Le cours du pétrole WTI tombe sous 90 dollars après la libération de réserves stratégiques du G7
Le baril de pétrole WTI recule sous 90 dollars après la décision du G7 de puiser dans ses réserves stratégiques pour calmer les prix de l'énergie.
Par Maxime TEUTSCH
Temps de lecture : 4 minutes

En bref
Le baril de pétrole WTI s'échange autour de 89,75 dollars, en repli de 0,74 % sur une seconde séance consécutive de baisse
Le G7 a décidé de libérer 100 millions de barils de brut et de diesel issus de ses réserves d'urgence
Les pays du G7 s'engagent aussi à ne pas restreindre leurs exportations énergétiques pour rassurer les marchés
L'OPEP+ maintient ses objectifs de production pour novembre, une décision conforme aux attentes
Les tensions persistent au Yémen autour du détroit de Bab el Mandeb, route alternative des pétroliers saoudiens
Le déploiement d'un nouveau porte avions dans la région menace la récente accalmie sur les prix du brut
Le baril glisse sous la pression des réserves stratégiques du G7
Le cours du pétrole WTI s'échange ce lundi autour de 89,75 dollars le baril, en repli de 0,74% sur 24 heures, deuxième séance consécutive de baisse. Le mouvement fait suite à un accord des pays du G7 pour libérer 100 millions de barils de brut et de diesel issus de leurs réserves d'urgence, décision prise sous la pression du président américain Donald Trump, soucieux de contenir la flambée des prix énergétiques.
Les membres du G7 se sont aussi engagés à ne pas restreindre leurs exportations énergétiques, afin de calmer marchés physiques et financiers. Fin septembre, les exportations régionales de brut avaient brièvement dépassé leurs niveaux d'avant conflit, atteignant 22,5 millions de barils par jour selon Kpler, contre une moyenne de 18 millions entre mars 2025 et février. Cette hausse ponctuelle n'a visiblement pas suffi à rassurer durablement les opérateurs.
A lire aussi : Comprendre pourquoi le baril de pétrole recule malgré les tensions géopolitiques persistantes
L'OPEC+ immobile, le Yémen rallume le risque sur l'offre
L'OPEC+ a choisi de maintenir inchangés ses objectifs de production pour novembre, conformément aux attentes qui tablaient sur un report de tout ajustement à l'année prochaine. Dans les faits, l'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, le Koweït, l'Algérie, le Kazakhstan et Oman pompent nettement en dessous de leurs quotas officiels. Les exportations de la région tournent entre 60% et 80% de leurs volumes habituels, pénalisées par le conflit impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran.
L'instabilité s'est accentuée avec le lancement, par des forces soutenues par Riyad, d'une offensive au Yémen pour reprendre un territoire tenu par les Houthis, qui avaient capturé le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, route alternative des pétroliers saoudiens pour contourner Ormuz. Les analystes de Rabobank rappellent que le Brent avait reculé la semaine passée grâce à l'amélioration des flux via Ormuz et à la remise en service partielle de l'oléoduc Est-Ouest saoudien, tout en avertissant que le déploiement d'un nouveau porte-avions dans la région menace cette accalmie.
La chaîne complète, du baril au cours de l'or
Le prix du pétrole pèse sur les coûts de production et d'énergie des entreprises (transport, pétrochimie, industrie lourde). Une baisse comme celle observée ce lundi allège ces coûts dans les semaines qui suivent, pas instantanément. Ce relâchement se traduit ensuite par une moindre inflation importée, l'énergie entrant dans le calcul des prix à la production avant de se diffuser vers les prix à la consommation, avec un décalage de plusieurs mois.
Quand l'inflation importée recule, les anticipations d'inflation des ménages et des marchés obligataires se détendent à leur tour. Les banques centrales disposent alors d'une marge pour ne pas durcir leur politique monétaire, voire l'assouplir. Cette anticipation pèse sur les taux réels, et des taux réels plus bas réduisent le coût d'opportunité de détenir de l'or, actif sans coupon ni dividende. C'est ce dernier maillon qui rend l'or plus attractif quand le pétrole baisse, mais avec un retard qui se compte en semaines, pas en heures.
Dollar fort et taux réels, la contradiction qui peut inverser la lecture
Cette chaîne n'a rien d'automatique. L'indice du dollar s'affiche ce lundi à 102,3 points, en hausse de 0,84% sur 24 heures, pendant que l'euro recule face au billet vert à 1,1202 dollar (-0,36%). Un dollar qui se renforce agit en sens inverse sur l'or, coté en dollars : un billet vert plus cher rend le métal mécaniquement plus coûteux pour les acheteurs hors zone dollar, ce qui peut freiner la demande au moment même où la baisse du pétrole plaiderait pour une détente des taux réels.
La lecture d'aujourd'hui serait fausse si le recul du baril traduisait avant tout une crainte de ralentissement économique plutôt qu'un apaisement de l'offre, un scénario de récession pesant alors sur l'or autant que sur le pétrole. Elle serait aussi invalidée si les banques centrales ne réagissaient pas à la détente de l'inflation importée, jugeant le répit temporaire compte tenu des tensions persistantes au Yémen et autour de Bab el-Mandeb. Un choc d'offre purement géopolitique ne produit pas les mêmes effets sur les anticipations d'inflation qu'une détente durable des prix énergétiques.
Ce que montrent nos relevés ce lundi matin
Nos cours relevés ce matin situent l'or à 118,91 euros le gramme, soit 3 698,58 euros l'once, en hausse de 0,6% depuis la clôture de la veille et de 0,6% depuis l'ouverture à 118,181 euros. L'amplitude du jour reste contenue à 0,9% entre un plus bas à 118,181 et un plus haut à 119,275 euros, avec un léger tassement de 0,1% sur les trois dernières heures. Cette progression modérée de l'or, au moment où le baril recule et où le dollar se renforce, illustre la complexité du mécanisme décrit plus haut : aucun maillon ne joue seul, c'est leur combinaison du jour qui détermine le sens du mouvement.
Sources : BDOR
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