L'argent recule à 1,741 euro le gramme, freiné par des arbitrages prudents cette semaine
L'argent recule de 0,5 % cette semaine à 1,741 euro le gramme, tiraillé entre craintes d'inflation et coûts industriels.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

Sommaire
- Une semaine incomplète mais déjà nerveuse pour l'argent
- Le pétrole et le détroit d'Ormuz pèsent sur le calcul de l'inflation
- La Fed moins pressée de remonter ses taux, un soutien partiel
- Le ratio or/argent raconte un décrochage mesuré sur un mois
- Ce que cela change pour un détenteur de métal physique
- Les risques qui peuvent retourner la tendance cette semaine
En bref
L'argent passe de 1,750 à 1,741 euro le gramme entre lundi et mercredi
Sur une semaine glissante, la hausse ressort à 1,0 %, contre 0,5 % la semaine précédente
Sur un mois, l'argent recule de 4,9 %, un net contraste avec la tendance hebdomadaire
Les tensions pétrolières alimentent à la fois les craintes d'inflation et les coûts industriels du métal
Les anticipations plus souples de la Fed allègent la pression sur un métal sans rendement
Le ratio avec l'or grimpe à 68,0, signe d'un décrochage relatif de l'argent sur un mois
Une semaine incomplète mais déjà nerveuse pour l'argent
Entre lundi et ce mercredi matin, l'argent est passé de 1,750 à 1,741 euro le gramme, un repli de 0,5 % selon nos relevés du 7 octobre 2026 à 8h18, avec une amplitude de 0,7 % entre un plus haut à 1,752 et un plus bas à 1,741.
Sur une semaine glissante, la variation ressort à +1,0 %, contre +0,5 % la semaine précédente : le rythme de progression s'accélère, même si la séance du jour entame ce gain. Sur un mois, l'image s'inverse puisque l'argent recule de 4,9 %, rappelant qu'un métal sans coupon vit par à-coups, suspendu aux arbitrages entre obligataire et actifs refuges.
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Le pétrole et le détroit d'Ormuz pèsent sur le calcul de l'inflation
Le baril de WTI s'est tendu sous l'effet d'incidents répétés visant des pétroliers dans le détroit d'Ormuz. Une coalition dirigée par l'Arabie saoudite a intercepté un missile balistique houthi visant Khamis Mushait, et une tempête menace des infrastructures énergétiques du golfe du Mexique. Notre repère du jour affiche un WTI à 90,26 dollars le baril, en repli de 0,93 % sur 24 heures après la poussée des séances précédentes.
Pour l'argent, l'équation est double. Un pétrole plus cher nourrit les craintes d'inflation importée, favorable en théorie aux métaux précieux. Mais il renchérit aussi les coûts industriels, un paramètre sensible pour un métal dont une large part de la demande provient du photovoltaïque, de l'électronique et des véhicules. Cette tension entre fonction monétaire et fonction industrielle explique un mouvement hebdomadaire plus heurté que celui de l'or.
La Fed moins pressée de remonter ses taux, un soutien partiel
Les anticipations de resserrement monétaire américain se sont dégonflées après des chiffres d'emploi plus mous. Les contrats à terme ne valorisent plus qu'une probabilité d'environ 20 % d'un relèvement en octobre. Moins la Fed semble vouloir durcir le loyer de l'argent, moins le coût d'opportunité de détenir de l'argent pèse dans l'arbitrage.
Le soutien reste toutefois partiel : les rendements obligataires américains restent proches de niveaux rarement vus depuis plusieurs décennies, portés par des risques d'inflation, des déficits budgétaires en expansion et une émission de dette massive liée à l'intelligence artificielle. Côté européen, l'OAT à 10 ans évolue autour de 4 % pendant que la BCE maintient son taux directeur à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 %, deux niveaux qui limitent l'attrait relatif des métaux non productifs de revenu.
Le ratio or/argent raconte un décrochage mesuré sur un mois
Le ratio or/argent s'établit à 68,0 onces d'argent pour une once d'or, contre 66,6 il y a un mois, soit +2,2 %, traduisant un net recul relatif de l'argent face à l'or. Sur un mois, l'or ne perd que 2,8 % quand l'argent chute de 4,9 %, confirmant que le métal blanc a amplifié la correction. Un ratio qui monte signale que l'argent décroche ; c'est ce qui s'est produit depuis début septembre.
Mais l'horizon change la lecture. Sur trois mois, c'est l'argent qui reprend l'avantage avec +6,9 % contre +4,8 % pour l'or, et la variation hebdomadaire du jour (+1,0 % contre +0,2 %) va dans le même sens. Ce grand écart entre fenêtres temporelles confirme que l'argent reste le métal des mouvements amples, capable de sous-performer brutalement un mois puis de reprendre l'avantage le suivant.
Ce que cela change pour un détenteur de métal physique
La cotation officielle française du 6 octobre 2026 montre un recul de 0,8 % du lingot d'or d'un kilo sur la seule séance, pendant que le lingot de 100 grammes reste quasiment stable. Ce contraste rappelle que plus le format est petit, moins il réagit violemment aux à-coups quotidiens, un point utile pour qui raisonne en détention longue plutôt qu'en pari sur la séance. Pour l'argent, cette logique de lissage s'applique encore davantage compte tenu de sa volatilité propre, visible dans l'amplitude de 1,0 % relevée sur la seule journée de mercredi.
Nous assumons une lecture nuancée : la semaine positive de l'argent (+1,0 %) ne doit pas masquer un mois nettement négatif (-4,9 %), et un épargnant qui détient du métal physique pour diversifier son patrimoine n'a pas vocation à arbitrer sur ces variations hebdomadaires. Contrepartie : si les tensions au Moyen-Orient s'apaisaient et que le pétrole retombait franchement, une partie de l'argument inflationniste qui soutient actuellement les métaux s'effacerait, et notre scénario d'un simple rebond technique serait pris en défaut.
Les risques qui peuvent retourner la tendance cette semaine
Deux fronts méritent attention. D'abord la situation dans le détroit d'Ormuz : une désescalade rapide des incidents sur les tankers ferait retomber la prime géopolitique sur le pétrole et, par ricochet, affaiblirait l'argument inflationniste qui a soutenu l'argent cette semaine. Ensuite la trajectoire des taux américains : si les prochaines publications économiques contredisaient le scénario d'une Fed moins pressée d'agir, la probabilité de hausse remonterait au-delà des 20 % actuellement anticipés, pesant directement sur un métal sans rendement.
À surveiller également le dollar, stable cette semaine autour de 102,11 points sur son indice avec un euro à 1,1222 dollar : un raffermissement du billet vert renchérirait mécaniquement l'argent pour les acheteurs hors zone dollar, un facteur qui s'ajouterait à la pression déjà exercée par des rendements obligataires élevés des deux côtés de l'Atlantique.
Sources : BDOR
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