Le pétrole WTI recule sous 90 dollars malgré les tensions au Moyen-Orient persistantes
Le baril de WTI recule à 90,26 dollars malgré les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Décryptage des raisons de ce repli surprenant.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
Le baril de WTI s'affiche à 90,26 dollars, en repli de 0,93 % sur 24 heures
Les tensions au Moyen-Orient restent vives autour du détroit de Bab al-Mandeb et d'Ormuz
Une tempête menace la production et le raffinage dans le golfe du Mexique
Le dollar index en hausse à 102,11 points pèse mécaniquement sur le baril
Le repli traduit une anticipation d'offre suffisante malgré les risques géopolitiques
Deux lectures s'opposent selon que la baisse reflète l'offre ou un ralentissement de la demande
Le baril recule sous 90 dollars malgré une prime géopolitique active
Le cours du pétrole WTI s'affiche à 90,26 dollars le baril ce mercredi matin, en repli de 0,93 % sur 24 heures. Ce chiffre surprend à première lecture, car le contexte géopolitique n'a rien d'apaisant. Les forces soutenues par Riyad revendiquent le contrôle de points stratégiques autour du détroit de Bab al-Mandeb, les Houthis répliquent en visant une raffinerie Aramco, et l'Iran multiplie les incidents contre des pétroliers dans le détroit d'Ormuz. Une tempête se forme en parallèle dans le golfe du Mexique, menaçant une partie de la production et du raffinage américains.
Dans ce décor, un baril qui recule indique que les craintes sur l'offre, pourtant réelles, pèsent moins lourd que l'anticipation d'une disponibilité suffisante à court terme. Le dollar index, à 102,11 points et en hausse de 0,18 % sur la journée, ajoute une pression mécanique : un billet vert plus ferme renchérit le baril pour les acheteurs hors zone dollar, ce qui freine la demande et contribue au repli. L'euro/dollar, à 1,1222 (+0,11 %), confirme ce mouvement sans l'inverser.
A lire aussi : Comment ce repli du baril pourrait influencer les taux réels et l'or
La chaîne complète, du baril à l'once d'or
Le lien entre le pétrole et l'or ne se joue jamais en direct, il se transmet maillon après maillon. Un baril moins cher réduit d'abord les coûts de production et d'énergie pour les entreprises, puis atténue l'inflation importée que les économies occidentales subissent via leurs importations de brut et de produits raffinés. Cette atténuation, si elle se confirme sur plusieurs semaines, influence les anticipations d'inflation des ménages et des marchés obligataires, ce qui peut à son tour modérer la posture des banques centrales sur leurs taux directeurs.
C'est à ce stade que l'or entre en jeu : des taux directeurs moins agressifs, ou perçus comme tels, font baisser les taux réels, c'est à dire le rendement des obligations une fois l'inflation déduite. Or l'or ne verse aucun coupon. Quand les taux réels reculent, le coût d'opportunité de détenir de l'or diminue, ce qui le rend relativement plus attractif face aux actifs obligataires. Le mouvement observé aujourd'hui sur le baril joue donc, en théorie, dans le sens d'un allègement de la pression inflationniste, favorable à moyen terme à l'or. Mais ce circuit prend du temps : les prix à la pompe réagissent en quelques jours, les statistiques d'inflation en plusieurs semaines, et les banques centrales n'ajustent leur discours qu'après plusieurs publications confirmées.
L'argent reste branché sur un autre fil
L'argent coté ce matin à 1,741 euro le gramme ne répond pas à la même logique que l'or. Sa demande industrielle le rend sensible au cycle économique et aux coûts énergétiques d'une façon distincte : un baril moins onéreux allège les charges de production dans l'électronique, le photovoltaïque ou l'automobile, ce qui peut soutenir la demande physique d'argent plutôt que sa seule valeur refuge. L'effet n'est donc pas forcément synchrone avec celui attendu sur l'or, puisqu'il dépend davantage de l'activité réelle que des anticipations de taux.
Ce qui pourrait invalider cette lecture
La baisse du baril de 0,93 % observée aujourd'hui peut porter deux récits opposés. Si elle traduit une offre jugée suffisante malgré les tensions au Moyen-Orient, la lecture favorable aux taux réels tient. Mais si elle reflète une crainte de ralentissement de la demande mondiale, le signal serait alors négatif pour l'économie dans son ensemble, et donc potentiellement défavorable pour l'argent, dont la demande industrielle souffrirait d'un cycle plus faible. Le dollar plus ferme à 102,11 points joue également un rôle contraire : un billet vert fort peut continuer de peser sur l'or même si les taux réels se détendent, car une partie des flux internationaux vers l'or passe par une conversion en dollars. Enfin, les banques centrales peuvent ne pas réagir comme attendu si d'autres postes d'inflation, hors énergie, restent rigides. La tempête dans le golfe du Mexique ou une nouvelle escalade autour d'Ormuz suffiraient à renverser le baril en quelques heures, et avec lui toute la chaîne.
Ce que nos relevés disent de l'or ce mercredi
Nos cours relevés ce matin situent l'or à 118,39 euros le gramme, soit 3 682,23 euros l'once, en repli de 0,4 % depuis la clôture de la veille et de 0,5 % depuis l'ouverture de la séance. Sur trois séances cette semaine, incomplète, l'or affiche une variation d'ouverture à aujourd'hui de -0,2 %, mais la comparaison d'une semaine sur l'autre, elle, ressort à +0,2 %, en net ralentissement face aux +1,6 % de la semaine précédente. Ce contraste entre une séance qui recule et une semaine qui tient illustre bien le décalage temporel propre à la chaîne pétrole-inflation-taux : un mouvement de marché isolé sur le baril ne redessine pas l'or en une matinée. Pour un épargnant qui détient de l'or physique, la lecture utile n'est pas la variation du jour, dictée en partie par un dollar plus ferme, mais la tendance de fond que cette chaîne met plusieurs semaines à révéler.
Sources : BDOR
Prenez en main votre patrimoine : que faire maintenant ?
Partager l'article :

