L'or recule deux semaines de suite, freiné par un dollar fort et des taux élevés
L'or cède 1,2% sur la semaine face à un dollar robuste et des taux réels élevés, avant le rapport sur l'emploi américain très attendu.
Par Trajce KOSTIK
Temps de lecture : 5 minutes

En bref
L'once d'or s'établit à 119,50 euros le gramme vendredi matin, en repli de 1,2% sur la semaine
Le métal recule pour la deuxième semaine consécutive après -0,6% la semaine précédente
Sur un mois la baisse atteint 1,8%, mais la hausse reste de 5,8% sur trois mois
Un dollar en hausse de 0,72% et des taux réels élevés pèsent sur le prix de l'or
La BCE maintient ses taux inchangés, ce qui prive l'or de tout avantage face aux obligations
Le rapport sur l'emploi américain publié vendredi pourrait inverser la tendance
Une semaine qui tient bon malgré la pression du dollar
L'once d'or a ouvert la semaine du 28 septembre à 116,36 euros le gramme et s'est établie ce vendredi matin à 119,50 euros, soit 3716,8 euros l'once selon nos relevés du 2 octobre 2026 à 6h41. Le trajet depuis lundi affiche +2,7%, mais cette progression sur cinq séances ne doit pas masquer la réalité du calendrier hebdomadaire : comparée à la semaine précédente, la variation ressort à -1,2%, après un repli de -0,6% la semaine d'avant. L'or recule donc depuis deux semaines consécutives, un rythme qui s'accélère légèrement.
Le recul sur un mois atteint -1,8%, ce qui confirme une respiration plus que la fin d'un mouvement haussier : sur trois mois, l'once d'or progresse encore de 5,8%. Cette lecture par horizons multiples est précisément ce qui distingue une synthèse hebdomadaire d'un simple relevé de séance : une baisse de courte période s'inscrit dans une tendance de fond qui reste positive depuis l'été.
A lire aussi : Pourquoi les tensions autour du détroit d'Ormuz renforcent aussi la demande de dollars
L'argent recule plus fort, le ratio or/argent se tend
L'once d'argent a suivi une trajectoire comparable mais amplifiée. Partie de 1,715 euro le gramme lundi, elle a terminé la semaine à 1,748 euro, un trajet de +1,9% sur cinq séances qui ne compense pas la comparaison hebdomadaire : -3,7% sur la semaine, après -1,9% la semaine précédente. Sur un mois, le repli atteint -3,5%, deux fois supérieur à celui de l'or.
Ce décrochage se lit dans le ratio or/argent, qui mesure combien d'onces d'argent il faut pour acheter une once d'or. Il s'établit aujourd'hui à 68,4, contre 67,2 il y a un mois, soit une hausse de 1,8%. Un ratio qui grimpe signifie que l'argent sous-performe l'or, cohérent avec sa double nature. Métal monétaire autant qu'industriel, l'argent reste exposé aux inquiétudes sur la demande manufacturière, tandis que l'or conserve son rôle de valeur refuge quand le dollar et les taux dominent le débat. Sur trois mois cependant, l'argent garde l'avantage avec +7,4% contre +5,8% pour l'or, un rappel que la volatilité du métal gris joue dans les deux sens.
Dollar fort, taux réels élevés : deux forces qui pèsent sur le métal
Le Dollar Index s'est hissé à 101,93 points, en progression de 0,72% sur les dernières vingt-quatre heures, pendant que l'euro cédait 0,56% face au billet vert pour s'échanger à 1,126 dollar. Comme l'or se cote en dollars, un billet vert plus robuste pèse mécaniquement sur le prix exprimé dans cette devise, mais un acheteur en euros encaisse une partie de cette baisse grâce à la dépréciation simultanée de sa monnaie. C'est ce double mouvement, dollar en hausse et euro en repli, qui explique que le recul hebdomadaire reste contenu plutôt que brutal pour un épargnant français.
Le climat géopolitique entretient cette vigueur du dollar : des tensions rapportées autour du détroit d'Ormuz et un dispositif militaire renforcé dans le Golfe persique soutiennent la demande pour le billet vert comme valeur refuge concurrente de l'or. Du côté des taux, rien n'a changé pour alléger la charge : la BCE maintient son taux directeur à 2,65% et sa facilité de dépôt à 2,5% depuis la mi-septembre, tandis que l'OAT à 10 ans se négocie autour de 4%. Un épargnant qui place en obligations d'État françaises capte un rendement nominal que l'or, actif sans coupon, ne versera jamais. C'est ce coût d'opportunité qui continue de brider tout emballement, même quand l'or progresse en séance.
L'emploi américain, le rendez-vous qui peut tout changer
La semaine se referme sur l'attente du rapport mensuel sur l'emploi américain, publié ce vendredi. Les créations d'emploi de septembre sont anticipées autour de 90 000, contre 162 000 le mois précédent, avec un taux de chômage attendu stable à 4,1%. Un chiffre nettement inférieur aux attentes affaiblirait le dollar et redonnerait de l'air à l'or, à l'inverse un chiffre robuste confirmerait la vigueur du billet vert et prolongerait la pression actuelle. Plusieurs responsables de la Réserve fédérale ont par ailleurs indiqué ne pas voir de nécessité immédiate d'un nouveau resserrement après la hausse de taux déjà décidée en septembre, ce qui laisse une marge d'incertitude sur la trajectoire monétaire américaine des prochains mois.
Notre lecture pour cette semaine reste celle d'une consolidation plutôt que d'un retournement : l'or recule de courte période mais conserve ses gains de fond sur trois mois, pendant que l'argent paie plus cher sa double exposition industrielle et monétaire. Cette analyse serait prise en défaut si le rapport sur l'emploi venait confirmer un ralentissement marqué du marché du travail américain, ce qui pousserait le dollar à céder du terrain et redonnerait un élan plus net aux deux métaux. À l'inverse, une poursuite de la fermeté du billet vert et des taux réels élevés prolongerait simplement la pause actuelle sans remettre en cause la tendance haussière observée depuis l'été.
Sources : BDOR
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