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Marchés financiers : la BCE anticipe une inflation durable, l'or recule sur fond de doutes

Philip Lane annonce une inflation persistante en zone euro. L'or recule pourtant ce matin. BDOR décrypte ce paradoxe et ses conséquences.

Temps de lecture : 5 minutes

Marchés financiers : la BCE anticipe une inflation durable, l'or recule sur fond de doutes

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En bref

  • Philip Lane, chef économiste de la BCE, annonce une seconde vague de hausse des prix de l'énergie qui prolongera l'inflation en zone euro au delà de 2027

  • La BCE prépare une nouvelle hausse de taux d'un quart de point possible dès octobre, après un relèvement déjà acté ce mois ci

  • L'once d'or recule de 0,67 % sur 24 heures à 3765,1 euros, la séance du jour affichant -0,6 % depuis la clôture de lundi

  • Paradoxe du jour : le pétrole WTI chute de 8,26 % en 24 heures, ce qui contredit frontalement le scénario d'une flambée énergétique durable

  • Le dollar se raffermit légèrement (Dollar Index à 100,45 points), pesant mécaniquement sur l'or coté en devise américaine

Lane annonce une inflation qui s'installe, la BCE prépare un nouveau tour de vis

Philip Lane a livré un message clair dans un entretien accordé à un journal suisse : la zone euro traverse une seconde vague de hausse des prix de l'énergie, portée cette fois par le pétrole et le gaz, qui va prolonger l'inflation bien au delà de ce que la BCE anticipait initialement. Le chef économiste de l'institution évoque un repli vers la cible des 2 % qui n'interviendrait qu'à partir de la mi 2027, avec une inflation attendue autour de 4 % dans les mois à venir, puis 3 % en moyenne cette année et 2,5 % en 2027 selon les dernières projections de l'institution.

La BCE a déjà relevé ses taux ce mois ci, une deuxième hausse liée à l'envolée des coûts de l'énergie provoquée par le conflit impliquant l'Iran, et prépare désormais les marchés à un nouveau durcissement, potentiellement un quart de point supplémentaire dès octobre. Le taux directeur se situe actuellement à 2,65 %, la facilité de dépôt à 2,5 %. Une inflation qui dépasse durablement la cible pousse mécaniquement la BCE à maintenir des taux plus élevés plus longtemps, et c'est ce maillon qui touche directement les métaux précieux.

A lire aussi : L'or recule ce matin pendant que la BCE promet une inflation qui dure, un contraste qui mérite d'être expliqué

Ce que des taux plus élevés en zone euro changent pour l'or

L'or ne verse aucun coupon, aucun dividende. Sa valeur relative dépend donc largement des taux réels, c'est à dire des taux nominaux corrigés de l'inflation. Quand la BCE relève ses taux directeurs plus vite que l'inflation ne progresse, les taux réels remontent, et détenir de l'or devient relativement moins avantageux face à des placements obligataires qui rapportent enfin quelque chose. C'est le mécanisme qui explique pourquoi un tour de vis monétaire pèse habituellement sur le métal.

Le raisonnement de Lane introduit une nuance en sens inverse. Si l'inflation reste supérieure aux taux nominaux malgré la hausse annoncée, les taux réels restent faibles voire négatifs, et l'or conserve son rôle de protection contre l'érosion monétaire. Tout dépend donc de la vitesse relative : la BCE remonte t elle ses taux plus vite que l'inflation ne grimpe, ou l'inverse ? Lane lui même reconnaît l'incertitude en évoquant un choc qui pourrait s'avérer «plus intense et plus persistant» cet automne, ce qui pèserait sur la croissance et compliquerait l'équation pour les taux réels.

Le dollar, second canal de transmission

L'or se négocie mondialement en dollars avant d'être converti en euros pour le marché français. Le Dollar Index progresse légèrement, à 100,45 points, tandis que l'euro cède du terrain face au billet vert à 1,1468 dollar. Un dollar plus ferme renchérit mécaniquement l'or pour les détenteurs d'autres devises, ce qui s'additionne à la pression des taux réels ce matin.

Le pétrole s'effondre pendant que la BCE parle de flambée énergétique

Voici où le scénario de Lane rencontre une contradiction qu'il faut regarder en face. Le chef économiste de la BCE bâtit toute son analyse sur une «seconde vague de hausse des prix de l'énergie», pétrole et gaz confondus. Or le baril de WTI recule de 8,26 % sur 24 heures ce matin, à 93,49 dollars. Un tel décrochage, s'il se confirme sur plusieurs séances, contredirait directement le narratif d'une pression énergétique durable et retirerait une partie de la justification à un nouveau resserrement monétaire en octobre. Si le pétrole continue de refluer, l'inflation importée par l'énergie s'atténue plus vite que prévu, la BCE dispose de moins d'arguments pour remonter ses taux, les taux réels restent contenus, et l'or perd l'un des freins qui pèsent sur lui ce matin. Un choc pétrolier qui s'inverse au lieu de s'intensifier changerait toute la trajectoire des taux et, avec elle, celle du métal.

Ce que montre la séance de l'or ce mardi matin

Nos relevés du jour confirment que le marché a déjà commencé à intégrer ce climat de taux durablement élevés. L'once d'or s'échange ce matin à 3765,1 euros, en repli de 0,67 % sur 24 heures, après une ouverture à 122,014 euros le gramme et un plus haut de séance à 122,403 euros avant un repli vers 121,051 euros. Sur les trois dernières heures, le mouvement reste orienté à la baisse, avec 0,4 % de recul, ce qui traduit une pression continue plutôt qu'un simple accident de cotation. L'argent suit une trajectoire similaire, l'once reculant de 1,09 % sur 24 heures, un repli légèrement plus marqué qui rappelle que ce métal reste aussi sensible aux perspectives industrielles qu'aux taux d'intérêt.

Le CAC 40 reste quasiment stable à 8139 points, ce qui suggère que les marchés actions n'ont pas encore tranché sur la portée réelle du message de Lane. Pour un détenteur d'or, la période qui s'ouvre demande de garder deux fils en tête simultanément : la trajectoire réelle du pétrole, qui conditionne la sévérité du prochain geste de la BCE, et l'écart entre taux nominaux et inflation constatée, qui décide au final si les taux réels favorisent ou pénalisent le métal. Rien n'est tranché ce mardi matin, et c'est précisément ce qui rend la semaine à venir intéressante à suivre.

Sources : BDOR

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