisation physique de leurs réserves, signe d'une confiance institutionnelle qui ne se dément pas.

A lire aussi : L'or frôle un nouveau palier historique ce vendredi pendant que les grandes banques centrales rebattent discrètement les cartes de leurs réserves mondiales, un ballet financier qui en dit long sur la nervosité ambiante des marchés.

Pourquoi la Banque centrale néerlandaise a bougé 86 tonnes d'or

Le 2 septembre 2026, De Nederlandsche Bank a annoncé avoir transféré environ 86 tonnes d'or de New York et d'Ottawa vers Londres, entre mars et août, pour améliorer la liquidité et la négociabilité de ses réserves et renforcer sa préparation face à une crise sévère. La part londonienne est passée de 18,1% à 32,1%, dépassant désormais la part détenue sur le sol néerlandais (30,8%) : Londres devient la première place de stockage de l'or des Pays-Bas.

Environ 59 tonnes ont été vendues à New York puis remplacées par de l'or directement négociable à Londres. Plus de 27 tonnes ont été physiquement acheminées d'Amérique du Nord vers le site néerlandais de Zeist, puis un volume comparable a rejoint Londres depuis Zeist. Il ne s'agit donc pas d'un simple vol transatlantique de lingots, mais d'une redistribution stratégique des points de stockage.

Une troisième vague de relocalisation, différente des précédentes

Dès 2000, l'Allemagne avait transféré environ 930 tonnes de Londres vers Francfort. Le mouvement a pris de l'ampleur après la crise financière mondiale : le Venezuela a rapatrié 160 tonnes en 2011-2012, l'Allemagne a poursuivi avec 674 tonnes transférées de New York et Paris vers Francfort entre 2013 et 2017, les Pays-Bas ont déplacé 122,5 tonnes de New York vers Amsterdam en 2014, et l'Autriche a rapatrié 90 tonnes de Londres entre 2015 et 2018.

Le cercle s'est élargi depuis : la Serbie aurait rapatrié environ 13 tonnes entre 2021 et 2022, l'Inde a accéléré le rapatriement de ses réserves domestiques dès mars 2023, et la France a modifié en 2025-2026 la répartition géographique de son exposition en cédant 129 tonnes détenues à New York contre un volume équivalent acquis en Europe, sans que la Banque de France ne qualifie l'opération de rapatriement physique. Le cas néerlandais illustre cette évolution : en 2014, l'objectif était de rapatrier l'or sur le sol national ; en 2026, il s'agit au contraire de le rendre plus mobilisable sur une place internationale. Les directions géographiques diffèrent, l'objectif de résilience reste le même.

Déplacer son or n'équivaut pas à vouloir le vendre

L'enquête 2026 du World Gold Council apporte un éclairage utile. La Banque d'Angleterre reste le lieu de stockage le plus cité (57% des répondants), tandis que 49% déclarent conserver au moins une partie de leur or sur le territoire national. Sur les douze mois précédents, 9% des répondants avaient augmenté leur stockage domestique, mais 10% avaient diversifié leurs lieux de stockage à l'étranger. Pour les douze mois à venir, 7% prévoient d'augmenter le stockage domestique et 9% comptent diversifier davantage à l'international, contre seulement 2% lors de l'enquête précédente.

Le signal le plus net concerne les intentions d'achat : seulement 1% des répondants anticipent une baisse de leurs réserves d'or dans les douze prochains mois, contre 45% en attendant une hausse, un niveau record. Déplacer l'or vers une place plus liquide peut ressembler à un préalable à la vente, mais la liquidité sert surtout à conserver des options en cas d'événement extrême. De Nederlandsche Bank a d'ailleurs précisé ne pas anticiper de déploiement effectif de l'or transféré : il s'agit de le rendre disponible si nécessaire, pas de s'en séparer.

Ce que cette logique dit à un détenteur d'or physique

Le parallèle avec l'épargnant individuel n'est pas forcé : les banques centrales arbitrent entre sécurité, accessibilité et liquidité, exactement les trois critères qu'un particulier doit considérer pour choisir où conserver ses lingots ou ses pièces. Un or physique stocké hors du circuit bancaire traditionnel répond à la même logique de disponibilité en cas de crise que celle recherchée par DNB à Londres : pouvoir y accéder sans dépendre d'un seul intermédiaire ni d'une seule juridiction. La débancarisation d'une partie de son épargne n'est pas une posture idéologique, c'est une réponse patrimoniale à la même question que se posent les institutions monétaires.

Notre lecture reste soumise à une réserve honnête : elle tiendrait moins bien si les prochaines enquêtes du World Gold Council montraient un basculement des intentions d'achat vers la vente, ou si les 45% de banques centrales annonçant vouloir renforcer leurs réserves ne se traduisaient pas en achats effectifs. Pour l'instant, la convergence entre une demande institutionnelle qui ne faiblit pas et une séance qui pousse l'once au-delà de 3738 euros ce vendredi raconte la même histoire : celle d'un actif qu'on cherche à rendre plus accessible, pas à écouler.

Sources : BDOR

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