L'argent recule face à la hausse des taux réels et une Fed plus stricte
L'argent cède du terrain sous la pression des taux réels et d'une Fed prête à relever ses taux en octobre. Détail de la semaine avec nos relevés de cours.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L'once d'argent recule de 0,98% sur 24 heures à 53,64 euros
Sur sept jours, le métal cède 8,3%, et 6,4% sur un mois
Sur trois mois, l'argent conserve toutefois une avance de 5,9%
La probabilité d'une hausse des taux de la Fed en octobre atteint 70%
La hausse des taux réels pèse sur un métal qui ne verse aucun coupon
La nature industrielle de l'argent freine son rebond face à l'or
Une semaine de rebond fragile après trois semaines de recul
Nos relevés situent l'ouverture de la semaine à 1,715 euro le gramme lundi 28 septembre, pour un dernier cours mesuré ce mardi matin à 1,725 euro, soit une progression de 0,6% sur ces deux séances. L'amplitude reste modeste, comprise entre 1,713 et 1,725 euro, mais elle masque une réalité plus dure : cette clôture reste inférieure de 5,0% à celle de la semaine précédente, laquelle avait déjà cédé 1,9%. Trois semaines de repli cumulé, ponctuées d'un sursaut de deux jours qui ressemble davantage à une pause qu'à un retournement.
L'once, elle, s'affiche à 53,64 euros ce mardi, en baisse de 0,98% sur 24 heures. Sur sept jours, nos relevés mesurent un décrochage de 8,3%, et de 6,4% sur un mois complet. À l'inverse, sur trois mois, le métal conserve une avance de 5,9%, preuve que la tendance de fond reste haussière même si la correction récente a été rude. Ce contraste entre le très court terme et le trimestre est précisément ce qui distingue une purge d'un changement de cap.
A lire aussi : Découvrez pourquoi la nature industrielle de l'argent complique son rebond face aux autres actifs refuges
La Fed hawkish et les taux réels expliquent la pression sur le métal
Le CME FedWatch attribue désormais 70% de probabilité à une nouvelle hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale lors de sa réunion d'octobre. Les économistes de TD Securities estiment qu'un relèvement en octobre devient de plus en plus probable, jugeant que la Fed ne retrouvera pas sa confiance sur la trajectoire de l'inflation avant cette échéance, et qu'il ne serait pas cohérent d'attendre décembre pour agir. Selon eux, le marché du travail américain s'est stabilisé avec des signes de raffermissement, ce qui laisse à la banque centrale la marge nécessaire pour resserrer davantage sa politique.
Un métal qui ne verse aucun coupon se compare toujours à ce que rapporte l'argent placé sans risque. Plus les taux réels grimpent, plus détenir de l'argent physique coûte en manque à gagner. Et cette dynamique ne se limite pas aux États-Unis : en zone euro, le taux directeur de la BCE reste fixé à 2,65% et la facilité de dépôt à 2,5% depuis le 16 septembre 2026, tandis que l'OAT à 10 ans se maintient autour de 4%. Le repli du métal ne vient donc pas d'un seul continent, il vient d'une pression conjointe sur les deux rives de l'Atlantique.
Le ratio or/argent grimpe, la nature industrielle du métal freine son sursaut
Le ratio or/argent est passé de 67,1 onces d'argent pour une once d'or il y a un mois à 68,0 aujourd'hui, soit une hausse de 1,3%. Ce chiffre dit une chose simple : l'argent sous-performe l'or depuis quatre semaines, alors même que les deux métaux subissent la même pression des taux réels. La différence tient à la double nature de l'argent, à la fois métal monétaire et matière première industrielle utilisée dans le photovoltaïque, l'électronique et les véhicules. Quand les anticipations de resserrement monétaire s'accompagnent de craintes sur l'activité, la composante industrielle pèse davantage sur l'argent que sur l'or, dont la demande reste avant tout patrimoniale.
Le dollar, lui, n'a quasiment pas bougé cette semaine : le Dollar Index évolue à 101,28 points (-0,01% sur 24 heures) et la parité EUR/USD à 1,1365 dollar (-0,11%). Cette stabilité signifie que le repli du métal en euros provient bien du cours lui-même, et non d'un effet de change. En dollars, l'once d'argent évolue sous les 61 dollars, sous sa moyenne mobile à 20 jours située à 64,30 dollars, un niveau que le marché n'a pas retesté depuis le début du mouvement baissier. Le pétrole WTI, à 94,04 dollars le baril (-0,60%), reste sur des niveaux qui n'allègent pas les coûts de production industriels liés à l'argent.
Ce qui peut faire basculer la semaine à venir
La publication des ouvertures de postes JOLTS aux États-Unis pour le mois d'août, attendue ce mardi, doit confirmer ou infirmer le scénario d'un marché du travail encore solide, celui-là même qui justifie les paris sur une hausse des taux de la Fed en octobre. Un chiffre plus faible que les 7,23 millions attendus, contre 7,271 millions en juillet, rebattrait immédiatement les probabilités sur le calendrier monétaire américain et pourrait redonner de l'air à l'argent.
Sur le plan géopolitique, les discussions relayées par le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, évoquant des propositions transmises à Washington via des médiateurs qataris, introduisent une piste d'apaisement qui reste à confirmer. Si elle prenait corps, la prime de tension qui soutient parfois les métaux refuges s'effacerait un peu. Notre lecture reste que la correction en cours ressemble davantage à un ajustement face à des taux réels durablement positifs qu'à un retournement de fond, mais elle serait mise en défaut si la Fed marquait une pause en octobre ou si les données d'inflation américaines surprenaient à la baisse dans les prochains jours.
Sources : BDOR
Prenez en main votre patrimoine : que faire maintenant ?
Partager l'article :

