L'or repasse sous 3650 euros l'once, la fermeté de la Fed pèse sur les cours du jour
L'or recule sous 3650 euros l'once, pénalisé par la fermeté de la Fed et la remontée des taux américains. Analyse des forces qui pèsent sur ses cours.
Par Victor KOSTIK
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
L'once d'or cote 3645,50 euros mardi matin, en baisse de 0,72 % sur 24 heures
Sur sept jours, l'or cède 4,2 % et sur un mois la baisse atteint 5,2 %
La Fed a relevé ses taux de 25 points de base et pourrait resserrer encore d'ici fin 2026
Les rendements obligataires américains, au plus haut depuis plusieurs années, réduisent l'attrait de l'or
Le dollar reste proche de ses plus hauts de deux mois, ce qui pèse sur les cours de l'or
Sur trois mois, l'or conserve toutefois une progression de 3,7 %
Un repli qui s'installe sous le poids de la Fed
L'once d'or cote 3645,50 euros ce mardi matin, en baisse de 0,72 % sur 24 heures selon nos relevés, soit 117,21 euros le gramme. Sur sept jours, le métal cède 4,2 %, et sur un mois la glissade atteint 5,2 %. Lundi avait pourtant terminé en légère progression de 0,7 %, un rebond technique qui efface à peine une partie d'un recul plus large : la clôture hebdomadaire reste 3,1 % sous celle de la semaine précédente, elle-même en repli de 0,6 %.
L'origine du mouvement se trouve outre-Atlantique. La Réserve fédérale a acté ce mois-ci une hausse de 25 points de base, la première en plus de trois ans, et plusieurs membres du comité évoquent un nouveau resserrement possible avant fin 2026. Selon l'outil FedWatch du CME Group, la probabilité d'une nouvelle hausse en octobre s'élève à 70 %. Lisa Cook, gouverneure de la Fed, a adopté un ton plus ferme, citant des pressions inflationnistes liées à l'intelligence artificielle et au conflit au Moyen-Orient, tout en jugeant le marché du travail capable d'absorber des taux plus élevés.
Ce recul mensuel ne doit pas masquer la photo d'ensemble : sur trois mois, l'or progresse encore de 3,7 %, une correction sans inversion de la tendance de fond installée depuis l'été.
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Taux réels, dollar et pétrole : le trio qui pèse sur un métal sans coupon
L'or ne verse aucun intérêt, il se compare donc en permanence à ce que rapporte l'argent placé sans risque. Côté européen, le taux directeur de la BCE reste à 2,65 % et sa facilité de dépôt à 2,5 % [16 septembre 2026], l'OAT à 10 ans autour de 4 %, des niveaux stables qui n'expliquent pas le mouvement récent. La vraie pression vient des rendements américains : le 30 ans a touché son plus haut depuis mi-2004, le 10 ans depuis mi-2007, et le 2 ans, plus sensible aux anticipations de politique monétaire, depuis mai 2024.
Le dollar profite mécaniquement de ce climat. Le Dollar Index évolue à 101,26 points, en repli marginal de 0,03 % sur 24 heures, mais reste proche de ses plus hauts de deux mois. La paire EUR/USD recule de 0,14 % à 1,1366 dollar : cette faiblesse relative de l'euro amortit une partie du recul du métal pour un épargnant en euros.
À cela s'ajoute une prime géopolitique qui, cette fois, ne profite pas à l'or. Donald Trump a rejeté une proposition iranienne visant à apaiser le conflit militaire et rouvrir le détroit d'Ormuz, tout en démentant avoir offert un allègement des sanctions en échange de concessions sur le nucléaire. Cette tension entretient les cours du pétrole, nourrit la crainte d'une inflation importée, et renforce les anticipations de taux élevés, un cocktail qui soutient le dollar plus qu'il ne profite au métal refuge.
L'argent décroche plus vite, le ratio or/argent s'écarte
L'once d'argent cote 53,64 euros ce mardi, en repli de 0,98 % sur 24 heures, soit 1,725 euro le gramme. Le mouvement est plus brutal que sur l'or : moins 8,3 % sur sept jours et moins 6,4 % sur un mois, contre respectivement moins 4,2 % et moins 5,2 % pour l'or. Le ratio or/argent grimpe à 68,0 contre 67,1 il y a un mois, soit une hausse de 1,3 %, signe que l'argent décroche par rapport à l'or.
Cette sous-performance illustre la nature double du métal blanc, à la fois placement monétaire et matière première industrielle utilisée dans le photovoltaïque, l'électronique et les véhicules électriques. Quand le marché anticipe des taux plus élevés durablement, la composante industrielle souffre en plus de la composante monétaire, amplifiant la baisse. Sur trois mois, l'argent reste toutefois en hausse de 5,9 %, davantage que l'or, preuve que sa volatilité joue aussi à la hausse.
Notre lecture et ses limites
Nous retenons que ce repli, marqué sur un mois, reste pour l'instant une correction dans une tendance de fond positive sur trois mois. La cassure technique évoquée autour de 4100 dollars l'once n'a pas encore de traduction claire côté euro puisque la parité amortit une partie du choc. Cette lecture serait mise en défaut si les statistiques américaines de la semaine confirmaient une économie plus solide que prévu, renforçant la probabilité d'une nouvelle hausse de taux et poussant l'or vers des points bas plus marqués.
À l'inverse, un indice d'inflation PCE plus faible qu'attendu ou un rapport sur l'emploi décevant referaient reculer les anticipations de resserrement, et donc le dollar, redonnant de l'air au métal. Rien n'est écrit à l'avance : le marché price actuellement 70 % de probabilité, pas 100 %.
Les rendez-vous à surveiller cette semaine
L'indice des prix des dépenses de consommation personnelles, jauge d'inflation privilégiée par la Fed, est attendu mercredi, accompagné de la révision finale du PIB du deuxième trimestre. Jeudi suivra l'indice ISM manufacturier, avant le rapport sur l'emploi non agricole vendredi, rendez-vous le plus scruté du mois par les marchés obligataires et le dollar. Plusieurs interventions de responsables de la Fed sont aussi programmées, chacune susceptible de faire bouger les anticipations de taux et le cours du métal. Sur le plan géopolitique, toute évolution du dossier iranien pourrait aussi peser sur le pétrole et sur la prime de risque intégrée dans les cours actuels.
Sources : BDOR
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